Nouvelles vagues

 

 

Où en est le cinéma algérien? Quelles images? Quelles histoires? En un mois, AFLAM a projeté sur les écrans marseillais des films essentiels de l'histoire du 7e art algérien. Partenaire et invitée de la manifestation: l'association algéroise "Chrysalide".

Rares sont les occasions en France de voir le premier film de Mohamed Lakhdar-Hamina, "Hassan Terro". Le film raconte une page de l'histoire d'un héros malgré lui en pleine guerre d'indépendance, pendant la bataille d'Alger. "C'est un film très populaire en Algérie. C'est aussi le premier qui démythifie la grande révolution nationale. Il se passe à un moment où la population veut l'indépendance mais n'y croit pas. Ce film a été une vraie bouffée d'oxygène. Il est sorti en 67. Le cinéma, c'était alors avant tout de la propagande." Djalila Kadi-Hanifi, présidente de l'association "Chrysalide", dramaturge, a choisi de présenter ce film peu connu en France dans le cadre de la très riche programmation "Cinéma(s) d'Algérie" à Marseille.

Depuis 2001, les membres de Chrysalide défendent le 7e art à Alger, sa fabrication, sa diffusion. Un travail de militant: "Il n'y a quasiment plus de salles à Alger. Nous organisons un ciné-club dans un cinéma, la filmathèque "Zinet". Mais la diffusion est dramatique explique le réalisateur Malek Bensmail (1)."

Depuis sa création, "Chrysalide" a produit et coproduit 4 films et un documentaire. "Au départ, c'est une histoire d'amitié. Une bande de copains, qui avait envie de faire découvrir du théâtre, de la littérature, du cinéma. Une envie de partage."

 

 

Nouvelles vagues
«Les baies d'Alger» de Hassan Ferhani

 

 

Les bruits de la vie
"Chrysalide" a participé à l'aventure collective de Bledi In Progress, un atelier de tournage et de montage réalisé en 2006 à Alger. Un de ses membres, Hassan Ferhani, est l'auteur des "Baies d'Alger", programmé au début du festival. Ce court métrage beau et simple, est une balade sur les toits d'Alger et ses mondes conçue en un seul plan. On entend des bribes de conversations, des rires, des disputes, de la musique, de la politique. Les bruits de la vie.

"Il y a de très belles idées actuellement dans le cinéma algérien. Il y a un souffle, un renouveau chez ces jeunes cinéastes . Et beaucoup d'énergie...Ce sont avant tout des cinéphiles. Je crois qu'ils veulent tous faire un cinéma vrai, entier." explique Djalila Kadi-Hanifi, actrice de ce renouveau. Actrice, elle l'est littéralement. Elle joue dans plusieurs des films de ces jeunes cinéastes. Elle apparaît notamment dans "Inland" de Tariq Teguia, un des films phares de la "nouvelle vague algérienne", programmé lui aussi par AFLAM. L'accueil critique de ce film en France a été élogieux. "En Algérie, aussi. Mais il n’est resté à l'affiche que 20 jours."

 

 

Nouvelles vagues
«Ce qu'on doit faire» de Karim Moussaoui

 

 

 

"Ce qu'on doit faire"
"Oui, il y a un nouveau cinéma. Mais c'est un cinéma qui se fait durement, qui s'affranchit des contraintes étatiques, de la censure. " Karim Moussaoui fait partie de l'équipe de "Chrysalide" depuis ses débuts. Il anime les projections mensuelles de l'association. Assistant réalisateur de Tariq Teguia sur le tournage d'Inland, Karim Moussaoui a déjà réalisé deux courts métrages et prépare un premier long. A Marseille, il est venu montrer "Ce qu'on doit faire."

"C'est l'une des choses les plus difficiles, trouver ce qu'on doit faire mais personne ne sait chercher", dit Hakim le principal personnage. Hakim est un homme qui semble avoir démissionné. Un homme désabusé qui, un soir, agresse un passant. Rentré chez lui, il semble pris de remords. Il part alors sa recherche. Au bout de la nuit, au bout de sa quête, un lieu tenu secret où se retrouvent des hommes et des femmes, des croyants qui doutent...Entre conte philosophique et polar, le scénario interroge le fait religieux: faut-il désormais se cacher quand on doute? "C'est un film qui n'a pas toujours été bien perçu."

"Ce qu'on doit faire" vit dans les festivals, comme de nombreuses oeuvres récentes qui composent cette "nouvelle vague algérienne". En 2010, "Chrysalide" travaillera sur trois films. L'histoire d'amitié se poursuit. Elle a désormais un public attentif, impatient, sur les deux rives.


(1) Voir l'interview de Malek Bensmail sur le site (babelmed.net).

Nouvelles vagueswww.aflam.fr/

 

 

 


Emmanuel Vigier
(22/12/2009)

 

Related Posts

Entretien avec Djamel Benmerad

30/12/2013

benmerad 110Djamel Benmerad, journaliste et poète algérien, vivant en Belgique, « cueilleur de mots » qu'il transforme en pavés dans ses vers, exprime souvent sa colère avec ironie. Il évoque, ici, son ami l'écrivain et frère de poésie Tahar Djaout, assassiné en 1993, en pleine tragédie algérienne.

L’Algérie sans président depuis deux mois

25/06/2013

bout_110Après les rumeurs et les interrogations voilà venu le temps du malaise en Algérie. Depuis bientôt deux mois le président Abdelaziz Bouteflika est absent du pays et sa convalescence dans un hôpital militaire parisien se prolonge dangereusement pour la stabilité du système.

Le 4 mars 1992 : dissolution du Front Islamique du Salut

16/03/2016

akram 110En mars 1992, Akram Belkaïd travaillait à Alger pour deux supports : « Le Quotidien d’Algérie » et pour l’hebdomadaire « Le jeudi d’Algérie ». Fermement opposé à l’époque à la dissolution du FIS, il revient 24 ans plus tard sur ses raisons. Article publié dans le n° de mars 2016 du Courrier de l’Atlas.