MUZZIKA ! Février 2007

  MUZZIKA ! Février 2007 Le coup de coeur de babelmed

The Idan Raichel Project – Cumbancha, Putumayo
Un album à découvrir d'urgence: l'artiste israélien Idan Raichel a invité quelque 70 musiciens de diverses régions du monde à chanter et jouer avec lui. Le résultat: un album riche de sonorités nouvelles, cette langue hébreu que l'on a si peu l'habitude d'entendre sur nos radios et télés d'Europe…et encore moins du monde arabe, des inflexions orientales ici et là parce qu'Israël appartient au Moyen-Orient, et puis des mélodies et rythmes venus des Indiens d'Amérique, d'Ethiopie, d'Europe de l'Est, ou d'ailleurs… L'album, qui a connu un succès énorme en Israël – 150.000 exemplaires vendus, triple platine – débarque en Europe et dans le reste du monde. Notre coup de cœur: la chanson "Ulai Ha'Pa'am" (Cette fois-ci peut-être), où s'entend – par la seule émotion musicale de la voix chantée – toute la soif d'espoir et le désir de paix d'hommes et de femmes qui ne s'occupent pas de politique, et en souffrent peut-être, eux aussi….
www.idanraichelproject.com

Munir Bashir, Rythms & melodies – Le Chant du Monde, Harmonia Mundi
Le 'oud de Munir Bashir sonnant comme le banjo! Avez-vous jamais imaginé cela? C'est que l'on oublie parfois qu'avant de devenir le maître incontesté du 'oud oriental, Munir Bashir, dans les années 50 et 60, se produisait beaucoup à Londres, où il jouait des thèmes occidentaux, accompagné d'un saxophone et d'une contrebasse… Voici la réédition d'un album, enregistré en 1987, où Munir Bashir prend un grand plaisir à réinterpréter des standards occidentaux tels que"Johnny Guitar", d'après la BO du film de Nicholas Ray, "Amado Moi" d'après la musique du film "Gilda" de Charles Vidor, ou encore le célébrissime "O sole mio"… Et pour les inconditionnels du Bashir classique, une superbe composition de 25 minutes, "De Bagdad à Grenade", où se déploie tout le talent du Maître, qui savait rendre la musique aussi éloquente dans ses développements, que dans ses silences…
www.munirbashir.com

Tinariwen, Aman Iman – AZ/Universal
Carlos Santana dit d'eux: "Lorsque je les entends, j'entends le commencement de la musique du Mississipi et de Muddy Waters, Jeff Beck, BB King, Little Walter, Otis Rush, Buddy Guy... C'est de là que tout vient, ils sont les précurseurs". Depuis quelques années, les musiciens occidentaux se tournent vers le continent africain, pour y trouver les sources de la musique qui engendra, par-delà l'Atlantique, le blues, le rock, le reggae, la rumba, la samba… Le groupe touarègue Tinariwen s'était rendu célèbre il y a 3 ans, avec son premier album "Amassakoul", qui s'était vendu à 70.000 exemplaires en France. Mais Tinariwen était connu en pays touarègue depuis les années 70, à l'époque où, sur cassettes, leur musique circulait dans les campements nomades, donnant une voix à la rébellion, et perpétuant l'identité d'un peuple. La guitare électrique et la batterie se mêlent ici aux chœurs traditionnels de femmes et aux chants en répons, non pas pour les occidentaliser, mais pour, comme on le dit d'un ampli, "amplifier" leur portée, musicale et verbale.
http://tinariwen.artistes.universalmusic.fr/

MUZZIKA ! Février 2007 Toumast, Ishumar – Village vert, Wagram
C'est fou comme la guitare électrique, sous les doigts de Moussa Ag Keyna, sonne comme le guembri, cette guitare du Sahara que l'on trouve du Sénégal à l'Afrique du Nord! Et qui recherche les troublantes parentés entre le blues et sa mélancolie, et les musiques du Sahara, parfois également empreintes de la nostalgie d'un pays perdu, les trouvera par exemple en écoutant la subtile introduction de guitare de la chanson "Innulamane" (Le faucon) ou de "Ezeref" (Mon chameau) . "Moi je sais que veut mon âme: être à l'ombre d'une tente dans le désert, rentrer mes chamelons et mes moutons, attacher mes cabris et mes agneaux ensemble à une même corde, attraper Ezérif, mon chameau, le parler d'une selle bien décorée pour aller rejoindre les tambours qui résonnent dans la vallée, et retrouver ma bien-aimée dont la beauté est chantée dans tout le désert même chez les marabouts"… Et les paroles des chansons nous restituent aussi toute la détresse d'un peuple, aujourd'hui divisé entre plusieurs pays, et sédentarisé de force par les sécheresses successives… Aux côtés de sa cousine Aminatou Goumar, de Dan Lévy à divers instruments (et qui est aussi le réalisateur de l'album), et d'autres instrumentistes, Moussa Ag Keyna, leader de Toumast, nous offre ici un album musicalement maîtrisé, au titre-message: "Ishumar", dérivé de "chômeur", c'est le nouveau nom donné aux touaregs dans les villes du Mali, d'Algérie, ou de Libye…
www.toumast.com

MUZZIKA ! Février 2007 Gianmaria Testa, Da questa parte del mare – Fuorivia Produzioni, Harmonia Mundi
Gianmaria Testa, qui s'était fait connaître en 2000 avec son album "Il valzer di un giorno" (La valse d'un jour, 80.000 copies vendues en France), nous offre ici un 6° album empreint de poésie comme à son habitude, et de tendresse. Entièrement dédié au thème des migrations, cet opus, explique l'artiste, c'est "comme si l'album était un roman et les chansons plusieurs chapitres qui, tous ensemble, racontent une histoire". On entendra ici, accompagnées d'une guitare, d'une clarinette, ou d'une douce flûte, les douces balades "à propos des raisons – souvent contraignantes- du départ; à propos de la décision - souvent empreinte de souffrance - de traverser les déserts et la mer; à propos de la signification des mots "terre" ou "patrie" "… "Une barque noire", "Ritals", "La mine"…: avec ces chansons, Gianmaria Testa, qui est auteur-compositeur, nous prouve ici que, pour nous parler de problèmes internationaux ou politiques, les artistes sont les plus convaincants, car ils ne nous parlent pas d'abstractions et d'idées, mais d'histoires vécues, et de drames intimes….
www.gianmariatesta.com

Gipsy Kings, Pasajero – Warner
Bon, on ne va pas se la jouer intello: nous, les Gipsy Kings, on adore! Oui, on sait, c'est de la "variété": et alors? C'est énergique, enlevé, joyeux, ça donne envie de se lever pour danser, et ça vous éclaire une matinée grise d'hiver, ou une lourde journée de travail… Et nous sommes quelques millions dans le monde à les adorer, les Gispys Kings, la preuve: ils en sont à leur… quinzième album! Et leur histoire est une belle histoire: à la mort de leur père, José Reyes, célèbre chanteur gitan du Sud de la France, qui accompagnait notamment le guitariste espagnol Manitas de Plata, ses fils – Nicolas, André, et Paul – s'unissent à une autre bande de frères, les Baliardos - Tonino, Paco, Diego - pour former un groupe qui commence par jouer dans les mariages et les cafés de la Côte d'azur. Un jour un touriste américain enthousiaste leur explique que "Reyes" signifie "Rois": c'est le déclic, ils seront les "Gipsy Kings". Leur premier album, éponyme, sort en 1987, popularisant la "rumba gitane", mix de fllamenco, de rythmes latino-américains et de pop, et la chanson "Bamboleo" deviendra le tube que l'on sait. Mais n'espérez pas voir les Gipsy Kings sur nos rivages méditerranéens de sitôt: ils sont en tournée pour plusieurs mois, aux USA et au Canada, où on les adore, une bonne partie de 2007!
www.gipsykings.com

Nadia Khouri-Dagher
(16/02/2007)

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