Le député de Tripoli: choisir entre Etat et anarchie

  Le député de Tripoli: choisir entre Etat et anarchie Le député de Tripoli, Mosbah al-Ahdab, bel homme soucieux de son apparence et de son élégance est une figure typique incarnant l’option pour la modernité dans le mode de vie et en politique choisie par Tripoli. Descendant d’une grande famille tripolitaine, il réunit les qualités d’une génération ayant fait le choix de l’enseignement moderne, d’une vie sociale ouverte et mixte et d’idées politiques contemporaines. Et il est membre du mouvement Tajdid Dimoqrati (Renouveau Démocratique) qui regroupe des députés indépendants, de toutes les confessions et régions et fait partie de la coalition libanaise du 14 mars.

Al-Ahdab relate ainsi l’histoire politique de sa ville et les changements qu’elle a connues: dans les années 1950, Tripoli était un port important et avait une économie développée et prospère. Historiquement, c’est la ville des ulémas, une cité conservatrice mais non extrémiste. Cependant, comme dans toutes les régions du Liban, des puissances régionales ont soutenu des mouvements armés et extrémistes pour déstabiliser le pays et assurer la pérennité de leur domination. Un intérêt particulier fut porté à Tripoli en tant que point de rencontre de l’extrémisme islamiste et des mouvements fondamentalistes prônant la violence… sous l’égide des Renseignements.

Avec la fin de la domination syrienne, l’alternative était très simple: soit la sécurité sous les hospices de l’Etat, soit le retour aux îlots sécuritaires, aux «émirs» des quartiers, aux fatwas incohérentes et souvent meurtrières.

Tripoli a été détruit en 1986 et jusqu’à aujourd’hui les gens n’ont pas perçu les indemnités décidées par l’Etat et qui s’élèvent à cinq millions de livres pour chaque victime alors que les habitants d’autres régions (ceux du Sud, après la guerre d’août 2006) se sont vus allouer 50 millions de livres pour chaque victime et n’en expriment pas moins leur mécontentement de l’Etat. Le député de Tripoli: choisir entre Etat et anarchie La manière avec laquelle les gens se sont ligués autour des forces de sécurité et de l’armée lors des affrontements qui se sont produits en ville et dans la bataille qui a lieu à Nahr al-Bared constitue une grande leçon politique. Le vieux feuilleton reproduisant le même scénario où un groupe armé vient s’installer dans un quartier de la ville et essaie, par la force des armes, d’imposer un fait accompli, contraignant l’Etat à négocier avec lui, comme s’il représentait tout Tripoli, n’a plus cours depuis que les habitants ont repris l’initiative et qu’ils ont commencé à faire de la politique selon les règles qu’imposent le régime démocratique et les élections.

Dans la conscience des tripolitains, leur ville a été plusieurs fois détruite au cours des trente dernières années. Cela leur a permis de connaître l’isolement par rapport aux autres villages du Nord dont la population est à majorité chrétienne. Ils ont mesuré combien ils étaient perdants lorsque personne n’ose plus entrer dans leur ville. Ils ont vu combien leur vie avait changé avec le départ des lettrés, avec la récession économique et la recrudescence de la violence et de la pauvreté.

Certes, Tripoli n’a jamais rompu ni ne rompra ses relations sociales avec la Syrie. La ville tient à ces liens mais sans le retour à l’ère des Renseignements. Les habitants ne supportent plus l’idée que leur ville soit le terrain de conflits régionaux.

Le député al-Ahdab avance qu’une grande responsabilité incombe à l’Etat dans l’étape prochaine: ce changement politique de la population doit s’accompagner d’un plan de développement. Il convient de «récompenser» Tripoli en concevant un plan de développement intégral et en procédant à la restructuration économique de la région et de la province.
Youssef Bazzi
(05/07/2007)

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