Entretien avec le Père Paolo

 

Père Paolo, comment interprétez-vous les hésitations des étudiants ce soir, à l’idée de construire au désert?

 

Entretien avec le Père Paolo
Père Paolo Dall’Oglio

 

 

Ils ont exprimé le désir de ne pas imposer quelque chose au contexte naturel et traditionnel. Il me semble que cela exprime un désir de disparaître, c’est comme si l’humanité se sentait trop lourde sur la face de la terre.
D’autres projets, au contraire, ont exprimé le droit des nouvelles générations de s’exprimer, d’avoir le toupet d’exprimer son avis, oser mettre un volume à côté d’un volume. C’est le cas du 3e prix (Muhammad Somar Taifour et Ayaham Dalal, Syrie)
Selon moi, tous les projets sont très intéressants et il y a quelque chose de vrai dans les deux attitudes.


Comment est née la nécessité de construire cette oasis spirituelle au pied du monastère?
Depuis quelques années, nous nous trouvons véritablement envahis par les visiteurs au monastère 100 jours par an. Il n’est pas rare que nous accueillions jusqu’à 300 personnes par jour. Il nous faut absolument trouver une solution car notre petite communauté monastique se sent submergée, il nous est de plus en plus difficile d’accueillir comme nous le souhaiterions tous ceux qui viennent jusqu’à nous.

La popularité du monastère de Mar Moussa est inattendue et il est nécessaire de s’organiser face à un tel succès. Mais ne craignez-vous pas que cette «oasis spirituelle» n’attire encore plus de monde et ne vous fasse encore plus de publicité? Ne craignez-vous pas d’être à nouveau submergé ?
Nous voulons assumer la nécessité de créer un lieu pour les masses dé-spiritualisées. L’oasis permettra aux visiteurs de se préparer à monter en silence au monastère. En bas, dans l’oasis, il sera possible de manger, échanger, dormir, visiter un musée, etc… Ainsi, l’une des fonctions de l’oasis sera de «soulager le monastère».

 

 

Entretien avec le Père Paolo
Monastère de Mar Moussa


Quelles dispositions spirituelles les productions des jeunes architectes traduisent-elles à vos yeux?
La plupart des projets sont «post-religieux». Les jeunes architectes pensent d’une façon qui dépasse leur appartenance religieuse. Cela ne veut pas dire qu’ils ne pratiquent pas : nous sommes en plein Ramadan et beaucoup parmi les étudiants venus ce soir avaient jeûné aujourd’hui. Mais quand ils pensent au futur de l’humanité, ils cèdent au post-religieux, ne défendent pas assez leurs particularismes.
Il était important pour moi, avant de construire «l’oasis spirituelle» au pied du monastère, d’interroger les jeunes. Nous aurions commis une erreur en décidant de construire sans les consulter.
 

 


 


Florence Olliry
(23/10/2008)

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