La lumière orange

La lumière orangeLa maison d’enfance de Dražan et Dejan est à l'entrée de la ville, un quartier à l'écart, endormi. Des gravats, des toiles d’araignée. Dražan retrouve un vieux carnet de notes. Dejan prend des photos. Aprés 17h, à Varés, la ville est comme morte. Trois ou quatre cafés éclairés par des lumières rouges et bleues, où on écoute des musiques orientales. Dražan dit que les jeunes boivent et prennent toutes les drogues de la terre pour oublier qu’il n’y a rien.

Un soir, Dejan réussit à rassembler leurs amis d'enfance. C'est assez compliqué. Les trois communautés vivent désormais dos à dos. Il s'agit donc de ne pas se montrer ensemble. Nous nous retrouvons assez tard dans la soirée, dans un appartement. Une dizaine de leurs vieux copains sont là. Ils ne se sont pas vus depuis des années. Toute la soirée, ils chantent, ils boivent, ils rient, ils pleurent.

Fin d’après-midi à Bosanki Brod, sur les bords de la Save. Dernier jour de tournage. C’est un dimanche, il fait beau. La lumière est presque orange. Dražan me dit que c’est la lumière d’ici, qu’il ne l’a jamais vue ailleurs. Maja raconte l’espoir qui est parti. Elle dit qu’avec Dejan, elle se sent un peu plus forte. J’écris dans mon carnet : «Putain de pays foutu, qui n’existe pas. »Depuis des années, la tante, Milojka ne sort plus qu’une fois par semaine. Elle parle beaucoup à Dražan, depuis le début de son séjour. Des pages entières de l’histoire de sa vie. Avant la mort de son mari et de ses deux enfants. « Tito, notre héros à tous. », dit-elle. Depuis que Dražan est arrivé, elle a moins peur. Le soir, elle ne verrouille plus la porte.


"Deux frères séparés par une guerre: Dražan, réfugié politique en France, à Marseille, Dejan en Bosnie-Herzégovine, à Bosanski Brod, une ville industrielle à l'agonie, à la frontière de la Croatie. En 2007, Dražan décide de rendre visite à son frère. Il est accompagné par une équipe qui réalise un documentaire. Pendant le tournage de «J’ai un frère», son réalisateur, Emmanuel Vigier, tient un journal dont il nous propose aujourd’hui la lecture."


Emmanuel Vigier
(25/06/2009
)


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