Aïcha Bourjila, «Le Cheval de campagne»

Elle se mord les phalanges de rage. Cela fait deux heures qu’elle se frotte les yeux et fait craquer ses doigts… Elle promène son regard dans le vide, observe furtivement ceux qui ont tout loisir de l’observer… De temps à autre, elle entend un chuchotement dont elle ne distingue que le caractère tenace: la mâallm a . De temps à autre aussi, cette même voix traverse les vagabondages de son esprit:
-Bienvenue à vous, Mesdames… La mariée va bientôt venir…
Elle frissonne de peur ou de gêne comme un petit enfant chaque fois qu’un nouveau visage féminin s’approche et s’attarde sur ses traits, sur son visage, et sur sa peur.
-Ma semblable dans ce calvaire, Malika Moustadraf, a parlé de la possibilité de découvrir un sérum préventif contre l’amour. Qu’est-ce que ce serait si on découvrait un sérum qui élimine des moments pareils!
Quoi qu’il en soit, elle est ici une simple curiosité. Elle n’est pas obligée d’interroger chaque femme sur sa famille et ses proches… Il lui suffit de rendre le salut et de se recueillir…
Quel silence! Quelle solitude! Quelle situation!
L’espace était presque plein… Les visages mêmes, les vêtements mêmes, les bijoux mêmes, les sourires et les rires forcés mêmes, et la voix même:
-Bienvenue à vous… Soyez de bon augure pour la mariée!
Les regards et les appels s’échangent…

*Née à Oulad Teïma, près de Taroudant en 1978, Aïcha Bourjila a écrit ‘Awd al-hamla ( Le Cheval de campagne ) en 2006.

Kenza Sefrioui
(14/04/2009)

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