Khadija Younsi, «Rose, ouvre-toi!»

 

Lorsque le médecin m’a examinée et que j’ai commencé à lui expliquer mon état, à ma grande surprise, la douleur s’est arrêtée tout à coup. J’ai bafouillé, puis j’ai éclaté de rire. La douleur avait complètement cessé. Le médecin a ri à son tour, et a décidé que je passerais la nuit à l’hôpital, de peur que la douleur ne revienne à la charge. Il n’a pas cessé, lui non plus, de me cajoler. Je n’étais pas petite au point de ne pas ressentir de l’embarras, mais mon visage conservait encore un éclat enfantin qui attirait les cajoleries. J’ai pris la chose avec compréhension, mais aussi avec beaucoup de plaisir. […] Lorsque le médecin m’a rendu visite le matin et m’a auscultée à nouveau, il a confirmé que j’étais en bonne santé et m’a fait comprendre que mon corps, ce petit bourgeon, avait commencé à éclore. […] Je n’ai rien dit à ma mère de la nuit à l’hôpital: elle était loin et j’ai eu peur de l’inquiéter. Quant à moi, je n’ai pas ressenti autant d’inquiétude que de gêne de découvrir mes petits seins, aiguillonnés par la douleur, devant le médecin : car, aussi longtemps que j’ai ressenti vis-à-vis d’eux de la gêne, ils ont cabriolé comme deux grenouilles primesautières ! C’est pourquoi j’avais resserré le corset, pour mettre fin à leurs bêtises et les empêcher de faire des bonds imprudents sur ma poitrine. Après la nuit à l’hôpital, j’ai adopté des soutiens-gorge aux dimensions confortables et suis devenue fière de mes seins, profondément attachée à leur bien-être. Car, même en pleine infortune, ils restent veloutés, doux, et si près du cœur…

 


Kenza Sefrioui
(14/04/2009)

 

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