Shadi Habib Allah

 

Le spectateur trouve dans l’œuvre de Shadi Habib Allah « Très bien, frappe encore mais ne t’enfuis pas » une expression du temps différente de celle que présente l’œuvre de Malhi et avant lui celle de Batniji. C’est une œuvre qui s’attelle, entre autres, à venir à bout de l’idée que le temps peut être appréhendé à travers le mouvement des corps dans l’espace.

Habib Allah choisit le mouvement dans la photo et les dessins animés dans la composition de son œuvre. Mais le mouvement des corps qu’il choisit est monotone et ferme comme celui du ventilateur ou du moulin à vent.

Ainsi, là où les photos de Malhi et de Batjini, faites d’inertie et d’immobilisme, suscitent l’appréhension et/ou l’attente donnant l’illusion que quelque chose va se produire malgré l’immobilisme et la fixité, les photos de Habib Allah en mouvement représente l’immobilisme et la fixité car il est difficile de prendre la mesure du temps sans que quelque chose se produise. Pourtant malgré les différences entre les expériences temporelles rendues par les trois artistes, elles se ressemblent toutes en ceci qu’elles ne rendent pas compte du temps dans son mouvement du passé vers l’avenir via le présent comme le fait par exemple l’exposition de l’ADACH. Ce temps qu’on nomme le « temps historique » est apparu comme concept essentiel en Europe au lendemain de la Révolution industrielle. C’est un concept qui fut investi dans l’élaboration de l’histoire de la nation.

Dans l’œuvre de Batjini, de Malhi et de Habib Allah, le temps résulte d’une expérience subjective soumise au contexte palestinien. Contexte dans lequel l’administration israélienne utilise comme moyen de persécution cette amputation frappant le mouvement allant du passé vers l’avenir via le présent. Ces trois artistes ont rusé avec les pratiques du colonisateur en mettant en exergue des expériences personnelles autres qu’ils ont déduites du seul contexte palestinien.

 


Adania Shibli
(22/08/2009)

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