Taycir Batniji

Taycir Batniji
Taycir Batniji : Hanoun (coquelicots) 2009. Publié avec l’aimable autorisation de l’artiste. © Taycir Batniji.

 

«Comment va Taycir?» demandai-je. Et tous de répondre: «Il est complètement épuisé. Il a le pouce tuméfié tant il a taillé de crayons».
Derrière le mur de l’horloge, le visiteur trouve une petite salle de la taille d’un atelier. Au fond se voit la photo de l’atelier de Batniji à Gaza. Le sol de l’atelier de Gaza est recouvert de poussière, celui de Venise d’un champ de coquelicots constitués par les copeaux d’un crayon rouge que Taycir a taillé. Poussière et coquelicots suggèrent la distance spatiale mais aussi temporelle séparant l’artiste de son atelier. La poussière fait penser au temps durant lequel l’artiste n’est pas allé dans son atelier; les coquelicots disent le temps que l’artiste a passé à tailler à l’infini son crayon, sans but attendant de pouvoir regagner son atelier. Tailler son crayon n’est pas seulement un grand gaspillage de temps; c’est la concrétisation de l’attente.
La fragilité des coquelicots en copeaux semble plus grande que celle des coquelicots à l’état naturel. Cette fragilité interdit à l’artiste et au visiteur de franchir le seuil de la salle-atelier, un peu comme le champ de mines interdit à l’artiste de se rendre dans son atelier à Gaza.

 


Adania Shibli
(22/08/2009)

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