Recrudescence de violence en Tunisie

 

Le sang a encore coulé en Tunisie. Il continue de couler. Le pays a connu une recrudescence de violence que le gouvernement impute à des bandes de malfaiteurs alors que les jeunes incriminent la police même. Les violences ont touché le pays tout entier de Bizerte à Douz où on déplore trois morts dont un universitaire. Hier, des snipers ont été postés sur les toits de Tala.
Recrudescence de violence en Tunisie
De l’autre côté de l’Atlantique, des Tunisiens attendent de pied ferme Sakhr El Matri, gendre du président, qui est arrivé avec sa famille à Montréal où il possède une villa cossue et où, dit-on, il compte se mettre à l’abri.
Les événements de Tunisie sont salués un peu partout dans le monde arabe et des médias comme Al Jazeera n’hésitent pas à évoquer «l’héroïsme du grand peuple tunisien». En Libye voisine, le colonel Khadafi, au pouvoir depuis 1969 et préparant la succession de son fils, détaxe les produits de première nécessité. L’onde de choc parvient même en Jordanie où le roi prend des mesures en faveur des plus démunis.
A l’heure même où sur la chaîne Al Jazeera l’infatigable thuriféraire du pouvoir Borhane Bseiss fustige l’opposition et encense le pouvoir, une dépêche annonce que les troubles ont atteint les faubourgs de Tunis.
Devant la recrudescence des violences, le pouvoir fait appel à l’armée qui investit les points névralgiques de Tunis et de nombreuses villes. Les rumeurs les plus folles circulent dans le pays. Mais il faut dire que la jeunesse ne voit pas d’un mauvais œil la présence de l’armée. On raconte qu’à Régueb les soldats se sont interposés entre les policiers et les jeunes pour les protéger. Sur plus d’une vidéo, on entend des jeunes crier « Vive l’armée !».
Hier, la police a rudoyé des acteurs qui se sont regroupés devant le théâtre municipal de Tunis, empêché une centaine de journalistes de manifester et mis en garde les partis qui voulaient manifester.
Ce matin, le président Ben Ali rend publique par la voix du premier ministre Mr Mohamed Ghanouchi une série de mesure pour calmer les esprits : le ministre de l’intérieur est limogé, les manifestants qui ne se sont pas impliqués dans des actes de violence caractérisée sont libérés, une commission sera mise en place pour enquêter sur les dépassements éventuels et une autre statuera sur les pots-de-vin et sur la corruption présumés.
Il ne semble pas que ces mesures aient suscité la moindre ferveur. Il y a un mois, ces mesures auraient remporté l’adhésion de toute la Tunisie mais aujourd’hui, la crédibilité du pouvoir est fortement entamée. Des nouvelles des plus alarmantes continuent de nous parvenir. Les jeunes Tunisiens semblent plus déterminés que jamais à en découdre avec le pouvoir et à réclamer un changement démocratique radical. Cela est devenu une idée fixe chez ces jeunes que rien ne semble émouvoir ni les déclarations de Washington ni le mutisme de Paris.
En Tunisie, pays jeune, c’est désormais la jeunesse qui décide.
A l’heure où j’écris cet article d’autres nouvelles alarmantes nous parviennent et de ma fenêtre, je vois un camion de l’armée qui semble s’être déployée partout dans le pays.

 


 

Ben Salah J
(12/01/2011)

 

 

 

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