Burqa: vrai Problème, mauvaises réponses


Burqa: vrai Problème, mauvaises réponsesIls l’ont tous condamné, unanimement. Pour l’UOIF, le CFCM, la Mosquée de Paris et la grande majorité des Français musulmans, le port du voile intégral n’est ni une obligation divine ni une pratique favorable au vivre ensemble. Même s’il faut voir dans certaines prises de position une volonté stratégique – condamner la burqa, c’est aussi rendre le voile plus sympathique –, il n’en reste pas moins que, sur le fond, le voile intégral relève d’un choix critiquable et dangereux.
Pourquoi ? Parce que, quoi qu’on en dise, il est le signe d’un enfermement toujours idéologique, mais aussi social. Il traduit incontestablement une mise en retrait, voire tout simplement un rejet d’une société jugée imparfaite et même impure. Un processus de repli sur soi, sur ses croyances, sur ses valeurs est à l’œuvre dans ce choix.
Mais le pire, c’est que cette décision n’implique pas seulement les adultes qui la prennent en toute conscience, elle concerne aussi leurs enfants. Ainsi, certaines femmes en burqa que le Courrier de l’Atlas a rencontrées disent vouloir soustraire leurs enfants à l’influence d’une société extérieure jugée subversive. En ne les envoyant pas à l’école, par exemple.
Peut-on accepter cela ? Non, on ne doit pas. Il en va du respect des autres et de la qualité du vivre ensemble. Une femme qui porte la burqa fait violence à celui ou celle qui la regarde, parce qu’elle lui interdit de la voir. L’égalité est rompue, et la communication, d’emblée, est refusée. Or, l’espace public est quelque chose qui se partage, et ce partage repose sur des règles que tous et toutes doivent respecter.
On ne doit pas non plus l’accepter parce que ce repli sur soi peut induire des dérives extrémistes. Cela ne veut pas dire que tous ceux qui choisissent ces modes de vie et de pensée deviennent extrémistes, cela veut simplement dire que tous les extrémistes passent ou sont passés par ce mode de vie. D’où notre devoir de vigilance.

Entre pédagogie et législation
Comment désamorcer ces risques? Par la pédagogie, peut-être, en apprenant aux musulmans que ce qu’ils prennent souvent pour des prescriptions immuables parce que sacrées ne sont en réalité que des interprétations, et donc des productions humaines sacralisées par l’usage. Par le droit aussi, même si le vote d’une loi soulève des questions de taille: sur quels principes juridiques baser cette loi? Et comment veiller à son application sans que ces femmes ne deviennent des “victimes” et sans tomber dans l’islamophobie? La France a peut-être tout intérêt à regarder ce qui se passe ailleurs en Europe pour trouver sa propre réponse, juste mais ferme, à cette question difficile.

 


 

Hanane Harrath
(23/09/2009)

 

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