Jeunesse sur fond de politique marocaine

  Jeunesse sur fond de politique marocaine Un an après le 16 mai :deux actions, deux conceptions
Le 16 mai, date des attentats de Casablanca, a été commémoré dans la douleur. L’Etat et ses médias nous ont gratifiés, comme d’habitude, de plusieurs jours de matraquage idéologiques: des discours et des reportages creux qui clament que le Maroc est le pays de la diversité, de la tolérance et de l’islam vrai, pacifique et conciliant. Des images poignantes de personnes inconsolables de la perte de leurs proches dans les attentats. Mais l’Etat marocain a-t-il vraiment agi de manière à ce que les attentats de ce genre ne se répètent plus?
Depuis les attentats du 16 mai, le pouvoir a violemment sévi dans les milieux extrémistes: des milliers d’arrestations, plus de 2000 condamnations, dont 17 à mort. La sécurité fut renforcée, la coordination entre les différents services de renseignement mieux organisée. Mais les bidonvilles où ont germé les idées et les organisations extrémistes sont toujours là, toujours aussi abandonnés à leur sort. Leurs habitants sont seulement un peu plus exclus, car en plus de la misère ils sont accablés aujourd’hui d’une autre tare, celle d’être des kamikazes en puissance. Le refus de s’occuper sérieusement de ces quartiers tient à la stratégie adoptée par l’Etat au lendemain des attentats et à sa lecture des événements. Les responsables marocains n’ont jamais voulu reconnaître que les causes sont d’abord internes. Les responsables des attentats sont toujours Al-Qaïda et sa nébuleuse internationale. On débite toujours ce discours qui dit que des nationaux, quelque peu égarés, sont séduits par des idéologies extrémistes étrangères qui n’ont rien à voir avec notre nature pacifiste et notre islam tolérant. On refuse encore de reconnaître que la misère et la précarité sont pires que Ben Laden et ses compagnons troglodytes. De la même manière, le problème de l’émigration clandestine, un phénomène social de grande ampleur, est passé sous silence. On se borne à intercepter les candidats à l’émigration, sans favoriser un débat national sur la question, car cela nécessiterait de chercher des réponses à des questions comme l’absence d’horizon de la jeunesse ou la misère de larges couches de la population. Jeunesse sur fond de politique marocaine La seule lueur d’espoir depuis le 16 mai est nourrie par la société civile marocaine. Des dizaines d’associations sont nées dans quartiers périphériques après les attentats. Elles sont actives dans plusieurs domaines: l’art et la culture, le sport, la formation professionnelle, l’enseignement, travaux d’aménagement… Ces associations sont menées par des jeunes de quartier qui ont compris, mieux que l’Etat avec ses grands discours et sa justice expéditive, que la culture et l’insertion sont les meilleures armes pour combattre l’extrémisme. Après la réussite de ces expériences, certaines entreprises citoyennes proposent à leur tour d’aider financièrement ces associations.
«Edition spéciale: action citoyenne», Telquel, n° 127, du 15 au 21 mai 2004. www.telquel-online.com
Le phénomène du terrorisme au Maroc: tentative d’explication, par Abdelaziz Messaoudi, p. 6-7.
«Dossier: 16 mai, un an après», par Younès Alami, Mouaad Rhandi et Khalid Jamaï, p. 8-15.
Le Journal hebdomadaire, n° 160, du 15 au 21 mai 2004, p. 6-15. www.lejournal-hebdo.com Jeunesse sur fond de politique marocaine Boulevard des Jeunes musiciens: Une musique qui fait vibrer loin du ronronnement de l’art officiel
Comme chaque année désormais, des groupes de jeunes musiciens de quartier qui viennent de plusieurs villes se sont rencontrés du 28 au 30 mai. Le Maroc n’a pas connu de musique de contestation depuis les années 70. La musique et la chanson, si toutefois on peut les qualifier ainsi, ont évolué depuis cette époque dans le giron du makhzen. Les jeunes musiciens d’aujourd’hui renouent avec la contestation et sont, de ce fait, boycottés par les instances et les médias officiels. Mais ils ont trouvé leurs propres circuits de diffusion. Leur musique verse dans plusieurs genres, souvent avec des fusions: rap, hip hop, rock, reggae, musique populaire marocaine, gnaoua, latino, africaine… Les textes sont délivrés dans un arabe dialectal savoureux, mais violent et souvent grivois. Les chansons sont très appréciées parce qu’elles abondent dans les sujets tabous (émigration clandestine, sexualité, la bigoterie et les tartuferies des islamistes…).
Le plus emblématique et énigmatique parmi ces musiciens est un jeune marocain qui fait des études d’informatique en France. Il a écrit et chanté trois morceaux avec un groupe d’amis et les a diffusés sur Internet. En l’espace de quelques mois, il est devenu célèbre au Maroc. Il s’est donné le nom mystérieux de Awdellil (cheval de nuit) et entend garder l’anonymat. Dans une interview accordée à Telquel, il dit ne pas du tout être intéressé par la célébrité ni par la production de disques, ce qui aurait pour effet, entre autre, de l’exposer à la censure et à la répression. La musique de Awdellil et de ses semblables constitue la forme la plus populaire et la plus efficace de résistance contre la déferlante des idées islamistes et la montée de l’intolérance. Hicham Raji

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