Falluja: massacre caché, tragédie révélée

 

Falluja: massacre caché, tragédie révélée

Il y a une semaine, Rai News 24 diffusait l’enquête de deux journalistes, Sigfrido Ranucci et Maurizio Torrealta, (1) sur le massacre caché de Falluja, un massacre qui a eu lieu il y a quelques mois sur des civils au moyen d’une arme chimique -le phosphore blanc- déjà utilisée par les Etats-Unis au Vietnam et par Saddam Hussein dans les années 80’ contre les Kurdes. Cet agent chimique est de la même famille que le napalm. Son usage n’est pas à proprement parlé interdit par la convention sur les armes chimiques mais lorsqu’il est utilisé pour ses propriétés toxiques sur les humains et les animaux, alors le phosphore blanc est bien considéré comme une arme chimique.

Selon les déclarations du Marine Jymmy Massey, recueillis dès le mois de septembre par le quotidien Il Manifesto, le phosphore blanc est couramment utilisé par l’armée américaine contre les civils irakiens: «comme au Vietnam, raconte Massey, nous sommes en train d’utiliser des armes interdites contre la population. Aujourd’hui encore nos supérieurs du Pentagone continuent de déclarer qu’il est ‘inhumain’ d’utiliser des armes chimiques et de destruction en Irak, parce qu’on tue des civils. De fait nous avons utilisé et continuons à utiliser du phosphore blanc et de l’uranium appauvri. Nous sommes responsables du massacre continuel de civils irakiens».(2)

Au contact de l’oxygène, le phosphore blanc brûle et consume les molécules qui le contiennent, d’où les images atroces de ces chairs fondues et carbonisées constatées sur les restes des victimes de Falluja. Pour ceux qui en ont le courage, une galerie de photographies, répertoriées par le Centre d’études des droits humains de Falluja, peut être consultée sur le site de Rai News 24(3). Elle montre des corps totalement ravagés par l’arme chimique. Corps que l’on identifie, sans l’ombre d’un doute comme ceux de civils - enfants, femmes, simples travailleurs…-, corps qui portent encore l’ultime crispation des atroces souffrances subies avant la mort.

Falluja: massacre caché, tragédie révélée
Roberto Marrione

Depuis sa diffusion, le reportage de Sigfrido Ranucci et Maurizio Torrealta a été largement repris par les télés et la presse écrite du monde entier. Pourtant, en Italie, l’écho a été comme atténué. En outre, Rai News 24 a dû essuyer toutes sortes d’attaques l’accusant, en autres, d’alimenter et d’instrumentaliser une polémique anti-américaine, au point que son directeur, Roberto Morrione, a senti le besoin de réaffirmer dans un édito ad hoc les principes qui régissent le travail d’information de sa chaîne(4):

«Les opinions publiques, les peuples de la planète ont autant besoin de paix que d’une information libre. Rai News 24 a reçu ces jours-ci et continue de recevoir des centaines et centaines de messages via internet qui expriment trois attitudes: l’horreur pour ce qui a été documenté avec rigueur dans l’enquête de Sigfrido Ranucci et Maurizio Torrealta; La rage et la protestation contre l’utilisation d’armes interdites et inhumaines par ceux qui sont rentrés en Irak en affirmant qu’ils voulaient en empêcher l’utilisation, sans pour autant les trouver; L’exigence que ce reportage soit amplement divulgué et que les grands quotidiens et les télés, à commencer par la Rai, fournissent un véritable service d’information».

A ceux qui accusent sa chaîne de ne pas avoir été neutre, Morrione réplique en ces termes: «je veux assurer à ces derniers que Rai News 24 a toujours poursuivi et continuera de poursuivre, en toute autonomie, la recherche de la vérité en appliquant les principes de correction et d’approfondissement propres à l’information».
Pari gagné: dans le paysage médiatique italien, opaque et lénifiant, les objectifs et le travail de Rai News 24 se détachent comme l’îlot salutaire d’une véritable information. ________________________________________________________________
(1)Lire l’interview de Sigfrido Ranucci, parue dans le Manifesto du 11.11.05 et traduite en français dans le site www.millebabords.org

(2)Le marine Jimmy Massey, revenu du front handicapé, auteur de Cowboys from hell, a accordé cet entretien au Manifesto à l’occasion de la tournée organisée par «Irak veterans againts the war» dans 27 Etats et 40 villes. www.millebabords.org

(3)Galerie de photographies des victimes fournies par le centre d’études des droits humains de Falujah www.rainews24.rai.it/ran24/inchiesta/slideshow.asp?gallery=1

(4)Lire l’éditorial de Roberto Morrione, directeur de Rai News 24, dans le site de la chaîne www.rainews24.it ________________________________________________________________
Nathalie Galesne
(22/11/2005)

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