La Fille des Louganis de Metin Arditi

 

 

La Fille des Louganis de Metin ArditiMetin Arditi, écrivain grec né en Turquie et établi à Genève, n’en est pas à son coup d’essai. La Fille des Louganis est son quatrième roman chez Actes-Sud, le huitième en tout. Ce livre est beau et tragique comme la Grèce elle-même, il est de ceux que le lecteur ne peut pas refermer avant d’être arrivé au dénouement.

Cette saga de la famille Louganis aurait aussi bien pu s’intituler La Malédiction des Louganis tant l’enchevêtrement des péripéties tragiques, dont certaines ne se révèlent que lentement au lecteur, est dense et dévastateur. Chaque chapitre, chaque page presque réserve un rebondissement, un secret, une dévastation familiale qui s’ajoute à tant d’autres. Vies brisées, vies recomposées, amours croisés, réels ou factices, tout concourt à recréer une tragédie grecque contemporaine. La rigueur de la religion et de la société face aux errements de la vie ajoute une autre dimension, presque manichéenne, à un cheminement déjà complexe.

L’auteur situe également une partie du roman à Genève, où il est établi et dont il restitue fidèlement l’ambiance rigoureuse, aux antipodes de la Grèce que lui et ses personnages ont quitté. Cet abandon, vécu et imaginaire, s’ajoute à l’abandon qui est au cœur de ce roman saisissant : celui du bébé de Pavlina, la fille des Louganis.

Certes, on pourra regretter une tendance du roman à forcer les caractères : l’homme grec y est beau, à nul autre pareil, la femme grecque y est forte, le gréco-turc est forcément plus rude - mais quel amant ! - tandis que le Genevois de souche est enfermé dans ses conventions bourgeoises.

Au total, un roman prenant et vrai.

Metin Arditi, La Fille des Louganis , Actes Sud, Arles, août 2007 – www.actes-sud.fr

 

 

Rédaction Babelmed
(12/11/2007)

 



Extraits

Il lui caressa les cheveux. Elle tourna la tête, l’enfouit dans le creux de son épaule et s’affaissa contre lui. Il tomba, le dos sur les planches, et Pavlina se retrouva couché sur Aris, la tête sur sa poitrine. (…)

Je me demande si ce n’est pas l’homme qui m’a le plus aimée, mon fou de Turc. (…) A quarante ans, je me sentais une vraie baleine, et voilà qu’un homme jeune et fort et tendre aimait mon corps comme il était, et me le montrait, chaque jour. Oui, je l’ai aimé, ma Pavlina. Follement. (…)

Jusqu’à hier matin et depuis trente-six ans, nous n’étions que deux à connaître l’histoire que je vais te raconter. Ta mère et moi. Cette histoire a marqué ta vie. Elle a aussi marqué la mienne. C’est une histoire lourde, Pavlina. Douloureuse. C’est aussi une histoire très belle. Faite d’amours fortes, de mort et de vie. (…)

Avec toi la vie a été injuste, mon Aris, pensa Pavlina. Tu n’as pas été aimé comme tu méritais de l’être. Ni par Takis. Ni par Thanassis et ses gredins d’amis. Ni par ceux de l’île, qui t’auraient tué autrement. Tu n’as fait que les prendre de vitesse. Et moi non plus, je n’ai pas su t’aimer comme j’aurais dû le faire, mon Aris. Sinon tu ne serais pas parti. Elle se leva et regarda longuement la baie de Tigani.

 

 


 

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