Deux villes en état de siège


Deux villes en état de siège
Deux villes en état de siègeMelilla et Ceuta sont devenues un véritable cauchemar sécuritaire pour l’Espagne. Les enclaves espagnoles permettent au dispositif de caméras et de radars de capter les images de l’autre côté du littoral, et même
les bateaux qui quittent la rive marocaine sont pistés. Elles ressemblent aujourd’hui à des villes assiégées. Notamment Ceuta, stratégiquement placée dans la géographie intime du détroit. En atteignant ses barrières naturelles, ses côtes saillantes à l’ouest et ses montagnes abruptes sur le versant oriental, les clandestins arrivent au dernier périmètre frontalier, qui bute sur Kabililla, une bourgade côtière où vivent de pauvres pêcheurs espagnols.
Deux villes en état de siègeDe l’autre côté de la plaine, se trouve le village marocain de Belyounech. Les Espagnols, en déployant l’œil du Sive, ont aussi édifié tout autour de la ville, comme à Melilla, un grillage électrique de six mètres de haut, appelé MIR (Muraille intelligente radicale). Eclairé la nuit, le barbelé plonge les deux enclaves dans une atmosphère morbide qui rappelle tout à fait les grillages d’autres camps de sinistre mémoire. A cela s’ajoute une forte présence de la police des frontières qui dispose de dix-sept postes de contrôle permanent à Ceuta (pour une bande frontalière de 8 kilomètres) et presque autant à Melilla.
Deux villes en état de siègeAujourd’hui, cette dernière est étranglée par une frontière édifiée par un double système de grillages jalonné de miradors. L’ensemble est financé par l’Union européenne. Le long des côtes, le mur électrique atteint les plages formant territoire avec les villes pour dissuader les clandestins qui chercheraient à entrer à la nage ou en pateras. Munis de radars, de chiens et d’autorisation de tirer sur les interpellés en fuite, les guardias de ces deux villes hors du temps engagent très souvent des poursuites en voiture et des échanges de balles sont très fréquemment observés avec les passeurs. Ils sont là pour la contrebande, le trafic de drogue, mais aussi pour les clandestins qui se cachent dans les forêts alentours.
Depuis le lancement du Sive, ces poches de clandestins bloqués par la toile (30000, selon le chiffre espagnol de 2006) ne cessent de grossir. Et ces damnés de la rive Sud mènent régulièrement des assauts suicidaires contre ces deux villes. En attendant, ils dorment dans des cartons.

 


Deux villes en état de siège * «Le courrier de l’Atlas» est le magazine du Maghreb en Europe. Cet article est repris du n°18, publié en septembre 2008. Pour s’abonner au «Courrier de l’Atlas», téléchargez le bulletin remplissez-le et envoyez-le à l’adresse indiquée.

 

 

Karim Serraj
(02/10/2008)

 

 

 

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