Jawad Malhi

 

Juste après l’œuvre de Batniji et avant celle de Shadi Habib Allah qui la jouxte, se trouve l’œuvre de Jawad Malhi «Maison 197», dans un passage étroit de moins de quatre mètres de long sur un mètre et demi de large. Sur le mur de droite, se trouve une vue du camp de Shu’fat(1) . Il n’y a rien d’autre sur cette fresque que de petits cubes en ciment. Ce sont les logements de ceux qui ont été expulsés après 1948 de six villages des environs de Jérusalem : Malha, Lefta, Beit Sufifa, Beit Toul, Welja, Bétir dont les habitants se concentrent aujourd’hui sur une superficie d’environ 2 000 mètres carrés sur lesquels vivent près de 35 000 âmes, selon Malhi.
Jawad Malhi
Exactement comme on ne peut voir dans un camp plus de quelques maisons à la fois tant les impasses et les passages sont étroits, le spectateur ne peut voir la photo du camp en une seule fois tant l’espace d’exposition est exigu. Pour voir la photo, le spectateur doit incliner la tête ou se déplacer. L’espace étroit suscite ce sentiment de claustrophobie qu’on éprouve dans les camps et un sentiment d’angoisse et de panique.

A droite de la photo, il y a deux téléviseurs posés sur des cubes en ciment qu’on dirait sortis de la photo. Les deux téléviseurs montrent de jour et de nuit une station service sur les hauteurs du camp. Rien de particulier ne semble se produire de jour comme de nuit mais en attendant que quelque chose advienne, le passage du temps suscite chez le spectateur un sentiment d’éveil, peut-être à cause de la proximité du carburant. Ce carburant n’est-il pas destiné à la combustion ? La station service explosera-t-elle à un moment ou à un autre ?
Malhi m’explique que la station service avait brûlé un mois avant l’exposition de Venise.

Le contraire de ce sentiment de claustrophobie, d’angoisse et de panique que dégage l’œuvre de Malhi et son espace d’exposition se trouve dans la section de l’Abu Dhabi Authority for Culture and heritage (ADACH). Ici, l’étendue de l’espace d’exposition permet de voir en entier des posters géants célébrant les valeurs néo-libérales qui prévalent de l’autre côté du monde au même moment. Ce sont les bases de la famille heureuse : shopping, dégustation, gain, gaieté, maisons et tours qui penchent ou même s’écroulent sous le poids des richesses qu’elles contiennent.

Dès qu’il se retourne, le spectateur voit sur le mur d’en face des photos de l’époque d’avant l’invasion du néolibéralisme et de la société de consommation. Dans les salles attenantes, on peut voir des documents se rapportant à l’architecte Abderrahman Makhlouf maître d’œuvre du nouveau Abu Dhabi.

Pour revenir au camp de Shu’fat, l’architecte de ce qu’on voit sur la fresque de Malhi a-t-il dessiné des murs coloriés, des couvertures étendues sur les balcons ou des cerfs-volants? Cet architecte serait n’importe quel individu dans les camps de la vielle dame à l’enfant. Peut-être que le plan n’est pas encore terminé, qu’il continue sine die , tant qu’il y aura des habitants. Ici donc, bien qu’immobile, la photo traque un changement dans une temporalité en mouvement. Il ne s’agit pas d’un passage comme dans les photos qui mesurent la superficie d’Abu Dhabi.

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1) - Village au nord-est de Jérusalem NdT

 


Adania Shibli
(22/08/2009)

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