La poésie au féminin

  Une prestigieuse cérémonie a été organisée en l’honneur de la poétesse koweïtienne Souad al-Sabah qui a parrainé le festival. La soirée a eu lieu en présence des officiels, des diplomates arabes et français; tandis que l’hommage, prévu et annoncé, pour l’immense poète palestinienne Fadwa Touqan, récemment décédée, a été réduit à une petite heure de lectures, juste avant la clôture du festival. Les bruits des coulisses ont laissé entendre que Souad al-Sabah avait pris en charge les frais du festival et qu’elle comptait accorder des subventions, utiles et urgentes, qui serviraient à combler le déficit financier de l’IMA. Le festival a consacré une dernière journée aux poétes françaises, mais à aucun moment, les poètes arabes n’ont été invitées à les rencontrer, à les écouter, ou à nouer un quelconque dialogue avec elles. Pour toutes ces raisons, de nombreuses critiques et protestations ont été adressées aux organisateurs du festival, elles alimentent encore aujourd’hui les pages des quotidiens arabes.
Deux séances ont été consacrées aux lectures des poèmes (arabe et français), avec accompagnement d’intermèdes musicaux. Ont participé à cette rencontre:
Noujoum Alghanem (Dubaï), Malika Assimi (Maroc), Ashjan Hendi (Arabie Saoudite), Najma Idrees (Koweit), Fatima Naoot (Egypte), Zulaikha Abu-Risha (Jordanie), Claude Ber (France), Nacera Mohammedi (Algérie), Amel Moussa (Tunisie), Emmanuelle Pireyre (France), Nabila Zebari (Bahrein), Bernadette Engel-Roux (France), Joëlle Basso (France), Safa Fathy (Egypte), Joumana Haddad (Liban), Esther Tellermann (France), Hala Mohammad (Syrie), Bissan Abu-Khaled (Palestine), et Rudayna al-Filali (Libye).
Quelques-unes des lectures ont éveillé un grand intérêt auprès du public. Citons en particulier: la poésie de Zulaikha Abu-Risha qui jouit d’une grande expérience poétique et d’une belle déclamation; la poésie de Joumana Haddad qui est empreinte à la fois d’intimité, de sensualité et d’une certaine recherche de structuration langagière; les derniers recueils de Hala Mohammad qui sont autant de flashs de la vie quotidienne et intime, à la manière du Haïku japonais; la poésie de Safa Fathi qui porte en elle une vision poétique toute particulière et une dimension visionnaire; la voix de Noujoum Alghanem qui nous transporte vers un moment poétique et tragique s’adressant tant à notre vision qu’à notre sensibilité; la lecture confidentielle et agréable de Nacera Mohammadi qui nous plonge dans l’aventure expérimentale du groupe «La Différence» auquel elle appartient; la dernière expérience poétique de Fatima Naout qui dénote sa recherche d’un nouveau langage, de nouvelles structures et de métaphores inusitées. Pourtant, les surprises du festival ont été sans conteste, quoique pour des raisons opposées, la jeune débutante Rudayna al-Filali (20 ans), arrivée en fanfare, on ne sait comment ni pourquoi, et qui malheureusement semble encore ignorer le b-a-ba et de la poésie et de la langue arabe; ainsi que la jeune Bissân Abu-Khaled, qui tout au contraire, a emporté l’unanimité et la ferveur du public aussi bien par les thèmes engagés de sa poésie, qui ont rappelé la période de la poésie de résistance de Mahmoud Darwich, que par la grâce et la magnificence de son élocution. Suite à ce festival de poésie, consacré par l’IMA à la Poésie au féminin et assez inégal sur le plan de la qualité, nous pouvons nous demander s’il est légitime de parler de poésie «féminine», comme production différente de la poésie écrite par des hommes? La poésie moderne n’a-t-elle pas comblé le fossé entre l’homme-poète et la femme-poète? Les courants qui règnent actuellement sur la poésie «masculine» dans le monde arabe ne sont-ils pas les mêmes qui règnent sur la poésie «féminine» arabe? Or, si quelques-unes des poètes présentes au festival ont tendance à classer leur langage poétique sous le signe de la féminité, d’autres – surtout parmi les plus jeunes – se sont rebellées contre cette étiquette et se sont engagées sur le chemin d’une écriture transgressant les frontières qui leur ont été longtemps imposées, sans abandonner pour autant «la féminité» évoquée par Baudelaire comme critère de la véritable poésie.
En effet, lors de cette rencontre, aucune voix ne ressemblait à une autre, ni par le langage ni par le style. Tout en étant influencée par les tendances actuelles dans le monde arabe, chacune de ces femmes-poètes possède sa propre «vision» et toutes leurs œuvres sont à classer dans la mouvance de la poésie contemporaine où il n’y a pas de différence entre une voix féminine et une voix masculine. Rania Samara

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