Le retour de Florence

  Le retour de Florence Te voici, tu es rentrée, tu as foulé à ton tour le sol de la base militaire de Villacoublay, désormais célèbre pour ces rapatriements d’otages. Enfin, on a pu apprécié ton regard bleu, ta force et ton humour : ce qui était réservé au petit cercle de tes proches et qui a nourri la sève du mythe pendant plusieurs mois, est désormais un bien collectif.

Eh oui, car tu es devenue, sans le vouloir, une petite mythologie moderne : Marianne de la liberté d’expression, femme indépendante et courageuse, journaliste talentueuse et combative...dont la société civile française a su s’accaparer, s’approprier pour dire sa rage devant l’ignominie de ton enlèvement, de tout enlèvement, mais pour dire plus encore. Le retour de Florence La société civile ou plutôt la multitude d’individus disparates qui la composent a voulu, en te faisant symbole et en se faisant l’accompagnatrice de ta captivité désavouer ce conflit répugnant, et l’affirmer en dehors des parcours balisés de la politique. Car, envers et contre tous, la guerre a bien eu lieu et le désastre se consume jour après jour sous nos yeux impuissants. Tu es rentrée et il a fallu rentrer ses larmes devant autant de détermination, de maîtrise, de bravoure qui émergeaient de ton sourire plein, de ta démarche sportive, du camaieu bleu de ta silhouette énergique : ici pas de youyou, pas de cri, pas de chant, pas de débordement comme chez Hussein l’après-midi mais un premier accueil policé, ordonné que seule ta parole improvisée est venue interrompre comme un don après des mois d’attente, après tant d’émotion partagée, grandissante, grondante.

Tu as commencé à raconter avec un humour désarmant cette vague de réconfort irréelle qui t’est arrivée le jour où tu as vu sur TV 5 le nom d’une fille qui s’appelait « Florence Hussein » pensant qu’une autre s’appelait comme toi. Cette anecdote en dit long sur le déphasage, le dédoublement, l’évitement que provoque la carcération. Ce jour là nous avons été ta double ration de vache qui rit, l’eau dont tu t’es abreuvée pour arroser ta défense, organiser ta libération.

Il y avait dans ton récit cocasse de la gravité, dans ton rire bruissait le grelot de sanglots réprimés, tu as su nous remercier avec la générosité qui est une autre de tes qualités. Tu as promis une AG à tous tes collègues journalistes, ceux dont tu as bien compris à quel point ils s’étaient mobilisés pour toi.

Nous avons attendu tes mots pour entamer la décompression à tes côtés. On peut les écouter sur le site de Libération. On y apprend ainsi les conditions exécrables de ta détention et de ces privations en tous genres sur le périmètre à ne pas enfreindre des matelas de mousse. Privation de parole, de nourriture, de mouvement qui ponctuaient ta réclusion dans la cave tantôt sous le signe de la maladie, tantôt sous celui d'une répétition plus clémente des jours.
Mille mystères planent encore sur ton enlèvement et ta libération : rançon, enfermement ou non aux côtés des journalistes roumains qui ont témoigné dès que tu étais hors danger.

Seuls ceux qui ne veulent pas entendre t'ont demandé d'expliquer et de raconter des informations que - comble de l'irritation pour une journaliste - tu ne peux, ni ne veux révéler.

C'est pourquoi nous nous contenterons de te réitérer notre gratitude : merci d'avoir survécu à cette épreuve, merci d'avoir aussi fortement incarné la liberté d'expression qui est essentielle partout et spécialement autour de cette Méditerranée que nous partageons. Nathalie Galesne

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