Pour célébrer la paix et la mer

 

Pour célébrer la paix et la mer

La Biblioteca Communale de Palerme, splendide construction du 18e siècle récemment restaurée, a accueilli peu avant la nouvelle année deux poètes, une traductrice et un comédien pour célébrer la paix et la mer.
La poète Maram Al Masri a témoigné de son art comme d’une recherche de beauté et de vérité. Elle a parlé de sa poésie comme d’une écriture intimiste qui reflète les pensées et la vie des êtres qui lui ressemblent, à travers ce qui est une quête menée dans cette part obscure et mystérieuse de son être. «Me connaître moi-même me permet de connaître l’Autre», explique-t-elle. «Les pensées des femmes ne sont pas prises au sérieux. Elles n’ont encore pas osé dire au monde leur désir.» Il s’agit pour elle d’aider par ses poèmes à toucher ce qui est la vérité d’un monde fermé à «quatre clefs», conclut-elle. La poète Cécile Oumhani a insisté sur la quête qu’elle mène avec les mots au-delà de tout ce qui peut constituer une limite entre les êtres ou entre elle et le monde. La poésie est une traversée des langues, des contrées et de la part inconsciente de notre être. La mer est pour elle l’eau dans laquelle nous naissons avant même de voir le jour et elle doit nous rapprocher les uns des autres dans la paix et la tolérance. La traductrice Christine Reddet a lu des poèmes qu’elle avait choisis et traduits pour «Un mare di pace», des textes de l’Algérien Arezki Metref et de l’Israélien Haïm Gouri. Pour elle, c’est par l’art qu’on peut toucher les esprits. Christine Reddet vit la traduction comme un partage émotionnel avec l’auteur. C’est une renaissance du texte dans une dynamique de multiplicité. Le comédien Bruno La Brasca a dit son bonheur de participer à une manifestation qui témoigne de la Méditerranée comme d’un mélange des cultures, dans une bibliothèque associée au souvenir de ses ancêtres. Il trouve intéressant, en tant que comédien, de lire avec les poètes eux-mêmes et d’entendre les poètes lire leurs propres textes. La soirée était présentée par Rosalia Bivona, professeur et chercheur en littérature francophone maghrébine, profondément engagée dans tout ce qui contribue à la connaissance et à la rencontre de l’Autre.

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Pour célébrer la paix et la mer

Poème lu par Maram al-Masri
Les femmes comme moi
ignorent la parole,
le mot leur reste en travers de la gorge
comme une arête
qu’elles préfèrent avaler.
Les femmes comme moi
ne savent que pleurer
à larmes rétives
qui soudain
percent et s'écoulent
comme une veine coupée.
Les femmes comme moi
endurent les coups, (les giffles)
et n'osent pas les rendre.
Elles tremblent de colère
réprimée. (et la répriment)
Lionnes en cage (comme un lion dans sa cage)
les femmes comme moi
rêvent…
de liberté…

Maram al-Masri, (extraits de Cerise rouge sur un carrelage blanc, éditions Phi et Ecrits des Forges, 2003).Traduction de L’arabe (Syrie) par François-Michel Durazzo en collaboration avec l'auteur.

Version italienne
Le donne come me
non sanno parlare,
la parola le rimane in gola
come una lisca
che preferiscono inghiottire.
Le donne come me
sanno soltanto piangere
a lacrime restie
che improvvisamente
rompono e sgorgano
come una vena tagliata.
Le donne come me
Sopportano gli schiaffi,
senza osare renderli.
Tremano di rabbia
e la reprimono.
Come un leone in gabbia
le donne come me
sognano
di libertà…

Maram al-Masri (Brano tratto da Ciliegia rossa su piastrelle bianche)


Maram al-Masri, est née en 1962 à Lattaquié en Syrie, et s'est installée à Paris en 1982 après des études de littérature anglaise à Damas. Aujourd'hui considérée comme l'une des voix féminines les plus connues et les plus captivantes de sa génération, elle se consacre exclusivement à l'écriture et à la traduction. Elle a ainsi participé à de nombreux festivals internationaux de poésie en France et ailleurs. Outre quelques nouvelles et de nombreux poèmes parus dans des revues, ainsi que dans plusieurs anthologies en arabe ou en traductions, elle a publié:
Je te menace d’une colombe blanche, Ed. Ministère de l’éducation, Damas, 1984.
Karza Hamra'a ëala Bilat Abyadh (Cerise rouge sur un carrelage blanc), Ed. l’Or du temps, Tunis 1997.
Prix Adonis du Forum culturel Libanais pour la meilleure création arabe en 1998. Je te regarde, éd. La société d’éditions et de publications, Beyrouth, 2000.
Maram al-Masri est traduite en français, en espagnol, en anglais, en corse et en italien.
mona.maram@wanadoo.fr


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Pour célébrer la paix et la mer

Poème lu par Cécile Oumhani
Et l’ombre
Cercle de silence
Où regarder
Le platane
Feu du couchant

Un jour lucide comme le ciel
Nos mains frêles margelles
À ce qui s’en va
Et que nous ne voyons pas

Cécile Oumhani (extraits de Demeures de mots et de nuit, Voix d’encre, 2005)


Version italienne
E l’ombra
Cerchio i silenzio
Dove guardare
Il platano
Al tramonto

Un giorno lucido come il cielo
Le nostre mani
Fragili confini
A ciò che sfugge
E che noi non vediamo

Traduzione di Christine Reddet


Cécile Oumhani est l’auteur de plusieurs romans, dont Un jardin à La Marsa (éditions Paris-Méditerranée) et de recueils de poèmes, dont Chant d’herbe vive (éditions Voix d’encre). Ses livres sont toujours inscrits dans un univers méditerranéen, où se rejoignent les rives tunisiennes, françaises et britanniques. Elle écrit dans le souci constant de rapprocher les êtres et les cultures. Être au monde, le regarder implique l’effacement de frontières au-delà desquelles se trouvent la rencontre et l’émotion de ce qui nous unit dans le prisme des différences. Elle vient de publier A fleur de mots: la passion de l’écriture aux éditions Chèvre-Feuille Étoilée. Son prochain recueil de poèmes paraîtra en octobre 2005 aux éditions Voix d’encre. Demeures de mots et de nuit sera accompagné d’œuvres de l’artiste coréenne Myoung-Nam Kim. Elle écrit aussi en anglais Young woman at the terrace, prose poétique, vient de paraître dans le numéro «Voices of North Africa» de To Topos: Poetry International (Oregon State University, USA)

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Rédaction Babelmed
(12/1/2006)

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