La Méditerranée, Berceau de l'avenir. Oui, mais d'un avenir pour le moins tourmenté...

  La Méditerranée, Berceau de l'avenir. Oui,  mais d'un avenir pour le moins tourmenté... Depuis le temps qu’ils la connaissent, la décrivent, lui consacrent une grande partie de leurs travaux, le couple Bata-Roulleau ne s’est toujours pas lassé de «la belle bleue». Ils continuent, tenaces, cette démarche qui les caractérisent: faire voler en éclat les préjugés sur la Méditerranée, en racontant son histoire, les enjeux géopolitiques auxquels elle est aujourd’hui confrontée, et surtout l’avenir qui sera le sien.

Le titre, provocateur, en dit long sur les grandes lignes de cet ouvrage. En reprenant le mot «berceau» -terme désormais érodé, galvaudé, confiné dans une rhétorique incantatoire et passéiste- mais en lui accolant le mot «avenir», les auteurs cassent le stéréotype qui enferme la Méditerranée dans une sorte d’âge d’or à jamais révolu, pour lui ouvrir une autre ligne d’horizon, celle du futur.

«Pourquoi la Méditerranée?» s’interrogent Paul Balta et Claudine Roulleau dans leur introduction. «Parce que pour nombre d’entre nous, expliquent-ils, ce nom recouvre une notion à la fois familière et vague: mer et ciel bleus, plages et rochers, raisins et olives, senteurs et cigales. Mais on ne sait pas toujours où elle commence, jusqu’où elle va, qui en est riverain. Le mot Méditerranée, “au milieu des terres”, n’apparaît qu’au XIVè siècle. Pourtant, au carrefour des trois continents, Asie, Afrique, Europe, elle a été pendant des millénaires le centre du monde connu. Berceau des trois religions monothéistes* et de l’art de vivre, c’est un carrefour d’échanges, malgré tous les conflits. Aucune autre région de la planète n’a vu, autour d’un espace aussi restreint, apparaître, s’affirmer ou parfois disparaître autant de peuples et de civilisations : Égyptiens, Hébreux, Phéniciens, Crétois, Grecs, Romains, Byzantins, Gaulois, Ibères, Berbères, Ostrogoths, Wisigoths,Slaves, Arabes, Turcs, Européens... Au XXIè siècle, confrontés à la mondialisation, les Méditerranéens veulent préserver leurs valeurs et leur patrimoine tout en innovant afin d’édifier ensemble leur avenir: c’est un des objectifs du Partenariat euro-méditerranéen, né à Barcelone en 1995 et relancé en 2005».

On pourra reprocher à nos deux auteurs leur foi inconditionnelle dans le partenariat euro-méditerranéen dont chacun sait à quel point il a laissé derrière lui un bilan bien maussade et une cohorte de déçus:

«La Déclaration de Barcelone, écrivent-ils, demeure l’acte fondateur de la Méditerranée du XXIè siècle à condition qu’existent les volontés politiques de la mettre en oeuvre et de s’en donner les moyens. Elle sera alors le berceau de l’avenir d’une Méditerranée réconciliée avec elle-même et redevenue novatrice».

Il faudrait alors recentrer le projet sur les sociétés civiles et la culture dont on sait qu’ils ont été les parent pauvres de ce partenariat, a-t-on envie de retorquer. En effet, ce sont surtout les gouvernements et leurs institutions qui ont été les acteurs de ce partenariats, or on connaît l’impasse démocratique dans laquelle se trouvent les sociétés arabes.

De la même manière, l’idée que les réformes économiques libérales seraient vectrices de prospérité et de modernité et qu’elles permettraient de démocratiser les sociétés du sud n’a pas fonctionné comme cela était prévu. Les réformes économiques ont été inégales de pays à pays, et là où elles se sont produites, elles ont abouti à enrichir la classe dominante (et ce en Tunisie, au Maroc, et en Jordanie notamment).

Enfin, les musulmans démocrates sont clairement les interlocuteurs manquants du processus de Barcelone. Dans le dialogue dont elle s’est tant voulue promotrice, L’Europe a bien pris soin de choisir des interlocuteur à son image ignorant l’islam politique qui est pourtant devenu la force principale dans toute la région méditerranéenne: «Parti Justice et Développement» au Maroc, «Frères Musulmans» en Egypte et en Libye (aussi en Syrie clandestinement), «Hamas» en Palestine.

D’accord ou pas d’accord avec le partenariat euromed, «La Méditerranée, berceau de l’avenir» n’en est pas moins un ouvrage essentiel pour penser la Méditerranée.
Nathalie Galesne
(24/03/2007)

Related Posts

Leila Sebbar, Malika Mokeddem, Maïssa Bey, Fatima Mernissi, Hélé Beji...

08/03/2005

merni jose 110Exploratrices de l’univers féminin, les écrivaines maghrébines affrontent la question de la langue et de l’identité en refusant de s’enfermer dans un discours exclusivement féministe.

Booker prize arabe, un prix crédible pour le roman arabe

24/02/2008

Booker prize arabe,  un prix crédible pour le roman arabeDu Caire à Beyrouth en passant par Damas et Aman, il n’est plus question que du Booker prize arabe financé par les Emirats Arabes Unis. Un article paru dans An Nahar, écrit par quatre journalistes arabes, rend compte de l’ambiance.

La petite leçon d’histoire de Farouk Mardam Bey

10/04/2006

Farouk Mardam-Bey, intellectuel syrien, directeur éditorial de Sindbad-Actes Sud, directeur de la Revue d’Etudes Palestiniennes, et conseiller culturel à l’IMA est venu présenter, à la Galassia Gutenberg, l’oeuvre de Samir Kassir. Une véritable «petite leçon d’histoire» durant laquelle il a commenté un à un les ouvrages de son ami libanais.