Palestine mars 2010

 

Je viens de passer 10 jours en Palestine.
J’y ai retrouvé mes amis de l’institut de droit et de la faculté de droit de Bir
Zeit. J’ai fait connaissance avec l’équipe nouvelle et sympathique du consulat
général de France à Jérusalem. J’ai pris part à un colloque où chercheurs
palestiniens et français ont débattu des rapports entre droit et politique.J’ai
rencontré des responsables palestiniens et, comme au cours de mes séjours
antérieurs, j’ai essayé de les aider dans leur démarche de mise en place des
bases juridiques et administratives d’un futur Etat palestinien.
Richesse des échanges. Chaleur des rencontres. On vit, on travaille, on rit
aussi, beaucoup, heureusement. L’amitié franco-palestinienne n’est pas un
vain mot. Je suis heureux de pouvoir l’entretenir.
Pour autant les sujets de préccupation ne manquent pas.
Je devais aller passer deux jours à Gaza en compagnie de compatriotes
dépendant tous trois du consulat de France à Jérusalem. Etaient prévues, entre
autres, une intervention dans l’une des deux universités de ce territoire, Al
Azhar, un échange avec le public du centre culturel français, seule institution de
ce type fonctionnant à Gaza, et une séance de travail au siège du PCHR
(Conseil palestinien des droits de l’homme).
Une demande de « coordination », ( ainsi est dénommée l’autorisation
d’entrer dans le territoire de Gaza), avait été déposée dans les règles une
quinzaine de jours auparavant auprès des autorités israéliennes. Nous étions
tous titulaires de passeports de service, ce qui devait, paraît-il, faciliter une
décision favorable. Il n’en fut rien. Le soir de la veille de notre départ, le
consulat était avisé du refus de la coordination. De tels refus sont fréquents. Ils
ne sont jamais motivés. Ils relèvent de l’arbitraire le plus total.
On m’explique que la politique israélienne consisterait à n’accepter que des
entrées à caractère strictement « humanitaire ». Ouvrir la porte de Gaza à des
personnes qui y viennent pour des échanges universitaires ou des activités
culturelles reviendrait à consolider l’emprise du Hamas, « organisation
terroriste », sur cette partie du territoire palestinien.
Je devais notamment parler, au centre culturel, de la conception française de
la laicité. Nous aurions évoqué, au PCHR, les violations aux droits de l’homme
dont peuvent se rendre coupables non seulement les israéliens mais aussi,
entre elles, les différentes fractions palestiniennes.
Ce sont là, à n’en pas douter, des sujets qui mettent en cause la sécurité
d’israel ! Jusqu’à quand les pays européens accepteront-ils les avanies que l’on
inflige ainsi à leurs représentants ? Comment réagirait Israel si la liberté de
déplacement de ses diplomates sur le territoire français était tout aussi
arbitrairement limitée ?

 

Palestine mars 2010
Naplouse

 

Avec d’ autres participants au colloque nous avons pu, en revanche, nous
rendre à Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie. Grande ville, animée et
paisible en même temps. Son accès est devenu plus facile depuis qu’ont été
levés les bouclages israéliens des dernières années. On y sent une armosphère
plus détendue que celle que j’avais trouvée l’an dernier à Hébron, au sud de la
même Cisjordanie, toujours en butte aux provocations des colons intégristes
installés au coeur de la cité.

J’ai pu avoir à Naplouse un entretien avec une personnalité palestinienne que
j’estime, Naser Shaer, professeur à l’Université de cette ville. Il a été vicepremier
ministre et ministre de l’éducation dans le gouvernement du Hamas,
mis en place après les élections législatives de 2006. Je l’avais rencontré en
2007, à Ramallah. Il m’avait alors exposé, avec précision et mesure, les
positions de son parti et de son gouvernement par rapport aux exigences
formulées par ce qu’il est convenu d’appeler la communauté internationale. Un
dialogue était possible. Dans le sillage des Etats unis, les pays européens en ont
à l’époque décidé autrement. La suite est connue, avec la rupture intervenue
l’année suivante et la partition du camp palestinien.

 

Palestine mars 2010
Naser Shaer

 

Naser Shaer est resté en Cisjordanie. Il a quitté la vie politique active mais il
n’a visiblement pas abandonné ses convictions. Il oeuvre pour faciliter la
réconciliation entre les palestiniens. C’est précisément, pense-t-il, la raison
pour laquelle il a été emprisonné l’an dernier pendant six mois par les autorités
israéliennes. Détention administrative, sans aucune inculpation. Il préparait
alors un appel que devait signer des personnalités appartenant aux différents
courants de l’opinion palestinienne. Plusieurs de ces personnalités ont été
arrêtées en même temps que lui.

Pour quelle raison faudrait-il se refuser de parler à un homme comme lui ? Le
courant dont il est proche a une représentativité réelle. Les positions dont ce
courant se réclame sont certes discutables. Mais elles sont une donnée, qu’il
faut bien prendre en compte. Au demeurant elles ne dépassent pas la mesure
de ce à quoi l’on peut s’attendre de la part d’un mouvement qui, au sein d’un
territoire occupé, travaille à la libération de son peuple.
La diabolisation du Hamas, qu’Israel a réussi à entretenir jusqu’à présent, me
paraît absolument injustifiée. Il faut faire sauter ce tabou.
Mon séjour en Palestine aura coincidé avec celui de diverses personnalités de
notoriété internationale. En particulier la visite du vice-président des Etats
Unis, Jo Biden. Sa venue devait consacrer l’engagement d’un nouveau
processus, dernière trouvaille de la diplomatie américaine : la « négociation
indirecte ». On ne se rencontre pas face à face mais on communique par
personne interposée. En l’occurrence c’est l’envoyé spécial du Président Obama
au Moyen orient, Georges Mitchell, qui devait être appelé pendant quelques
mois à franchir à intervalles réguliers les quelques kilomètres séparant
Jérusalem de Ramallah pour rapporter à Benyamine Netanayaou les propos de
Mahmoud Abbas et réciproquement. Ainsi pensait-on faire redémarrer le
processus de paix.
Cette formule ingénieuse est au moins provisoirement mise de côté après
l’affront infligé à Biden et, à travers lui, aux Etats Unis, par le gouvernement
Netanyaou : l’annonce, le jour même de sa visite, de la construction de 1600
nouveaux logements à Jérusalem est.Il est clair qu’Israel met en ce moment les
bouchées doubles pour créer à Jérusalem une situation irréversible et rendre
impossible l’installation dans la partie est de la capitale du futur Etat
palestinien.
Dans ce contexte où les provocations se multiplient, la tension monte. Des
affrontements ont eu lieu ces derniers temps, à l’heure de la prière, aux abords
des mosquées. L’un de mes étudiants de Bir Zeit me fait part aujourd’hui
d’incidents survenus hier aux abords de l’université, au cours desquels 10
étudiants palestiniens et un soldat israélien ont été blessés. Il serait prématuré
de parler de troisième intifada. Mais incontestablement la situation se
détériore.
Quant à vouloir relancer le processus de paix, encourager des négociations,
cela n’aurait de sens que si celles-ci pouvaient se dérouler d’une manière
relativement équiliibrée. Or le rapport de force entre les parties en présence
est aujourd’hui, d’une manière écrasante, favorable à Israel.
Pour aller dans le sens de l’équilibre il faudrait que les Etats Unis et l’Europe :
- d’une part contraignent Israël à faire des concessions significatives
- d’autre part permettent aux palestiniens de se renforcer en se
réconciliant.
Or, ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux directions, on n’avance
aujourd’hui.

 

Palestine mars 2010
Georges Mitchell

 

Vis à vis d’Israel l’exigence formulée par le président Obama d’un gel de la
colonisation a été abandonnée. L’hypothèse de sanctions financières, un
instant évoquée par Georges Mitchell, ne s’est pas concrétisée. Israel peut
poursuitvre impunément une démarche qui conduit à l’annexion pure et simple
de Jérusalem est.
A l’égard des palestiniens l’opposition à la réconciliation reste toujours aussi
forte. C’est la diplomatie américaine qui a, semble-t-il, fait échouer ( si tant
est qu’elle ait pu aboutir) la dernière tentative d’accord entre le Fatah et le
Hamas, menée sous les auspices de l’Egypte à la fin de l’année 2009.
Feuille de route, processus d’Annapolis, négociations indirectes : les
appellations changent. Mais le breuvage reste le même et la même impuissance
demeure.

 


Jacques Fournier
Mars 2010

 

 

 

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