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Une histoire du vent © Khalil-Jo

 

Peut-être faut-il commencer par là. Par un film. C'est la deuxième année consécutive que Joana Hadjithomas et Khalil Joreige passent par Avignon. Ces deux artistes libanais, plasticiens et documentaristes, ont répondu à une commande du Centre National des Arts Plastiques. Cette fois, leur regard s'est éloigné du Liban mais la mémoire reste leur préoccupation majeure. Comment raconter celle d'un festival de théâtre devenu une institution? Joana Hadjthomas et Khalil Joreige se sont intéressés à un élément qui peut sembler anecdotique: le vent. Leur film est une histoire du festival d'Avignon. Dans un même plan fixe, une image de la mythique cour d'honneur du Palais des Papes, des hommes et des femmes de théâtre racontent leurs "histoires du vent". Comment ils ont pris en compte cet inévitable partenaire, souvent imprévisible parfois furieux, le vent du sud, le "mistral".

La voix plus forte
A Avignon, de nombreux spectacles sont joués en extérieur. "J'ai aimé ce vent" explique Valérie Dréville, actrice, qui se souvient encore du vent qui voulait arracher le texte, la Divine Comédie, des mains des comédiens. "Il se trouve que dans la Divine Comédie, le vent souffle très fort." Il y eut aussi des roses qui s'envolèrent jusqu'au au pied des spectateurs, au cours d'un spectacle de Pina Bausch. En surimpression toujours, des extraits des pièces qui ont marqué le festival. La présence fantomatique des acteurs. Les voix d'Isabelle Huppert, de Jeanne moreau, de Gérard Philippe plus fortes que le vent. Jacques Lassalle, metteur en scène de Médée en 2000, redit la fragileté du théâtre, sa nature imprévisible. "Ce qu'il doit être."

Le mouvement des vagues

 

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Chouf-Ouchouf© Mario del Curto

 

Ce soir-là, le vent a seulement fait frémir quelques bouteilles de plastique courant sur la scène du sobre décor de "Chouf Ouchouf". Nous pourrions être dans un gymnase à la veille d'une compétition. C'est la première fois que les metteurs en scène suisses, Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot sont invités au festival d'Avignon. Ils sont connus pour mélanger les genres, "fusionner musique, cirque, danse et arts visuels." Quand le public entre dans la salle, le spectacle est déjà commencé, un groupe d'hommes et de femmes s'entraîne comme s'il s'apprêtait à disputer une rencontre sportive. Dans les mains de Zimmermann et Perrot, le groupe acrobatique de Tanger (lire l'article de Rim Mathlouti dans Babelmed) invite à une visite inédite de Tanger. Les acrobates se font aussi danseurs, comédiens, chanteurs. Des personnages, des figures apparaissent et disparaissent dans un décor animé qui évoque tantôt des tours, un mur, des ruelles...Le duo a succombé à Tanger: "La ville en tant que labyrinthe nous a passionnés." Il se dégage de cette troupe une énergie folle, magique. "Une foule qui avance et recule, exactement comme le mouvement des vagues sur une plage."

Le bruit du monde

 

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La-géographie-du-danger©Laurent

 

Lui aussi a été gymnaste mais Hamid Ben Mahi est seul en scène. On imagine aisément des centaines d'hommes comme lui, les "sans papiers" qui ont quitté la rive Sud de la Méditerranée pour une vie meilleure sur la rive Nord. Entre théâtre, danse et video, "La géographie du danger", un des nombreux spectacles du Festival d'Avignon Off, est le récit du naufrage d'un "harraga", un brûleur de frontières. "La faim me tenaille. La nuit me ronge." Le texte du journaliste et écrivain algérien Hamid Skif accompagne la danse d'Hamid Ben Mahi. Son corps brisé parle de peur et de solitude. D'un long voyage. Et d'une vie qui n'en est plus vraiment une, à l'abri d'une chambre qui, au fil du temps, devient une prison.
A Avignon, difficile de ne pas entendre le bruit du monde. L'espagnole Angélica Liddell a provoqué un véritable choc avec "La casa de la fuerza", un spectacle de 5 heures sur les violences faites aux femmes. Même "Un nid pour quoi faire", la fantaisie de l'écrivain Olivier Cadiot, un des deux artistes associés de cette 64e édition du festival, n'échappe pas au réel. Mise en scène par Ludovic Lagarde, cette satire très cinématographique montre un monarque en exil qui veut redorer son blason, peaufiner son image. "On lapide toujours le porteur des mauvaises nouvelles." dit un personnage.

 


 

Emmanuel Vigier
(15/07/2010)


Liens:
www.festival-avignon.com/
www.avignonleoff.com/
www.hadjithomasjoreige.com/
www.horsserie.org/

 

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