Toujours en Friche

Toujours en Friche
Kaos, un autre regard sur le Salento©Sisygambis

 

A Marseille, la Friche reste un lieu culturel en devenir. Dans le quartier de la Belle de Mai, c'est une ville dans la ville, qui n'est pas coupée du monde. Un drôle d'endroit pour des rencontres qui continuent à faire sens. Un grand labo jubilatoire, contre vents et marées...

A la Friche, la vie est rythmée par le bruit des skates-boards et des trains qui passent. Vaste, très vaste décor dans lequel on se perd à l'envie: il y a là plus de 40 000 m2 dédiés à l'art, sa fabrication, sa production et sa diffusion. Le projet est né en 1992 dans l'ancienne manufacture de tabac, fermée en 1990. Il va connaître des hauts et des bas, soutenu plus ou moins franchement par les pouvoirs publics, au gré des alliances et mésalliances. Les résidents participent à son développement, notamment à travers une société d'intérêt collective, dirigée par un architecte, Patrick Bouchain. L'utopie semble demeurer intacte. Christine Coulange est une "habitante" de la Friche depuis ses débuts. Une "frichiste" comme 400 autres professionnels du spectacle et de la culture. Vidéaste et musicienne, elle travaille dans son laboratoire d'images et de sons. "Il faut se souvenir de l'extraordinaire énergie que nous avons eue alors. Et ne pas la perdre..." Avec Nchan Manoyan, Christine forme le duo Sisygambis. Ensemble, ils créent à la Friche "Les 7 portes", la structure qui va porter tous leurs projets.

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Le voyage est leur matière première, la rencontre leur fil conducteur. Ils partent longtemps, collectent des histoires, marient des musiques et des mots. Leur travail est sans pareil et donne lieu à des performances musicales et visuelles sur les lieux traversés, à Beaubourg... Ils explorent les résonances, les échos, les ponts entre des cultures, qui, à priori, n'ont rien en commun. A la Friche, ils créent leurs premiers spectacles "video live" en 1995. Quinze ans, plus tard, après la récente disparition de Nchan Manoyan, Christine poursuit le long chemin entamé avec une infatigable curiosité. "De la Méditerranée à l'Océan Indien" devrait être montré dans toute son ampleur en 2013. Une des étapes, le Salento en Italie, donne lieu à une exposition jusqu'au 13 novembre: "Kaos, un autre regard sur le Salento".

A la Friche, l'expérience plurielle de Sisygambis n'est certainement pas un cas isolé. Beaucoup de projets et même d'artistes (le groupe IAM, par exemple) ont grandi ici. Philippe Foulquié est un des premiers acteurs de l'aventure de la Friche. Infatigable, lui aussi. Intarrissable. Directeur du Système Friche Théâtre qui porte le projet culturel, il parle du hasard et de la nécessité d'un tel lieu à Marseille. "Le premier coup de bol, c'est d'arriver à Marseille, au moment où la ville redéfinit son projet pour y fonder le théâtre Massalia, un théâtre de marionnettes à l'époque. Le deuxième coup de bol, c'est un élu qui est fasciné par les grandes friches culturelles européennes." Avec les politiques, la Friche veut maintenir la juste distance. " L'enjeu, c'était et ça reste encore, la recherche d'une relation public/art la plus authentique possible. A leur arrivée, les artistes s'installent dans un quartier délaissé. "Cette zone industrielle était relativement abandonnée, vétuste avec une vie associative moins développée que dans les grandes cités. Le quartier se cassait la gueule." Au fil du temps, des liens se sont créés.

Rencontrer
Au coeur de la Friche, Radio Grenouille et Zinc sont des moteurs. La première parce qu'elle reflète la vitalité et la diversité du paysage culturel marseillais. Le second parce que ses portes restent ouvertes au public. ZINC-ECM -l'Espace Friche Culture Multimedia- a multiplié, depuis sa création les aventures collectives et interactives avec le public. "Ce lieu a longtemps été un des points essentiels de médiation à la Friche." Explique Claudine Dussollier, chargée de la coopération internationale au sein de Zinc. Une "frichiste" urbaniste de formation, qui a piloté les Rencontres Urbaines de la Villette, à Paris. "Aujourd'hui”, dit-elle “on est sur des approches qui traversent le local, le régional et l'international. On est à la fois dans de l'action culturelle créative, qui se renouvelle et qui nous conduit à travailler ici et ailleurs avec des écoles, des bibliothèques, des associations et d'impliquer des artistes là-dedans. L'autre volet, qui a évolué avec le contexte depuis 12 ans, c'est accompagner les artistes, les projets."Entre Marseille, Beyrouth et Istanbul, les rencontres entre acteurs culturels et public se multiplient et donnent lieu à des expériences qui prennent des formes diverses, du festival au projet web, en passant par l'animation de réseaux, la performance, des clavardages...En ce moment, l'artiste égyptien Mohamed Youssef est en résidence, développant un projet avec l'Institut Méditerranéen de Recherches Avancées intitulé "Particules", entre science et art.

 

Toujours en Friche
De la Méditerranée à l'Océan Indien©Sisygambis


La Friche parle un peu toutes les langues. En octobre-novembre, une série d'événements autour de la région des Pouilles, y compris en italien, est programmée. La diffusion de théâtre en langue arabe se poursuit en novembre dans le cadre d'un projet européen. Il faudrait évoquer aussi le Cabaret Aléatoire, le Centre de Développement pour les Musiques Actuelles, Marseille Objectif Danse...

La moitié des "frichistes" développe des projets internationaux. Un atout pour la future capitale européenne de la culture. D'où vient pourtant le sentiment que la Friche n'est pas vraiment dans la ville, qu'elle est là comme un îlot isolé, difficilement accessible? Philippe Foulquié en est conscient: "Il faut passer trois tunnels pour arriver ici. On est au bout du bout...Cela nous protège peut-être de la démagogie."

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Liens:
www.mecenesdusud.fr
www.lafriche.org
www.zinclafriche.org
http://rami.zinclafriche.org/
www.lafriche.org/alex-mrs/

 


 

Emmanuel Vigier
(05/11/2010)

 

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