One-woman-show ou l’humour certifié Aram

One-woman-show ou l’humour certifié AramOn lui aurait pourtant donné le Bon Dieu sans confession, avec sa bouille angélique et ses airs de sainte-nitouche. Mais si l’enfer est pavé de bonnes intentions, Sophia Aram lui en remet une sacrée couche avec Crise de foi, revisitant les Testaments, d’Adam et les dinosaures, jusqu’au grand mystère du plaisir féminin.

Un texte écrit à quatre mains
“Moi? Je suis à l’islam ce que Ferrero Rocher est à la diplomatie!” Impertinente, certes, mais avec esprit et un humour explosif à désarmer les plus obtus. Et le public ne s’y trompe pas, qui rit, mais en canon, chacun en prenant pour son grade, qu’il soit musulman, juif, chrétien, croyant à mi-temps ou sans confession. Il n’y a pas de raison.
Elle qui nous avait habitués dans son précédent spectacle à une véritable performance de transformiste nous sort encore une fois le grand jeu. Elle est tour à tour un ange syndiqué, un rabbin pas très ravi, une dévote en goguette, sans oublier Fatima Marie-Rachel, musulmane prévoyante, mais ruinée par son pari pascalien et les frais de bouche de ses nouvelles religions…
“On ne s’est posé aucune limite, la seule chose qu’on s’est interdite, c’est d’utiliser des symboles religieux sur scène, le but n’étant pas de blesser mais de faire rire”, raconte-t-elle. “On”, c’est elle et son mari, Benoît Cambillard, avec qui elle a planché sur le sujet pendant un an, bachotant leur écriture jusqu’à nous pondre cette délirante exégèse.
“On a beau ne pas être pratiquants, explique-t-elle, on peut difficilement faire abstraction de la religion, a fortiori quand on est un couple mixte, avec un enfant, et que se pose la question du prénom, de l’Aïd, de Noël ou des deux. Et puis, je l’avoue, il y a une part d’irrationnel et de superstition là-dedans. Moi-même, lorsque j’écrivais le spectacle et que mon ordinateur plantait, je me suis surprise à penser qu’il s’agissait d’une foudre divine. C’est dire!”
One-woman-show ou l’humour certifié Aram
Esprits étriqués, s’abstenir
Quant à l’ire de certains hirsutes, ça aussi, ça leur a traversé l’esprit: “De nous deux, c’est mon mari qui était le plus vigilant. Il avait peur pour sa petite femme, c’est normal. Et bien sûr, on a pensé à l’affaire de Rihanna, la comédienne algérienne qui s’est fait attaquer au cœur de Paris parce que son spectacle ne plaisait pas à certains, mais on ne peut pas sacrifier sa liberté pour deux ou trois obscurantistes!”
Car Sophia le sait, les plus “motivés” trouveront toujours le moyen de détester son spectacle, surtout ceux qui mettent un point d’honneur à ne pas le voir. Elle en a eu la preuve lorsque, à une semaine d’intervalle, elle a été traitée de “juive pistonnée par la coalition sioniste du show-biz français” et de “musulmane antisémite copinant avec Dieudonné”…
Miséricordieux, Dieu et Sophia leur pardonnent. Ces esprits étriqués n’y trouveront certes pas leur compte. Mais pour les autres, c’est la crise de rire assurée.


Yasrine Mouaatarif
(30/11/2010)
(Cet article est paru dans le n° 42 du « Courrier de l’Atlas »)


Crise de Foi
Jusqu’au 3 janvier
Théâtre de Trévise
14, rue de Trévise, Paris 9e
Réservation: 01 48 65 97 90

Sans oublier les chroniques de Sophia Aram dans Le Fou du roi et dans le 7-9 sur France Inter.

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