Le monde danse à Ramallah | Marie Medina
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Marie Medina   
Le monde danse à Ramallah | Marie MedinaChaque année, c’est un moment d’échange fort entre les artistes étrangers et le public palestinien, qui peut rarement voyager, mais aussi entre les danseurs eux-mêmes, venus de différents horizons. «Pour nous, le festival ne se résume pas aux spectacles. C’est aussi l’occasion de construire des échanges culturels», insiste Khaled Elayyan, le directeur du comité d’organisation.

Certes, lorsqu’Israël a bombardé la Bande de Gaza (décembre 2008-janvier 2009), certaines compagnies étrangères programmées pour cette quatrième édition ont posé des questions sur les conditions de sécurité en Cisjordanie. Mais aucune n’a annulé sa participation. «Elles viennent pour soutenir le peuple palestinien», affirme Khaled Elayyan.

La plupart des troupes sont originaires d’Europe mais d’autres ont fait le déplacement depuis les Etats-Unis et la Corée du Sud. C’était la première fois qu’une troupe asiatique participait au festival.
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Avec trois compagnies à elle seule, l’Italie est légèrement surreprésentée, une amitié artistique très forte la liant à la Palestine.

Déjà présente l’an passé, la jeune troupe Botega est revenue. Ses danseurs se sont mêlés à ceux de la troupe Sirreyeh de Ramallah pour créer «Salute» ou «Tahiyya» (Salut), donné le soir de l’ouverture du festival, le 21 avril.

Ce spectacle évoque le long voyage vers l’indépendance de la Palestine. Il s’ouvre sur un solo dansé de dos, en hommage au personnage Handala, petit refugié aux pieds nus qui incarne le droit au retour. Il se poursuit sur une chorégraphie enflammée combinant mouvements hip-hop, technique contemporaine et dabké, la danse traditionnelle palestinienne. Cette création a été applaudie à tout rompre dans le Palais culturel de Ramallah qui était plein à craquer : la salle de plus de 730 places affichait complet, une partie du public était assis sur les marches des escaliers.
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L’édition 2008 a attiré quelque 5.000 spectateurs mais Khaled Elayyan en attendait cette année au moins 10.000 car le festival se tenait dans six villes : Ramallah, Bethléem et Naplouse, en Cisjordanie, Haïfa et Nazareth, en Israël, et Jérusalem. Cette nouvelle édition du festival était en effet placée sous le signe de Jérusalem, capitale 2009 de la culture arabe.

Le monde danse à Ramallah | Marie MedinaPlusieurs compagnies ont fait de véritables tournées régionales, qui les ont menées pour certaines à Beyrouth (Liban), Damas (Syrie) et Amman (Jordanie). La troupe Once, composée d’une Italienne, d’une Palestinienne et d’une Américaine, a ainsi donné «Allegorie : balad – terra» (Allégories : balad – terre) à Ramallah, Nazareth et Bethléem. La chorégraphe algéro-française Nacera Belaza a lancé son «Cri» à Jérusalem, Ramallah et Haïfa.

Les années précédentes, une grosse portion de l’auditoire était formée d’étrangers – les innombrables journalistes et travailleurs humanitaires qui vivent à Ramallah. Pour cette édition, les organisateurs ont donc redoublé d’efforts pour gagner un public plus local. Ils ont notamment ciblé les enfants avec la «Cendrillon» toute rose de la compagnie finlandaise AB ou encore l’adaptation du «Livre de la Jungle» par le City Dance Ensemble de Washington. Pour se rapprocher d’un public peu habitué des salles de spectacles, ils ont en outre programmé des représentations dans des camps de réfugiés, ceux de Jalazone, près de Ramallah, et de Deheishe, près de Bethléem.

Des habitants de ces camps ont d’ailleurs participé à l’élaboration du spectacle «Exil vertical – Cisjordanie» de la compagnie dano-suédoise Public Eye. La représentation de Jalazone, initialement prévue le 18 avril, a toutefois dû être repoussée pour cause de funérailles : un jeune homme qui avait travaillé sur ce projet a été abattu la veille par l’armée israélienne lors d’une manifestation à Bil’in contre le Mur de Séparation.

Durant les 20 jours du festival, ce ne sont pas moins de 150 artistes qui se sont retrouvés à Ramallah. Pour se produire sur scène, bien sûr, mais aussi pour échanger. Une dizaine de compagnies ont ainsi encadré des ateliers. Les Français de Wanted Posse ont transmis leur savoir-faire en hip-hop, les Danois de Mancopy en danse contemporaine, les Finlandais d’AB Dance en classique. Les Italiens de Botega, qui avaient tâté de la dabké pour «Salute» ou «Tahiyya», ont partagé avec des danseurs palestiniens quelques pas de breakdance.

Les spectateurs de Ramallah ont une préférence marquée pour les spectacles rythmés et enlevés. Circonspects face aux chorégraphies avant-gardistes, ils restent toutefois ouverts à des univers très éloignés du leur. La danse opère alors avec toute sa magie.
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Un soir, alors que le public restait interdit après le discours incompréhensible d’un diplomate sud-coréen venu présenter le spectacle «Arirang Arariyo – Maladie d’amour», il s’est progressivement laissé séduire – presque hypnotiser – par le travail de la chorégraphe Kyung-Shil Choi. Les gestes, tour à tour lents et affolés, attachaient à cette histoire universelle une émouvante poésie. Si bien qu’à la sortie, dans le hall du théâtre Al-Kasaba, on entendait souffler «Hilou, hilou» - c’était beau.

Marie Medina
(11/05/2009)


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