Le Musée privé Robert Mouawad ou les trésors d’Henri Pharaon | Diala Gemayel
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Diala Gemayel   
1891: Philippe Pharaon construit un véritable palais en plein centre de Beyrouth et couvre son intérieur de marbre. Son fils Henri, passionnément amoureux de purs-sangs arabes, sillonne la Syrie dans les années 1920 pour enrichir son extraordinaire écurie. Il découvre avec émerveillement la beauté des palais syriens, tous en décrépitude. Avec l’aide de l’architecte français Lucien Cavro, il transformera peu à peu le palais de son père en une résidence orientale dépassant tout ce qu’on pouvait imaginer en faste et en luxe…
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Plafonds et boiseries syriennes des XVIe et XIXe siècles, dont certaines, fait très rare, sont couvertes d’inscriptions arabes, remplacent le marbre dans toutes les pièces des deux étages. La salle à manger, signature flamboyante s’il en est des deux concepteurs – le propriétaire et l’architecte –, recèlent une iconostase du XVIe siècle en provenance d’Asie Mineure. Sa particularité : elle est à la fois sculptée et peinte…
Quant à la gigantesque table rectangulaire dessinée par Henri Pharaon, elle a aussi bien accueilli le gotha beyrouthin que les hommes politiques qui ont fait le Liban : c’est en effet sur cette table, que le futur gouvernement du Liban libre a signé le drapeau libanais, dessiné… par Henri Pharaon.
Pour ce qui est de la triste histoire récente du Liban, à savoir sa longue guerre (1975-1991), il faut rappeler que ce palais est devenu un symbole, puisque situé exactement sur la fatale « Ligne verte » qui partageait Beyrouth en deux. Henri Pharaon n’a jamais voulu quitter ce très dangereux positionnement. Mieux : pendant les années de conflit et où il avait été ministre, il n’a jamais voulu prendre parti. Que sa maison soit restée intacte aux heures des combats les plus sanguinaires est un mystère à lui seul…

Merveilles islamiques et pierres royales
Le Musée privé Robert Mouawad ou les trésors d’Henri Pharaon | Diala GemayelLes merveilles que ce doux et richissime rêveur entassait négligemment au pied de son lit jusqu’en 1972 ont été répertoriées, classées et exposées dans ce qui est devenu, dans le milieu des années 90, la propriété, puis le musée privé de Robert Mouawad : l’immense collection de porcelaines chinoises des XVIe au XIXe siècles est absolument unique. Sans parler des quelque cent chapiteaux anciens, qu’ils soient de période islamique ou byzantine, répartis dans le jardin ou dans le palais. La collection de céramiques est, elle aussi, tout à fait unique : les techniques « al-mina » et « labaki » des XIIe et XIVe siècles, la splendeur du Moyen Age islamique, sont très bien représentées…

Il faut s’arrêter longuement devant les stèles funéraires de Hierapolis, de Membèj ou de Palmyre… Les trésors de la Syrie, parmi de vieux tapis de prière ! Non loin de là, les icônes melkites, représentant Saint Georges ou la Cène. Sans oublier les 800 carreaux de faïence réalisés à Delft, tous différents et ayant mystérieusement atterri à Alep.
Le palais est couvert de faïences de Damas, d’Izmik ou de Dyarbakir, révélant tour à tour la magie des bleus et de la couleur des fleurs…

Il faut encore citer un reliquaire byzantin du Ve siècle en pierre basaltique, une pièce en verre soufflé exceptionnelle du XIIIe siècle mamelouk, couverte d’inscriptions arabes; une stèle phénicienne en provenance du site d’Oum el-Amed, dans le sud du Liban ; et des statuettes de l’âge de Fer, c’est-à-dire 1200 ans avant Jésus-Christ…

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Robert Mouawad
De telles splendeurs en ont attiré d’autres : l’ancien ambassadeur Camille Aboussouan a fait don au musée Mouawad de sa bibliothèque. Parmi ses raretés, les premiers Corans imprimés à Hambourg, en 1692, le Code de Justinien, une gigantesque et émouvante Bible polyglotte (grec, latin, arabe et syriaque) ; le voyage de Lamartine à Beyrouth rédigé à la mine ; enfin, les premiers livres de prière imprimés dans les deux centres névralgiques du pays dans ce domaine ; sans oublier toute la littérature des voyageurs orientalistes…

Robert Mouawad, quant à lui, a enrichi son musée de pièces maîtresses de joaillerie acquises dans des maisons d’enchères : il suffit de citer le collier porté par la reine Elisabeth II d’Angleterre lors de son mariage et l’hypnotisant Excelsior, le deuxième plus gros et plus pur diamant du monde… Une féérie !

Henri Pharaon, assassiné en 1993 avec son garde du corps dans un hôtel de Beyrouth sans qu’on ait jamais remis la main sur le meurtrier, aurait probablement aimé voir sa maison ainsi transformée, où le plaisir des yeux se prolonge jusque sous la tonnelle du jardin, où quelques tables installées permettent de savourer un café dans la douceur de l’air de Beyrouth…

Diala Gemayel
(03/04/2009)


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