Beirut Art Center: une plateforme régionale à but non lucratif | Diala Gemayel
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Diala Gemayel   
Beirut Art Center: une plateforme régionale à but non lucratif | Diala GemayelVoilà quelques années déjà que Sandra Dagher, à l’origine du regretté Espace SD, galerie d’art et d’événements culturels, projette de donner à Beyrouth son premier espace public exclusivement réservé à l’art contemporain.
«J’avais envie de me spécialiser», explique-t-elle. Et la mission d’un espace public me tentait énormément: l’existence d’un board (composé de Sandra Dagher, Lamia Joreige, Maria Ousseimi, Rabih Mroué et Bassam Kahwagi), qui décide des expositions, de l’image et du contenu à montrer à l’extérieur… C’est une initiative publique, même si elle n’est pas gouvernementale». Voilà qui est fait, depuis le 15 janvier : le Beirut Art Center (BAC) a ouvert aux visiteurs ses 700 m2 sur deux étages, dans une ancienne usine en bordure immédiate de la capitale.
«Tout a commencé fin 2004», raconte Sandra Dagher. J’avais rencontré la vidéaste libanaise Lamia Joreige, à qui je voulais confier le projet de médiathèque à l’Espace SD. Nous avons très vite dépassé ce sujet et nous avons évoqué la possibilité d’un centre d’art à but non lucratif».
Les deux jeunes femmes vont alors aller très vite : «Jusqu’en 2007, où nous avons pu commencer les travaux dans cette ancienne usine, nous avons essuyé beaucoup d’échecs ; tout simplement, parce que nous ne voulions pas faire de compromis sur le programme de la brochure d’une part, et sur notre présence à Beyrouth d’autre part». Le BAC a pu voir le jour grâce à des sponsors très confiants : «95% de notre apport financier nous sont venus grâce à la confiance qu’on nous a accordée et par la volonté des donateurs de voir exister un centre comme celui-là», poursuit Lamia Joreige.
Un centre d’art qui, décidément, dénote, avec le paysage artistique contemporain libanais, entretenu jusqu’ici par les galeries: «Depuis les années 90, la scène artistique a été prolifique, et il fallait, selon moi, un espace entièrement pensé pour accueillir ses réalisations», dit encore Sandra Dagher. Le public pourra découvrir quatre expositions par an, chacune durant trois mois. Au cours de l’année, le BAC accueillera d’autres institutions et une fois par an, ouvrira ses portes aux artistes émergents.
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Une médiathèque entièrement digitale
Et la médiathèque à la source du projet est là, et bien là, puisque sous l’entière responsabilité de Lamia Joreige : «Nous avons mis à la disposition des visiteurs deux postes de médiathèque, où ils peuvent consulter une base de données recensant des artistes du Proche-Orient, d’Iran, d’Arménie et de Turquie produisant des textes d’artistes, des performances, du visual art, de la vidéo et des films». «La base ne sera pas exhaustive», explique-t-elle. «Le board sélectionne les artistes».
Cet accès à des ressources artistiques est facilitée par la navigation dans la base de données : la recherche est multicritères (titre, medium, nom, pays, mais aussi textes critiques, «artist’s statement» et références bibliographiques). «La database permet de voir les œuvres, que ce soit des photos, des vidéos ou des tableaux, et c’est probablement une première dans la région», reconnaît la responsable. A savoir : la médiathèque du BAC prévoit d’organiser des soirées vidéo dans la salle prévue à cet effet. Elles feront partie des «événements parallèles» du Centre, à côté de conférences, concerts et lectures.

Beirut Art Center: une plateforme régionale à but non lucratif | Diala Gemayel«Closer», première exposition du BAC : place aux femmes
«Closer» (jusqu’au 2 avril 2009) explore l’intimité et l’expérience personnelle à travers le travail de 11 artistes, réalisé entre 1974 et 2008 : le Français Antoine d’Agata et ses Self-Portraits 2001-2008 , le Libanais Tony Chakar et son livre 4 cotton underwear for Tony (2000), l’Irakienne Jannane Al-Ani et sa vidéo A Loving Man (1996/99), la Palestinienne Mona Hatoum avec sa vidéo So much I want to say (1983), l’Américaine née à Riyadh Emily Jacir et sa vidéo Crossing Surda (a record of going to and from work) , réalisée en 2002 ; l’Américaine Jill Magid et son installation Composite (2005), l’Albanaise Anri Sala et sa vidéo Intervista (1998), la Libanaise Lina Saleh et son installation Body pArts (2007-2008), l’Américaine Lisa Steele et sa vidéo Birthday Suit – with scars and defects (1974), le Libanais Akram Zaatari et son projet mêlant image digitale, vidéo, journal et photos Saida June, 6, 1982 (1981-2006) et la Libanaise Cynthia Zaven et son installation Missing Links (2007).
De cet ensemble, une fois n’est pas coutume, les œuvres créées par des femmes sont dominantes. Non seulement la force de leur univers personnel s’impose dès le premier regard, mais leur engagement dans des formes d’art intègres et élaborées fait de chacune d’entre elles des artistes à part entière – comme s’il était encore nécessaire de prouver combien la femme et l’art devraient être montrées plus souvent, au Moyen-Orient !
( www.beirutartcenter.org )


Diala Gemayel
(23/02/2009)

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