FRAME: un marathon de photographie urbaine  pour raconter et documenter la capitale libanaise | Beirut Photo Marathon, FRAME, Kr!Xx, Ali Sayed-Ali, Rabih Ibrahim, EBTICAR
FRAME: un marathon de photographie urbaine pour raconter et documenter la capitale libanaise Imprimer
Federica Araco   

Le 27 septembre dernier dans la capitale libanaise l'association à but non lucratif FRAME a organisé la deuxième édition du Beirut Photo Marathon. Pendant 12 heures, 95 photographes ont vagué dans les rues de la ville pour saisir à travers leurs objectifs les gestes, regards et ambiances en liens avec les douze thèmes proposés pour cette édition : maternité, mains, rituels, balcons, odeurs, services, ponts, fêtes, illusions, ma vie, désir et courage.

Loin des clichés habituels d'une ville détruite par la guerre civile ou animée d'une folle vie nocturne, les auteurs ont essayé de la décrire en adoptant de nouveaux points de vue.

//Beirut Photo Marathon 2014, photo de Rabih IbrahimBeirut Photo Marathon 2014, photo de Rabih Ibrahim

Par le biais de la photographie et d'autres moyens créatifs, FRAME veut s’emparer et analyser de thèmes précis à travers la perspective de regards différents”, raconte à Babelmed Ali Sayed-Ali, un des fondateurs du projet. “On produit des recueils de photographies qui acquièrent de la valeur et de la signification avec le temps, dans une ville qui évolue à toute vitesse. On veut décrire ce lieu, montrer ses contrastes et les divers moyens de le percevoir et de le représenter”.

Réunissant des photographes amateurs et professionnels de tous les âges, le Beirut Photo Marathon a recueilli en moins d'une journée plus de mille clichés, disponibles dès à présent sur le site http://beirutphotomarathon.org/.

Dans les prochains mois, FRAME lancera un magazine de photographie documentaire où seront  explorés différents sujets à l'occasion d'expositions et d'événements culturels : de la gestion de l'espace public aux questions de genres, en passant par le débat sur la citoyenneté.. “Aujourd'hui encore certains libanais ne sont jamais sortis de leur quartier, nous raconte Ali. “Nous voulons inviter les gens à dépasser les frontières par l'image.”

//Beirut Photo Marathon 2014, photo de Rabih IbrahimBeirut Photo Marathon 2014, photo de Rabih Ibrahim

L'initiative rencontre toutefois des obstacles, “On doit faire face, explique Ali, à deux principaux risques qui pourraient empêcher le bon déroulement du projet : la sécurité et les limites à la liberté d'expression. Après l'édition de 2013, qui a impliqué 85 personnes, nous avons proposé une évaluation en ligne de l'événement à laquelle ont participé 53 internautes. 20 d'entre elles ont déclaré avoir reçu des intimidations de la part des forces de l'ordre et de politiques, nous avons les documents qui le prouvent. Trois photographes ont subi de brefs interrogatoires avant d'être relâchés et de continuer leur travail. Nous avions pourtant prévenu la Mairie de Beyrouth du déroulement du projet, qui n'enfreint par ailleurs aucune loi. Il y a aujourd'hui dans la ville 100 zones de sécurité, et la présence d'agents, en uniformes ou en civil, a considérablement augmentée au cours des derniers mois suite à l'explosion de plusieurs voitures piégées. Or, en tant que citoyens nous pensons avoir le droit d'observer et documenter les dynamiques urbaines de notre ville, afin de comprendre ses problèmes et ses divisions internes au quotidien.”

//Beirut Photo Marathon 2014, photo de Kr!XxBeirut Photo Marathon 2014, photo de Kr!Xx

Les techniques utilisées pour réaliser les projets photographiques sont diverses et variées : jeux de lumières, transparences, cadrages classiques ou bien des images en mouvement, plus suggestives et poétiques. “ J'ai choisi le noir et blanc pour illustrer les douze sujets proposés parce que, pour ma part, je trouve que Beyrouth est fabuleuse en noir et blanc... Cette approche permet de souligner certains détails qui seraient invisible à la couleur, et qui émergent par le contraste des gris”, précise Rabih Ibrahim un des deux vainqueurs dans une interview donné à « L'Oeil de la Photographie ». “Quand je prends une photo, j'essaye toujours de raconter une histoire”, explique-t-il au magazine Kr!Xx, lequel a aussi obtenu avec lui le premier prix. “Mon but n'est pas seulement de figer un instant, j'essaye de comprendre ce que les personnes ont voulu me dévoiler d'elles-mêmes. J'aime la photographie de rue, mais le vrai défi avec le Beirut Photo Marathon c'est de respecter la contrainte des douze heures. J'ai l'habitude de prendre mon temps pour capturer l'instant...”

Quant aux contenus, certains clichés pourraient mettre mal à l'aise un public trop conservateur, surtout ceux qui abordent la sexualité, la politique ou la religion. Mais les sujets proposés par le marathon sont variés et laissent place à de multiples interprétations.

Avec FRAME, explique Ali, nous souhaitons élargir et renforcer une communauté autour de la documentation photographique collective, en impliquant les ONG de notre réseau. Aujourd'hui plus que jamais nous devons activer tous nos contacts pour affronter et mieux comprendre les divisions qui traversent notre ville. Nous allons nous y employer en réalisant un projet visuel collectif et multimédial vraiment innovant. Et bien sûr nous continuerons à faire tout notre possible pour garantir que les événements que nous organiserons se déroulent en toute légalité et dans un dialogue constructif avec la mairie.

http://beirutphotomarathon.org/

//Beirut Photo Marathon 2014, photo de Kr!XxBeirut Photo Marathon 2014, photo de Kr!Xx

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24/02/2015

Federica Araco

traduction de l'italien Matteo Mancini