Paysages humains… portrait de Sunay Akın | Mehmet Basutçu, Nathalie Galesne
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Mehmet Basutçu, Nathalie Galesne   
 
Paysages humains… portrait de Sunay Akın | Mehmet Basutçu, Nathalie Galesne
Sunay Akın
Sunay Akın est le concepteur, directeur et principal animateur de l’un des plus grands musées mondiaux consacrés aux jouets. Le seul musée privé turc qui n’appartient ni à l’état, ni à une fondation, ni à un grand groupe industriel. Le Musée des jouets d’Istanbul “İstanbul Oyuncak Müzesi” a investi une jolie maison en bois, la sienne, peinte en blanc. Cette typique villa de la rive asiatique, à Göztepe, face aux îles de Prince, est l’une des rares survivantes à avoir échappé à l’appétit des promoteurs.

Chaucune des pièces de ces trois étages ont leur propre univers thématique. Les jouets y ont été sélectionnés et mis en valeur par un décor spécifique. La pieces des poupées est fabuleuse, celle des grandes découvertes donne de manière ludique la dimension de l’histoire et de ses transformations technologiques. Médecins ou hostess de l’air, les poupées Barbie qui ont été choisies sont loin d’etre des femmes objet, selon Sunay Akın : “elles doivent à l’inverse renvoyer l’image de femmes modernes et actives, prises dans l’élan de leur vie professionnelle.

Dans cette pièce-ci trône un morceau de fresque américaine: des forts et des Apaches. Plus récentes cette vitrine met en scène les miniatures des presidents américains, “j’aime bien les déplacer, les manipuler, un peu comme ils font avec nous!”, s’exclame Sunay Akın dans un large sourire ironique.

Partout, le musée est une invitation au voyage et au rêve, à la connaissance et à la réflexion aussi. Par exemple, dans la pièce consacrée à la 2° guerre mondiale, une atmosphère anxiogène a été recrée: sur un monticule de vieilles chaussures dépareillées et d’objets disparates repose une vitrine contenant l’armée du IIIème Reich en miniature, tandis qu’un documentaire sur l’horreur de l’holocauste passe en boucle.

Toujours disponible, Sunay Akın accompagne volontiers ses jeunes visiteurs et se laisse prendre en photo avec eux, en n’omettant pas de conseiller aux plus jeunes de rêver le plus souvent possible et de donner libre cour à leur imagination : “c’est en jouant pendant des heures que l’on devient un grand savant, nous dit-il, le jeu c’est l’invention”.

“Ce musée, explique-t-il c’est un rêve qui est né il y a dix-sept ans. J’en avais vu un en Allemagne qui m’avait impressionner, tous les pays développés en ont un, pourquoi les Turcs n’auraient pas eu le leur. Les musée sont la mémoire des sociétés, leur lumière. Les adultes viennent dans ce muse pour laver leur esprit, pour retrouver leur enfance. Il y a trop de gens qui ont oublié leur enfance.” Au rez de chaussée, un bar accueille les hôtes du musée, des plus petits au plus grands. Même les toilettes sont ludiques: on y rentre comme dans un sous-marin, derrière les hublots, des poissons nagent au son d’une musique de film qui se prête particulièrement bien au musée: “Le fabuleux destin d’Amélie Poulain”.

Sunay Akın est l’auteur de plusieurs romans, Ses recueils de poèmes sont traduits en plusieurs langues.
Ses émissions à la télévision lui ont assuré une notoriété considérable. “Je suis contre l’accumulation des capitaux. Ce que je gagne avec mes livres, mes emissions de télé, je le réinvestis dans ce musée, son personnel (8 employés) et son fonctionnement. Ce ne sont pas les billets d’entrée qui peuvent nous permettre de couvrir tous ces frais, d’autant que l’Etat récupère 50% des gains”.

Malgré son charisme et son succès, Sunay Akın a su rester simplement humain, disponible. Rien ne l’empêche de s’émerveiller comme un gamin, lui qui a un fils de 17 ans. «Il va au lycée Saint-Joseph» nous dit-il, avant de préciser: «Aujourd’hui, à Istanbul tout le monde préfère les écoles américaines. Moi, je suis pour la culture européenne à laquelle je suis ouvert et qui m’a imprégné. Depuis des siècles nous nous nourrissons de cultures européennes : poètes, musiciens, etc. Par contre, les Européens ne connaissent pas bien les richesses de notre culture constituée d’apports multiples. C’est dommage d’avoir des préjugés et de ne pas s’ouvrir aux autres…».

“En fait, poursuit-il, dans les discours politiques européens, il y a une sorte de refus, de non reconnaissance de notre culture, et même une façon de la déprécier. Pourtant, la Turquie ne peut pas s’isoler du monde. C’est pourquoi je suis favorable à l’adhésion. L’union avec l’Europe passera aussi par les musées et la culture, c’est pourquoi il faut s’y préparer. En Turquie, nous avons une richesse culturelle millénaire. Son énergie, c’est l’Anatolie et Istanbul, c’est ce delta culturel où toutes les cultures - l’Europe, la Méditerranée, l’Asie - ont déposé leurs alluvions”.

Lorsque nous quittons Sunay Akın, les bras chargés des dons qu’il a tenu à nous faire - recueil de poésie et album de photos avec dédicace surmontée de dessins de mouettes, copies de jouets en bois- nous sommes tout sourire. Sunay Akın est tellement généreux qu’il a su nous insuffler une énergie débordante d’humanité. Que les mouettes qu’il aime tant, ne cessent de lui apporter toute la lumière de cette ville extraordinaire.
Mehmet Basutçu et Nathalie Galesne
(28/03/2007)