Antalya la star | Mehmet Basutçu
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Mehmet Basutçu   
 
Antalya la star | Mehmet Basutçu
Zuhal Olcay(*)
Ville balnéaire en pleine expansion du sud de la Turquie, Antalya vit depuis quelques années un développement fulgurant pour devenir l’un des centres touristiques les plus recherchés des destinations méditerranéennes. La nouvelle ambition du jeune maire, aux allures d’homme d’affaire dynamique nageant comme un poisson dans les eaux de la globalisation et de la modernité, est de faire en sorte que sa ville devienne également un centre d’activités culturelles au niveau international. Il ne lésine pas alors sur les moyens financiers nécessaires et collabore volontiers avec ceux dont l’expérience et le savoir faire en matière d’organisation de manifestations internationales sont reconnus, même s’ils viennent d’Istanbul, donc de loin…

Le terrain à Antalya semble plutôt favorable à cette ambition. Les infrastructures sont modernes, opérationnelles. La musique lyrique y est déjà présente. Le cinéma national aussi, depuis bien longtemps... Le nom d’Antalya est en effet associé, depuis les années 60, au cinéma turc. Les moins jeunes de ses habitants -aujourd’hui plus de 600 mille personnes y vivent- ont vu défiler dans leurs rues, toutes les vedettes du cinéma national à la recherche de cette fameuse Orange d’or, récompense suprême du festival national.

La manifestation qui ronronnait dans ses habitudes provinciales, s’est brusquement réveillée cet automne. Sa mutation, devenue nécessaire depuis longtemps, s’est effectuée dans un élan quasi révolutionnaire. Grâce à la collaboration avec une fondation privée d’Istanbul, TURSAK (1) qui possède un savoir faire indiscutable en matière d’organisation de festivals, disposant en outre d’importants moyens financiers, l’organisation de la compétition nationale doublée d’un nouveau festival international, a été mené dans un professionnalisme à la hauteur des ambitions affichées : faire d’Antalya un nouvel pont cinématographique entre l’Europe et l’Asie, tout en assurant la promotion et le développement du cinéma turc, afin de devenir à terme, le nouvel Cannes de la côte Est de la Méditerranée… Rien que cela! D’emblée, la barre a été effectivement placée bien haute...

Le nouveau «Festival international d’Eurasie» est ainsi né…
Pourtant, ce «rêve» comme les organisateurs eux-mêmes le qualifie, ne semble pas impossible à se réaliser pleinement, à moyen terme. Tout espoir est désormais permis. A l’issue de ce premier festival nouvelle mouture - en fait, la 42ème pour le cinéma national- qui s’est terminé la nuit du 1er octobre devant plus de 8000 personnes réunies dans le théâtre antique d’Aspendos à quelques 40 km de la ville, le bilan est très largement positif. Une page est définitivement tournée. La cérémonie de clôture était à l’image des huit jours de festivités. Le niveau cinématographique allait de paire avec les fastes d’une manifestation qui se veut une fête populaire distinguée, capable d’attirer les célebrités à Antalya. Le but a été atteint dès ce coup d’essai. Leos Carax, David Carradine, Kiara Chaplin, Kim Ki-duk, Michael Madsen, Mathilda May et Peter O’Toole étaient, entre autres, de ceux qui avaient fait le voyage... Il n’y avait plus de place dans les gradins en pierre massif de cet imposant amphithéâtre historique, pour la remise des prix nationaux et internationaux.

En effet, pris dans son élan, Antalya vient de donner naissance au 1er Festival International d’Eurasie, organisé avec succès en même temps que la compétition nationale. Cette nouvelle manifestation est une initiative qui souligne le désir d’Antalya de devenir le nouveau lieu de rencontre des cinémas européens et asiatiques. Onze films concourraient pour l’Orange d’Or de cette sélection internationale aussi éclectique, pour ne pas dire dispersée, que de haut niveau cinématographique. Devançant ses concurrents célèbres comme Michael Haneke, Kim Ki-duk ou Lars von Trier, le cinéaste chinois Wang Xiaoshuai, déjà remarqué à Cannes au printemps dernier avec Shanghai Dreams, s’est vu décerné ce premier prix d’Eurasie. Le jeune cinéaste russe, Ilya Khrzhanovsky fut également distingué pour son remarquable premier film, Chetyre (Quatre). Le jury présidé par le cinéaste John Irvin, réunissant entre autres Dariush Mehrjui et Karen Yedeya, Caméra d’or à Cannes en 2004, avait délibérément choisi de primer les jeunes cinéastes, plutôt que de décerner une nième trophée aux maîtres connus.
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Ulaş Inaç
Le jeune cinéma d’auteur turc récompensé
Leurs collègues du jury national présidé par Ferzan Özpetek, réalisateur turc qui réside en Italie, ont été sur la même longueur d’onde. Les prix que ces derniers ont décernés, revêtait même un caractère «révolutionnaire», en parfaite adéquation avec la nouvelle ligne du festival.
Le jeune cinéma d’auteur turc a ainsi raflé pratiquement tous les prix, au détriment du traditionnel cinéma commercial de Yeşilçam. <>Derivée (Türev) premier film de Ulaş Inaç, créa la surprise en remportant l’Orange d’or devant les vieux routiers prestigieux du cinéma populaire de qualité, comme Atıf Yılmaz, Memduh Ün ou Yavuz Turgul dont Les Blessures du cœur (Gönül Yarası) figure au palmarès par le prix d’interprétation masculine attribué au grand acteur populaire Şener Şen, ovationné.
Pour autant, cette Orange d’or qui est certes le fruit d’une prise de position radicale de la part du jury, n’est pas du tout déméritée. Ulaş Inaç qui a travaillé avec une caméra digitale, fait d’emblée preuve de vitalité et d’inventivité. Dérivée, une histoire d’amour triangulaire qui se déroule à Istanbul, dans le milieu d’une jeunesse cultivée et relativement dorée, est un délicieux marivaudage, inspiré au départ, d’une courte nouvelle de Cervantes. L’une des talentueuses jeunes actrices de ce film, Beste Bereket, partage d’ailleurs le prix de l’interprétation féminine avec une autre jeune actrice, Vildan Atasever, remarquée dans Deux jeunes filles (İki Genç Kız) de Kutluğ Ataman. L’un des cinéastes les plus talentueux de la génération des quadragénaires, Kutluğ Ataman figure également au palmarès comme meilleur réalisateur de ce festival. Reha Erdem, autre cinéaste de la même génération, remporte quant à lui, trois prix dont celui du meilleur scénario avec son excellent Maman, j’ai peur (Korkuyorum Anne) remarquable comédie sociale qui brille par la rigueur de sa mise en scène et la qualité de ses interprètes venus pour la plupart du théâtre.

Le cinéma de Yeşilçam qui produisait, au sommet de sa gloire plus de 200 films par an, semble définitivement dépassé. Le palmarès d’Antalya, violemment contesté par l’arrière garde, confirme et encourage la montée en puissance d’une nouvelle génération de cinéastes qui sont les artisans de la renaissance du cinéma turc que nous observons depuis quelques années. (1) Babelmed a déjà rendu compte des activités de cette fondation, il y a deux ans, dans un entretien réalisé par Antonia Naim à Istanbul, avec le président de TURSAK, Monsieur Engin Yiğitgil qui est également président, désormais, du Festival d’Antalya. Mehmet Basutçu
(10/08/2005)
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