Ojos De Brujo, la fiesta espagnole à l’heure de la mondialisation  | Nadia Khouri-Dagher
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Nadia Khouri-Dagher   
Ojos De Brujo, la fiesta espagnole à l’heure de la mondialisation  | Nadia Khouri-DagherNous avions été tout de suite enthousiasmés par Ojos de Brujo, lorsque nous avions reçu leur précédent disque, “Techari”, qui était leur 3° album ( www.babelmed.net/index.php ). Ce groupe barcelonais, qui a été élu “Meilleur groupe de world music d’Europe” par la BBC en 2004, et qui a reçu le “Latin Grammy Award” en 2008, nous régale encore une fois, avec l’album “Aocaná” (Diquela Records), de sa musique festive. De la musique espagnole certes, et où dominent les guitares et les rythmes de flamenco, mais, à l’image de Barcelone et d’autres villes d’Espagne aujourd’hui, une musique métissée des mille couleurs et sons apportés par les migrants, la radio ou internet, et qui vont de la salsa cubaine au hip-hop urbain en passant par les ragas indiens. Rencontre à Paris avec Marina, parolière et voix du groupe, et Max, percussioniste, pour une conversation moitié en espagnol moitié en français, métissage oblige...

Comment est né le groupe?
Nous sommes des musiciens de rue! Avec Max, nous nous sommes rencontrés à Formentera (île des Baléares au sud d’Ibiza, ndlr), puis nous avons rencontré les autres membres du groupe à Barcelone. Moi je chantais, à la guitare, des chansons de ma composition, Max jouait des percussions. Puis nous ont rejoint Ramon, le guitariste, qui est gitan, Javi, le bassiste, puis les autres (le groupe compte 8 artistes aujourd’hui, ndlr). C’était en 1996. On se retrouvait pour créer et échanger musicalement, mais on n’avait pas du tout dans l’idée de créer un groupe, au départ. Au fur et à mesure qu’on jouait dans des boîtes, de plus en plus de monde connaissait le projet. Quand on a fait notre premier concert sous notre nom, en 2001, dans la salle de concerts La Paloma, à Barcelone, c’était à guichet fermé !

Comment expliquez-vous votre incroyable succès?
On était les premiers à mélanger le flamenco avec du hip hop, et d’autres rythmes: personne d’autre ne le faisait.

Vous êtes tous de Barcelone, et le flamenco est andalou d’origine: y a-t-il une vie flamenca importante à Barcelone?
Oui, très importante. A cause des migrations (Javi par exemple est enfant de migrants venus du Sud de l’Espagne, ndlr). Et Barcelone a abrité - et abrite encore - de grands artistes de flamenco: Carmen Amaya (1913-1963, grande danseuse de flamenco, ndlr), Mayte Martin (1965-), La Rumba Catalana,... A la périphérie de Barcelone, il y a des quartiers où il y a beaucoup de migrants, et beaucoup de peñas flamenca...
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Le flamenco n’est pas menacé par la mondialisation, qui homogénéise les styles de musique?
Non, parce qu’il a son espace propre. Certains disent qu’il y a même plus de supports pour le flamenco qu’avant. Parce qu’avant, le flamenco était underground, marginal. Et avant, le flamenco, c’était la voix, la guitare, et les palmas, c’est tout. Paco di Lucia a été le premier à introduire des percussions dans le flamenco. Et depuis, ça bouge. Avant, le flamenco n’était pas destiné au grand public: il se jouait dans les maisons, et il appartenait à des gens qui étaient plutôt marginaux. Mais depuis 20-30 ans, ça a commencé à sortir, à se jouer dans les bars, les boîtes, les concerts.

Vous faites du flamenco très mélangé: de salsa, de hip hop, de chants indiens...
On ne fait pas de flamenco !!! (exclamation énergique de Marina, ndlr). On fait notre musique, la musique qui correspond à notre identité. Le flamenco n’est qu’un des ingrédients. C’est comme si, en faisant la cuisine, le flamenco était les spaghettis, mais le plus important c’est ce qu’il y a autour (explication imagée et gourmande de Max, ndlr).

Comment composez-vous vos chansons?
Parfois ça vient d’un rythme, indien par exemple. Parfois on se dit: “pourquoi ne pas faire du hip hop sur un rythme de buleria?” Parfois c’est à l’envers: Marina vient avec des paroles, et on trouve la musique... (Explication qui suit de Marina, ndlr): Par exemple, pour la chanson “Tiempo de soleá” dans l’album Bari: j’étais dans le métro, je rentrais de Valence, j’avais la sensation de passer à nouveau dans une grande ville comme Barcelone, je voyais le visage triste des gens dans le métro, et des jeunes immigrants marocains qui sniffaient de la colle... La chanson est née comme ça. Et en général, les mots me viennent avec la musique. (Explication qui suit de Max, ndlr): dans le dernier album, pour la chanson “ Una verdad incomoda” (Une vérité qui dérange), on a parlé de beaucoup de vérités qui dérangent: les enfants pauvres en Afrique du Sud, les femmes violées dans les Balkans, etc...

Quels sont quelques-uns des bonheurs ou souvenirs marquants que vous avez vécus?
Quand on a reçu le prix de Meilleur groupe de world music de l’Europe, par la BBC, en 2004. D’avoir la reconnaissance de beaucoup d’années de travail. Et ça nous aidés pour notre travail ensuite. Et en 2008, le Latin Grammy Award. On reçoit aussi énormément de messages du public par internet, qui nous rendent très heureux. Et comme souvenir, un jour à Tokyo, un homme est venu nous voir, il nous a dit qu’il chantait tout Ojos de Brujo en japonais avec son groupe, et il nous a montré les photos...

Vous aimez les musiques les plus diverses: quels sont les artistes qui vous inspirent?

(Marina parle): J’aime beaucoup l’afro-beat, Tony Allen, Fela Kuti. Le flamenco: Camaron toujours, on doit l’écouter, c’est obligatoire; Duquende,.... J’aime beaucoup la salsa. Et le hip hop.

Vous avez tourné dans de nombreux pays, sur divers continents: où - à part l’Espagne - avez-vous senti le public le plus enthousiaste de votre musique?

A Cuba et en Colombie.


Contact: www.ojosdebrujo.com


Propos recueillis par Nadia Khouri-Dagher
(22/08/2009)