Zinhezba, une association pour l’alphabétisation audiovisuelle et le dialogue. | Perrine Delangle
Zinhezba, une association pour l’alphabétisation audiovisuelle et le dialogue. Imprimer
Perrine Delangle   
Zinhezba, une association pour l’alphabétisation audiovisuelle et le dialogue. | Perrine Delangle
«Notre objectif: donner à voir des réalités et faire réfléchir» affirme Nieves Prieto, spécialiste du cinéma et fondatrice de l’association, aujourd’hui intervenante de la toute nouvelle antenne catalane née il y a quelques mois. En partant du constat que nous vivons dans une société de l’image où les enfants passent beaucoup de temps devant la télévision, l’association tente de contribuer à la création d’une conscience critique, un instrument nécessaire pour se défendre du «bombardement visuel» auquel nous sommes soumis. «Dans notre monde de l’image, l’éducation et l’alphabétisation audiovisuelle devraient constituer un cours obligatoire à l’école. Nous sommes sans arrêt submergés par les messages visuels, et nous avons besoins d’outils pour en connaître réellement la grammaire» explique Nieves. Réception critique, éducation «en valeur», approfondissement des droits humains, connaissance des moyens de communication, de ses contenus et de ses formats, promotion d’une attitude active pour la transformation sociale, tels sont donc les mots-clefs qui encadrent les activités de Zinhezba, un des nombreux acteurs du réseau des militants pour l’alphabétisation audiovisuelle en Espagne. En dépassant les paradigmes protectionnistes de l’enseignement audiovisuel en cours jusque dans les années 80, selon lesquels «nous devons protéger les enfants des images», les spécialistes optent aujourd’hui pour la stimulation de l’autonomie critique et l’augmentation de la motivation comme procédé pour l’apprentissage actif.

Les ateliers que l’association anime dans les écoles basques et catalanes explorent ainsi des thèmes aussi variés que les droits de l’Homme, l’interculturalité, l’immigration, le racisme, l’anorexie ou bien encore les discriminations ou la violence domestique. Le support audiovisuel permet aux intervenants d’ouvrir le débat : « L’idée c’est de partir de ce que les enfants savent déjà sur le sujet et sur ce qu’ils ressentent en voyant un film. Ensuite nous cherchons à ouvrir des pistes de réflexion. L’analyse filmique vise à donner les outils de compréhension pour décortiquer nos sensations, dépasser le j’aime-j’aime pas, et développer une opinion. La lumière, la bande son, la manière de filmer, l’utilisation de filtres, les symboles, tout est analysé, car, dans un film, tout a un sens et donne du sens.» En dehors des tâches incontournables de toute association, le travail s’organise également autour de la recherche de courts-métrages et de documentaires dans les différents festivals à thématiques sociales et le contact avec les réalisateurs et les producteurs. Zihnezba contribue ainsi par la même occasion à la diffusion et à la promotion de courts métrages et de documentaires de réalisateurs engagés, résidants en Espagne ou non.

Zinhezba, une association pour l’alphabétisation audiovisuelle et le dialogue. | Perrine DelangleEn dehors du plaisir que les élèves manifestent à apprendre en utilisant le support audiovisuel, les courts métrages et les documentaires proposés par les intervenants de Zinhezba les émeuvent et touchent des sujets qui les ramènent souvent à leurs propres expériences tout en les valorisant. Les ateliers sur l’interculturalité et sur l’immigration s’avèrent souvent les plus intéressants du fait des débats qu’ils suscitent. Elisenda Polinya, la responsable pédagogique de Zinhezba, nous raconte comment ces sessions ont parfois permis d’aborder des thèmes et des questions qui jusque là suscitaient plutôt, dans certaines classes, l’incompréhension ou le rejet : «La question du voile est un thème que nous avons souvent abordé. Dans des classes où certaines jeunes filles portent le voile, cela permet de créer un réel échange. On peut partir de leur propre vécu, elles peuvent expliquer leurs raisons, les idées qu’elles défendent (esthétiques, traditionnelles, religieuses…). Pour ceux qui viennent d’autres pays, d’Amérique latine, par exemple, cela leur permet de s’impliquer différemment, ils s’identifient au personnage et se sentent concernés par la question de la liberté vestimentaire. Ils arrivent à comprendre une position, non plus du point de vue de la religion ou de l’idéologie mais du point de vue esthétique par exemple. Cela ramène le voile à la question du look, au même titre que les rastas, le foulard palestinien ou d’autres symboles, en le débarrassant d’une lecture excessivement politique ou religieuse.» D’autres sessions réalisées dans des quartiers à tendance raciste ou dans des classes à forte proportion d’enfants issus de l’immigration, ont permis de résoudre des conflits sous-jacents en développant l’empathie des enfants et en améliorant l’ambiance générale de la classe. «En nous faisant rentrer dans la logique d’un personnage avec ses sentiments, le film émeut, il donne la possibilité de s’identifier, de se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre, de celui qui souffre d’être exclu, de celui qui est différent. En général, les jeunes voient les choses différemment après, et ils en parlent avec plus de tolérance et de respect». Ces interventions doivent cependant être menées avec le plus grand soin afin d’éviter que ne surviennent des effets contraires, à l’image des tensions survenues suite à la projection d’un film sur le conflit du Sahara Occidental dans une école formée d’autant de sahraouis que de marocains.

En éduquant «les adultes de demain», Zinhezba fait partie du réseau de ceux qui oeuvrent à la création d’une opinion publique informée, condition nécessaire à l’existence d’une société démocratique peuplée d’individus conscients et critiques par rapport aux représentations que véhiculent les médias et aux techniques qu’ils utilisent pour décrire la réalité. Ayant déjà pris part à la programmation de l’European film festival de Vittoria, l’association projette d’élargir son public en créant, l’année prochaine, le festival barcelonais de cinéma des droits humains. A suivre...

Perrine Delangle
(12/05/2009)



mots-clés: