Le héros et le monstre. Un microcosme de l’Age de Fer en Europe | Eloy Santos
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Eloy Santos   
  Le héros et le monstre. Un microcosme de l’Age de Fer en Europe | Eloy Santos A partir du VIII ème avant J.-C., de la main des Phéniciens et des Grecs, la culture du fer s’étend du Moyen Orient à l’ouest de la Méditerranée. Différents peuples autochtones font leur entrée dans les récits historiques du monde jusqu’alors connu, comme par exemple celui des celtes, probablement le plus largement inscrit dans la géographie européenne. Une vaste migration de dieux, de lignées et d’outils configure les traits de cette nouvelle étape culturelle. Grâce à la diffusion généralisée du fer, les hommes consolident leur volonté inaltérée de domination sur le milieu naturel, et cela de manière spécialement visible dans les domaines de l’agriculture et de la guerre. Pendant ce long processus, se façonne une perception particulière de l’Homme, de sa position et de son intention dans le monde, ainsi qu’une longue dérive de signes enterrés dans les sous-sols des anciennes colonies, dont l’archéologie tente aujourd’hui d’interpréter le sens. Du monde ibère procède la trouvaille spectaculaire et controversée autour de laquelle s’organise l’exposition «Le héros et le monstre».
Il s’agit de la Boucle Braganza, une broche extraordinaire en or, qui devait autrefois orner la tenue de quelque prince ibérique. Les experts établissent la date de sa réalisation entre le IV ème et le III ème siècle av. J.-C., probablement œuvre d’un artisan anonyme et errant, d’origine grec. Le filigrane de la Boucle offre une représentation belle et synthétique de la vision du monde propre à cette période. En elle, cohabitent le serpent océanique, dont l’échine est sillonnée de vagues, le sanglier spirituel à la lisière des différents mondes (ou supraterrestre), et un guerrier nu qui affronte et soumet, avec une épée, un loup à deux têtes. L’exposition est complétée par d’autres pièces plus ou moins contemporaines, qui instruisent sur l’environnement matériel et imaginaire de la Fabula Braganza. D’après le Dictionnaire des symboles de Juan Eduardo Cirlot, «la lutte contre le monstre indique le combat pour libérer la conscience enchaînée par l’inconscient». Cette scène constitue un des mythes centraux de toutes les cultures humaines. Elle a perduré dans l’iconographie religieuse, dans certaines fables traditionnelles ainsi que dans l’œuvre de grands écrivains comme Melville ou R.L. Stevenson. Une bonne partie des tout premiers films de terreur ont eu d’ailleurs recourt, avec des résultats plus ou moins brillants, au même schéma narratif.
Eloy Santos
(22/06/07)
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