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Quel soutien aux artistes syriens? Imprimer
Hanan Kassab Hassan   

Quel soutien aux artistes syriens? |

Les artistes syriens ont été parmi les premiers à réagir aux événements tragiques qui déchirent leur pays. Beaucoup ont manifesté avec les manifestants, et nombreux sont ceux qui ont enduré la prison et la torture, voir même la mort.

Pour soutenir ces artistes, les organisations internationales n'ont pas tardé à lancer des subventions et des bourses, invitant ceux qui peuvent sortir à se produire dans des expositions collectives, des séminaires ou des festivals.

Quel soutien aux artistes syriens? | Un bilan critique de l'impact de l'aide européenne aux artistes syriens est l'objet d'un rapport intitulé Syria Contexte Note rédigé par Greta Galeazzi et publié en 2014 sur le site ''Preparatory Action, Culture in EU External Relations, une initiative financée par l'Union Européenne.

Dans son rapport Greta Galeazzi expose les lignes générales de l'orientation du soutien octroyé aux artistes sous forme d'invitation à participer à des échanges internationaux, des festivals et expositions; ou sous forme de bourses de production. Des subventions sont aussi accordées à des structures émergentes dans le domaine du journalisme numérique, de la recherche sur les droits de l'Homme et de la politique culturelle.

Greta Galeazzi constate le changement dans le rôle de l'art et de la culture devenus un outils de lutte et de protestation politique, et remarque que l'émergence de nouveaux activistes créatifs utilisant la photographie numérique, les arts de la rue et les graffitis pour dénoncer et chroniquer le conflit, a modifié profondément le paysage artistique syrien.

A l'intérieur de la Syrie, les artistes qui œuvrent pour le changement démocratique jouissaient au début du soutien des centres culturels étrangers. Mais la fermeture de ces centres et la censure exercée par le régime ont fini par stopper ces initiatives. De même, l'échange entre les artistes de l'intérieur et ceux qui sont déjà partis devient de plus en plus rare suite aux restrictions de mobilité imposées aux Syriens.

L'étendue de la misère dans les camps des réfugiés n’a pas tardé à créer un sentiment de culpabilité chez les intellectuels syriens qui se sont tournés vers l'organisation d'ateliers d'écriture, d'expression artistique et de théâtre avec les enfants et les femmes réfugiées au Liban et en Jordanie.

Dans la conclusion de son rapport Greta Galeazzi souligne la vie difficile des artistes syriens. Ceux qui sont restés ne peuvent plus travailler, et ceux qui sont partis vivent dans la misère et sont privés de papiers.

Elle montre également que le soutien des structures internationales s'est toujours fait sur une base momentanée et avec de petites contributions, et qu'il dépend souvent de la capacité individuelle des artistes à se créer des relations avec l'étranger. Elle suggère ainsi le lancement d'un soutien mieux structuré et à long terme, et d'un financement connu à l'avance, plus pertinent pour aider les artistes syriens. Elle propose aussi que les programmes d'aides soient créés sur la base d'une analyse des besoins et visent à renforcer les capacités.        

Quel soutien aux artistes syriens? | Cette conclusion très juste du rapport reflète l'opinion de beaucoup d'artistes syriens, même ceux qui ont joui du financement européen. Khaled Dawa, un sculpteur syrien a dû quitter la Syrie après avoir enduré la prison et la torture. Ses statues sont inspirées de son expérience personnelle: des corps mutilés rongés de l'intérieur, ou des personnages léthargiques qui représentent le pouvoir. Khaled se plaint de l'absence de soutien. C'est vrai qu'il a eu une petite bourse d'aide du British Council, mais elle n'a pas suffi à mouler ses statues en bronze. Il dit aussi que la complication des dossiers des appels à projets dissuade beaucoup d'artistes qui ne connaissent pas leurs mécanismes, et les prive de ces opportunités.

Liwaa Yazgi a réalisé un documentaire sur les maisons abandonnées en Syrie. ''Haunted'' a été projeté dans plusieurs festivals internationaux et a obtenu une mention spéciale du jury au festival Fid Marseille. Yazgi a été soutenue par la fondation Heinrich Böll pour la réalisation de son film. Elle a obtenu aussi une bourse de mobilité du Fonds Roberto Cimetta, et un financement du British Council pour la traduction d'une pièce d'Edward Bond de l'Anglais en Arabe.

Malgré la situation privilégiée dont elle a bénéficié Liwaa déplore que de nombreux artistes syriens soient contraints, dans l’urgence, de se plaquer aux moules des subventions, délaissant leurs questionnements et leurs priorités purement esthétiques. L'art syrien finira par devenir exclusivement un art de la crise, déplore-t-elle. Elle constate aussi que l'aide octroyée par les institutions européennes va généralement aux artistes individuels, alors qu'il faudrait aider la création d'institutions permanentes. Elle souhaite l'implication de nouvelles structures intermédiaires sur le plan régional, car celles qui existent ont tendance à privilégier les mêmes entités et les mêmes artistes.

//Trailer | Haunted | Liwaa Yazji Trailer | Haunted | Liwaa Yazji

Alma Salem, Directrice régionale des programmes des arts au MENA du British Council n'est pas d'accord avec cette idée puisque, selon elle, dans presque toutes les structures d'aide, directes ou intermédiaires, il y a des évaluateurs de plusieurs pays; et que les appels à projets sont lancés via les média sociaux ouverts à tout le monde. Aujourd'hui, on constate un changement dans l'orientation de l'aide qui privilégie plus les organisations émergentes indépendantes que les individus. Si c'était l’inverse au tout début du conflit, c'est que les donateurs étaient confus. Dans le bouleversement et dans l’urgence, ils ne savaient pas quel mécanisme adopter après la fermeture des centres culturels étrangers en Syrie. Alma Salem souligne aussi que l’arrêt du fonctionnement de ces centres a privé les artistes de l'intérieur de tout soutien, ce qui est regrettable.

 


 

Hanan Kassab Hassan

11/04/2015

 Contenu produit en collaboration avec Med Culture

 

 

 

 

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