Jazz au Chellah: Quinze ans de pur plaisir | Hicham Houdaïfa
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Hicham Houdaïfa   
Jazz au Chellah: Quinze ans de pur plaisir | Hicham Houdaïfa
Le Maroc a connu ces dix dernières années une explosion de festivals, Mawazine à Rabat, Aoutar à Ben Guerir ou encore le festival de Casablanca se sont même imposés comme des rendez-vous où des stars de la pop mondiale se produisent chez nous à coups de cachets conséquents. Si l’ambiance est toujours au rendez-vous, ces manifestations souvent portées par des personnalités politiques importantes souffrent d’une lacune de taille : l’absence d’une ligne éditoriale musicale. C’est ce qu’on ne pourra jamais reprocher au Jazz au Chellah qui a proposé au 10 au 14 juin derniers au public de Rabat, mais aussi aux nombreux Casablancais qui se sont déplacés à la capitale des concerts dans l’historique site du Chellah. Depuis le lancement de cet événement qui avait pour théâtre en 1996 un autre site de Rabat, les Oudayas (à l’époque, c’était Jazz aux Oudayas), l’idée était de créer des rencontres entre musiciens de jazz européens et artistes marocain. Quinze ans plus tard, l’événement piloté par la Commission européenne est devenu tout simplement incontournable. L’ambassadeur de l’Union européenne à Rabat Eneko Landaburu n’a pas manqué de souligner que, « d’un petit concert intimiste dans le Musée des Oudayas dès 1996, qui s’est ensuite déplacé sur l’esplanade du même nom en raison de l'afflux de public de plus en plus nombreux, les rencontres entre Jazz européen et musiques marocaines ont gagné en intensité et en perfection à chaque édition. » L’édition 2010 du Jazz au Chellah a choisi de consacrer des talents marocains vivant en Europe. Autre nouveauté : En marge de la 15ème édition du festival Jazz au Chellah, un atelier de percussion et d'improvisation a eu lieu le dimanche 13 juin dans les locaux de l’Institut français de Rabat et a été animé par Ali Alaoui à la derbouka Khalid Kouhen à la tabla indienne, Mohamed Zeftari au violon, Camil Hachadi au saxophone et Aly Keita au balafon.

Des rencontres, des vraies…
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Mohammed Zeftari
Sur cette belle scène du Chellah et devant plus de 1200 mélomanes se sont succédés durant cinq soirées consécutives des groupes de jazz européens et des musiciens marocains. Une première soirée avec le jazz expérimental de l’Italien Luca Aquino, très influencé notamment par Miles Davis et qui a été honoré par le prix de meilleur nouveau talent jazz italien pour l’année 2009. La deuxième partie de la soirée a été animé par la quintet espagnol les Tom Johnson’s Shark au jazz joyeux et une rencontre avec le percussionniste Ali Alaoui, installé en France depuis plus de dix ans. La mayonnaise a tellement pris entre le groupe espagnol et Ali Alaoui qu’ils ont décidé de se produire ensemble et d’enregistrer un CD. Il s’agissait d’une véritable rencontre, équilibré avec un Ali Alaoui qui par moments jouait même au chef d’orchestre avec sa derbouka et le groupe espagnol qui faisait de l’accompagnement intelligent. Ce qui nous change d’autres rencontres qu’on qualifie à tort de fusion puisque le musicien marocain joue en général le rôle d’un simple décor avec son instrument traditionnel et sa tenue folklorique. « Nous sommes très heureux de cette rencontre musicale. Nous avons appris beaucoup d’Ali et nous avons décidé de nous produire ensemble à Barcelone», nous confie Tom Johnson, leader américain de la formation espagnole. Vendredi soir, le public a fait connaissance avec le jazz de Nikos Andolis, un pianiste grec, suivi en deuxième partie par le duo belgo-suédois de Mathilde Renault et Jonas Knutsson et une rencontre avec Khalid Kouhen. Fado à l’honneur pour le « Saturday night » avec la chanteuse Paula Oliveira. Les Danois Ibrahim Electric animeront la scène en deuxième partie avec un jazz énergique. Le Jazz se mêlera à de la funk, au hip hop et au punk le dimanche soir avec le groupe anglais Accoustic Landyland suivi par le trio Mathias Schriffel d’Allemagne, le percussionniste polonais Bodek Janke ainsi que le violoniste marocain Mohammed Zeftari. Rendez-vous enfin en première partie de la dernière soirée avec les Ilmiliekki Quartet qui nous viennent de la Finlande. Un groupe qui nous fait penser en même temps à Bjork, Tom Waits, Radiohead ou encore Suzanne Vega. La soirée finale a vu le directeur artistique marocain le maâlem (maître gnaoui) Majid Bekkas reprendre son guenbri et s’associer au Louis Sclavis trio (avec qui il avait joué 15 ans auparavant), Ali Keita et les gnaouas de Salé pour une soirée inoubliable. Jean Pierre Bissot, le directeur artistique européen du festival trouvera ces mots pour qualifier ce moment musical: « Il y a le jazz Rock, le jazz swing, le jazz Flamenco et un jour, on jouera le jazz du Chellah. Nous avons créé une nouvelle forme de jazz qui transcende les frontières ». De notre part, on attend déjà la prochaine édition avec énormément d’impatience…


Hicham Houdaïfa




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