«Villes-frontières» à Fès  | Jean Dedolin
«Villes-frontières» à Fès Imprimer
Jean Dedolin   
«Villes-frontières» à Fès  | Jean DedolinCette 4ème édition des Rencontres Internationales de la Photo de Fès s’installe sur l’ensemble du territoire marocain et a pour thème les «Villes Frontières». René Burri est à l’honneur à Rabat avec «Blackout New York», reportage inhabituel qui joue avec le royaume des ombres, passage ou frontière entre lumière et obscurité, plongée dans un espace dont on peine à discerner les contours; lumière parcimonieuse allusive et ciblée, dans un New York loin des leçons d’anatomie d’un Weegee, proche d’un Brassaï du Paris de nuit, ou plus près de nous d’un Touhami Ennadre lequel sculpte le noir comme un métal fondu.

C’est Catherine Izzo à Tanger qui nous offre son Istanbul carnets curieux, exposition présente au même moment dans la capitale turque. Deux villes si semblables, entre deux - l’Europe et l’Afrique d’un côté, l’Europe et l’Asie de l’autre. Entre deux mers, aux deux couleurs. Têtes de ponts et points de départ et d’arrivée. Frontière infranchissable pour certains et ligne de passage empruntée par d’autres chaque jour. Mais c’est aussi une lecture particulière une photographe qui sublime le Gris. Est-ce une couleur frontière entre le noir et le blanc ? Cette pluie qui recouvre Istanbul fait disparaître les formes, estompe les lignes, neutralise toute velléité de couleurs.

Ce sont les Rencontres de Bamako avec sa dernière Biennale de fin 2009, qui s’installe aussi à Fès. Ses photographes et vidéastes (Abdoulaye BARRY, Jodi BIEBER, Uche Okpa IROHA, Baudouin MOUANDA, Zanele MUHOLI , Salif TRAORÉ - Ismail BAHRI, Jack BENGTHI, Berry BICKLE, Mounir FATMI, Isoje IYI EWEKA CHOU, Amadou KANE SY, Bouchra KHALILI, Mohamed KONATÉ, Riason NAIDOO, Tiécoura N’DAOU, Dinkies SITHOLE, Guy WOUETE) y constatent l’érection de murs infranchissables entre nations, qui confortent les identités nationales, sociales et culturelles au détriment voire au mépris des migrants ballotés par une histoire qui leur refuse toute dignité. Ce franchissement des frontières est aussi symbolique et initiatique sur un
Continent où le Visible et l’Invisible se côtoient, se substituent l’un à l’autre, libèrent les esprits, confrontent l’être à son double.
Image cadrée, précise, descriptive qui devient flou jusqu’à disparaitre du champ visuel. Vidéos fortes qui imprègnent la rétine un long moment, comme pour graver l’inconscient. C’est Diana Lui à Marrakech dont Le Voile Essentiel codifie et réinterprète le rôle esthétique de ce dernier pour se cacher ou se protéger, pour exclure, honorer, montrer, révéler ou inclure. Tissant un lien fort avec un Clérambault à la vision épurée de la matière mais à la lecture hautement symbolique de l’objet.

Ce sont Red Caballo, duo artistique catalan dont la pratique documentaire de l’image détourne un mécanisme de représentation et propose une alternative aux systèmes de production de l’image et de son autorité qui s’impose. Cavaller et Roig maintiennent une distance critique, une frontière dans la manière de représenter ou de se représenter. Estudio Rambles est le fruit d’un premier travail à Barcelone qui est installé sur l’Avenue Hassan II de Fès, laquelle sera le sujet d’un travail durant l’été qui sera présenté à Barcelone à l’automne.

C’est enfin Cordoue, avec laquelle Sanchez Moreno joue de la frontière du jour et de la nuit, pour magnifier la jumelle de Fès en terre andalouse.

Jean Dedolin
Commissaire des Rencontres de la Photo de Fès
(01/06/2010)


mots-clés: