De Giran à Dowaha | Tahar Chikaoui, Raja Amari, Reine Mitri, Samir Abdallah, Till Roeskens, Lluis Minarro, Manoel di Oliveira, Alessandro Angelini, Hassen Ben Jelloun, Tahani Rachid, Mahmoud Amine El Alam, Francesca Commencini, Margherita Buy
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Tahar Chikaoui   
Le lendemain mercredi, je découvre l'exceptionnel « Giran » ; c'est incontestablement l'un des meilleurs films de Tahani Rachid, excellent documentaire sur le quartier Gardien City, très subtilement construit, sans préjugés et intelligent, l'exemple même du documentaire de création. Le début est surprenant faussement réactionnaire, et la fin impressionnante sur Mahmoud Amine El Alam...la surprise du festival. Il récolte le prix tv5 monde mais il mérite franchement plus.
De Giran à Dowaha | Tahar Chikaoui, Raja Amari, Reine Mitri, Samir Abdallah, Till Roeskens, Lluis Minarro, Manoel di Oliveira, Alessandro Angelini, Hassen Ben Jelloun, Tahani Rachid, Mahmoud Amine El Alam, Francesca Commencini, Margherita BuyAutre film en compétition « Les oubliés de l'histoire » de Hassen Ben Jelloun. Il reçoit le prix du public ; il s'agit d'un mélodrame social sur l’immigration, raconté sur le mode populaire avec une histoire d'amour qui commence dans l'innocence de la campagne marocaine, s'interrompt brutalement avec l'émigration du fiancé en Belgique où il retrouve sa promise dans un réseau de prostituées, et finit bien selon la bonne tradition du genre.
Le lendemain matin, Hassen Ben Jelloun rencontre les journalistes, s'explique sur ses choix, réfute les accusations lancées contre lui quant à l'image qu'il donne de l'Occident, dit s'être inspiré de la réalité. A l'occasion d'un voyage au Moyen-Orient, il avait découvert l'ampleur du phénomène de la prostitution organisée mais il a juste décalé son histoire (pourquoi?) en la replaçant dans un contexte occidental.
Le jeudi deux films italiens au programme. D'abord, « Alza la testa » d'Alessandro Angelini. Un mélodrame efficace mais inégal et sans grande teneur artistique sur la famille monoparentale, la tragédie de la possessivité paternelle avec un Sergio Castellito au meilleur de sa forme. Un film formaté RAI, avec des prétentions, juste des prétentions cinématographiques, brillant et racoleur. Le film obtient le premier prix et Sergio Castellito celui de la meilleure interprétation masculine. La même récompense, méritée, celui-ci l'a obtenu au festival de Rome.
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Ensuite, plus fin et autrement profond, «Lo Spazio bianco». Un film intimiste d'une Francesca Commencini qui affine un talent déjà perceptible dans ses films précédents. Un regard subtil sur la maternité. A l'occasion d'un accouchement prématuré, Anna voit sa fille placée dans une couveuse. Elle fait l'expérience de l'attente de la vie, une suspension de l'être, magnifiquement jouée par une Margherita Buy qui mérite largement le prix d'interprétation féminine. Entre la paternité selon Alessandro Angelini et la maternité vue par Francesca Comencini, l'écart est grand. Celui qui sépare la culture télévisuelle et l'art cinématographique.

19H30 « Familystrip » est un étonnant documentaire de Lluis Minarro, célèbre producteur espagnol, une espèce de mécène qui a investi dans le cinéma d'auteur dans son pays. On lui doit notamment « Dans la ville de Sylvia » 2007 de José-Louis Guérin, « Honor de Cavalleria » 2006 de Albert Serra, «Liverpool» 2008 de Lisandro Alonso, « les mains vides » 2003 de Marc Recha ou encore «Singularités d'une jeune fille blonde» 2009 de Manoel di Oliveira et «Le taureau bleu» 2008 de Daniel V. Villamediana. A ses heures perdues, il réalise des films.
Celui-là, en tout cas, n'était pas destiné à être montré ; à l'origine conçu comme un cadeau d'anniversaire, il s'avère être une interrogation de l'histoire de l'Espagne. La sobriété du film, l'absence totale de prétention en font un document d'une grande valeur historique.
Vendredi, deux films sur la Palestine, différents, presqu'aux antipodes l'un de l'autre mais aussi intéressants l'un que l'autre. « Aida » de Till Roeskens, grand prix de la compétition française du FID à Marseille, obtient le prix Aljazira doc. Till Roseskens, photographe, vidéaste, cinéaste, ne cesse d'interroger le monde qui l'entoure en artiste contemporain ; il choisit cette fois le camp Aida à Bethléem, et comme toujours dans ce genre de cas, invente son point de vue, loin des sentiers battus, non par coquetterie mais pour mieux (faire) comprendre, non pas sur mais avec les autres. A quelques habitants du camp il demande de dessiner ce qu'ils voient et surperpose à leurs dessins des récits. En six parties, il compose ainsi à partir des tracés et des babils des concernés un tableau que mille films documentaires ne sauraient résumer.

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«Gaza on air», Samir Abdallah
Le deuxième « Gaza on air » de Samir Abdallah est plus frontal, plus cru. Le cinéaste montre de façon à ne laisser aucune place au doute, l'atrocité de l'agression israélienne contre Gaza. Défilent des images de destruction et de mort insoutenables. Un film difficile mais efficace fait par un cinéaste courageux et convaincu.
J'ai pu également apprécier « Vulnérable » de la cinéaste libanaise Reine Mitri, un documentaire sur des amis filmés durant trois ans entre 2006 et 2009, des amis qui partent et d'autres qui restent. Un pays dans la tourmente perçu non par des spécialistes de géo-politique mais à travers le témoignage d'amis sur leur situation dans un contexte trouble de guerre et d'insécurité. Une chronique non dépourvue de sensibilité par une cinéaste armée d'une caméra et qui n'a pour munitions que des paroles d'amis.
De Giran à Dowaha | Tahar Chikaoui, Raja Amari, Reine Mitri, Samir Abdallah, Till Roeskens, Lluis Minarro, Manoel di Oliveira, Alessandro Angelini, Hassen Ben Jelloun, Tahani Rachid, Mahmoud Amine El Alam, Francesca Commencini, Margherita BuyA 22h est projetée Dowaha, le film de Raja Amari, fraîchement récompensé à Milan. C'est incontestablement l'un des meilleurs films en compétition. Programmé en dernier, tard dans la soirée, montré une seule fois, et sans discussion le lendemain. Ce n'est pas très juste mais enfin, les organisateurs ont leurs raisons. La cuvée était quand même bonne.
Le lendemain, promenade avec les copains dans la belle médina de Tétouan, cérémonie de clôture et palmarès après quoi tout le monde à l'hotêl Fofitel pour un copieux dîner sur la terrasse à l'air frais de la Méditerranée orientale.



Tahar Chikaoui
(17/05/2010)