L'excursion tangéroise et le colloque | Tahar Chikaoui
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Tahar Chikaoui   
Yto Barrada nous fait visiter des lieux pour lesquels, manifestement, elle cultive une grande tendresse. Deux salles de projection, une de trois cents places et une plus petite de 50, des bureaux pour l'administration, une médiathèque et à l'entrée une cafeteria garnie de jeunes. Elle nous expose la philosophie générale de sa gestion, nous présente le programme et nous fait part des difficultés financières. Après quoi elle nous propose, accompagnée de son cinéaste de mari, une promenade à travers l'ancienne ville jusqu'en haut de la Kasbah. Elle nous fait monter sur la terrasse du Nord Pinus Tanger et nous offre à boire. Le panorama est magique ; de là on peut rêveusement admirer la rencontre de la Méditerranée avec l'Océan atlantique. Emerveillés par la découverte de ce cinéma, charmés par l'énergie de cette dame, déjà amoureux d'une ville au charme indicible, nous rentrons en nous donnant rendez-vous le soir pour dîner pas loin du Golden Beach, dans le meilleur restaurant du Mdik.
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Nord Pinus Tanger

Le lendemain matin, le lundi 29, premier jour du colloque. Au petit déjeuner, je retrouve Ahmed Boughaba qui s'enquiert avec empressement de notre excursion tangéroise. Je le remercie et le rassure. Nous nous dirigeons ensuite vers la maison de la culture. Après l'intervention inaugurale de Toubiana au cours de laquelle il fait part de son expérience de critique, de l'idée qu'il s'en fait et de la place qu'elle occupe dans son iténéraire, nous nous succédons sur la tribune, Michel Cerceau, Hamadi Guerroum et moi-même. Chacun y va de sa conception de la critique, de l'état où elle se trouve dans son pays et de ce qu'il croit être son devenir. S'ensuit un débat avec le public, curieux et toujours prêt à intervenir, plus empressé de s'exprimer sur l'argument du colloque que de poser des questions aux intervenants. Je ne me sens pas dépaysé.

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«Run for money», Reha Erdem
Navette, déjeuner, navette. Ensuite, direction cinéma; je choisis l'Avenida, lieu de projection des films en compétition, une de ces grandes salles avec une vaste entrée. 1100 sièges. Il fait bon y prendre place. 17H30 je vois un film turc «Run for money», moyennement bien fait, le second long-métrage de Reha Erdem auquel le festival rend hommage, l'une des principales figures du jeune cinéma turc. Il s'agit d'une comédie social mettant en scène un commerçant de Tunel qui, par un pur hasard, tombe sur une valise pleine d'argent oubliée dans un taxi ; sa vie est bouleversée. Un film sympathique sans plus.

À 19h 30, «Couleurs naturelles » du cinéaste égyptien Oussama Fawzi dont on a pu apprécier «J'aime le cinéma» 2004, «le paradis des anges déchus» 1999 et «les démons de l'asphalte» 1995. Il arrive avec un film non moins audacieux, tonique, coloré, traversé par une belle énergie sur les déboires du jeune Youssef, étudiant à l'école des beaux arts du Caire, confronté aux exigences d'une mère toujours prête au chantage affectif, aux caprices d'enseignants farfelus et à un intégrisme rampant qui gangrène ses camarades étudiants. Le film a suscité une controverse en Egypte, notamment de la part des étudiants de l'école qui ont protesté contre l'image qu'en donne le cinéaste. Il faut avouer que la mise en scène est en-deça de l'argument, le cinéaste ne s'empêchant pas toujours de céder à quelque facilité.
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«Vivre ici», Mohamed Zran
Dans la même salle, à 22h30, je ne revois pas le film de Mohamed Zran «Vivre ici» que j'ai déjà découvert à Tunis. Il aura le premier prix du documentaire. Le frère de Zran présent dans le film, venu représenter le réalisateur, est fou de joie. Mon ami Boughaba y consacrera une analyse détaillée en langue arabe dans le site d'al Jazira documentaire. Comme à son habitude, Zran a une approche très intuitive du cinéma qui le place dans une position rare dans un milieu obsédé par la perfection technique. Le documentaire parle de Zarzis, la ville de naissance du cinéaste, avec au centre un épicier juif, personnage attachant entouré d'une galerie de portraits vivants plus ou moins proches du réalisateur. La fraîcheur du film est incontestable grâce (ou malgré) sa naïveté.
Le mardi, deuxième séance de la rencontre sur la critique. On m'en a confié la présidence. Comment m'en sortir? Huit intervenants en moins de quatre heures. Des connus et des moins connus, Jean Roy, Christian Bosseno, Khalil Damoun, Moulay Driss Jaidi, Amir El Amri, Kamel Ben Ouannes et Hassouna Mansouri. J'impose à chacun un quart d'heure de parole. Je ne sais toujours pas comment je m'en suis sorti. Enfin le tour de la question est fait, le rapport au film, la part du désir, l'histoire, les perspectives ouvertes par internet etc... A elle toute seule, cette rencontre aurait pu prendre trois jours. J'étais presque fier de moi.

Tahar Chikaoui
(17/05/2010)

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