Danse: un pas en avant | Kenza Sefrioui
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Kenza Sefrioui   
Le Festival international de Danse contemporaine  «On marche» sort de sa 4e édition (Marrakech du 24 au 31 janvier) renforcé : international, éclectique, et toujours aussi militant. Détour du côté de ses organisateurs.

«Chaque année, on avance d’un pas», se félicite Bouchra Ouizguen, cofondatrice, avec Taoufiq Izeddiou et Saïd Aït El Moumen, de la compagnie Anania, qui est à l’origine d’«On marche». Avec cette 4e édition, le festival de danse contemporaine passe à la vitesse supérieure. Seize pays y étaient représentés, dont le Maroc: l’Allemagne, l’Espagne, la France, la Belgique, l’Italie, la Norvège, la Suède, le Brésil, les Etats-Unis, la Tunisie, le Burkina Faso, Madagascar, l’Iran, l’Inde et le Japon.
Danse: un pas en avant | Kenza Sefrioui
«C’est énorme, et on va de plus en plus loin : Brésil, Etats-Unis, Japon…», souligne Taoufiq Izeddiou, directeur artistique du festival. L’événement, qui s’impose aujourd’hui comme le deuxième festival dans les pays arabes, après celui de Tunis, et l’un des plus importants d’Afrique, investit divers lieux de Marrakech, dans et hors les murs. Théâtres, places, espaces publics et privés… tout était bon pour amener la danse contemporaine à la rencontre des spectateurs.

Spectacles à domicile
Jusque chez eux. L’originalité de cette édition est le programme «Danse contre nourriture». Entre midi et 14h, trois ou quatre artistes étaient invités chez une famille, dansaient pendant une demi-heure à trois-quarts d’heure, et restaient déjeuner. Le but, selon Taoufiq Izeddiou, c’est que «le déjeuner permette de discuter, d’expliquer, de donner des clés sur l’histoire de la danse, de parler de ce qu’on a ressenti». Pour Bouchra Ouizguen, «il faut que la danse soit tutoyée».

Danse: un pas en avant | Kenza SefriouiDanse f’l’appart
A l’Ecole supérieure des arts visuels, un autre type de manifestation était accueilli : «Danse f’l’appart». Ou plutôt, une variation sur ce thème, puisque les danseurs investissaient les vastes couloirs de l’école. Ainsi, Junior Zafialison, venu de Madagascar, déployait des mouvements réflexifs sur un tapis haute laine rouge parsemé de gousses d’ail. L’expérience, qui pour les jeunes chorégraphes marocains «n’est pas un choix, mais une façon de dénoncer le manque d’espaces liés à la création», come l’explique Taoufiq Izeddiou, a donc été interrogée par des artistes venus d’ailleurs et issus d’autres traditions de création, et surtout bénéficiant d’autres conditions de travail.

Un laboratoire: temps forts
Et surtout, cette 4e édition d’ «On marche» a assis la rencontre comme un vrai festival militant, un beau laboratoire de la danse contemporaine au Maroc. Si le retour à la scène de la grande Susan Buirge, pionnière de l’alliance entre danse et vidéo, avec une proposition inspirée d’une kagura (danse traditionnelle japonaise) s’est déroulé dans des conditions de représentation quasi-confidentielle qui n’ont pas permis à tous de profiter de son talent et de son expérience, les autres propositions n’ont pas manqué d’interroger le rapport de chacun au corps, à l’espace, voire aux autres arts.
«Un langage artistique s’est installé, insiste Taoufiq Izeddiou. On ne recherche pas le spectaculaire, mais la créativité, une pensée commune». Pas question de faire école, mais de donner place à la singularité de chacune de ces démarches. L’écriture de la danse contemporaine doit être la plus ouverte possible, tout en restant exigeante. Il salue la solidarité des artistes venus contribuer bénévolement au festival.
Dans Mixage, Saïd Ouadrassi et Fennen Youssef ont allié leur pratique du break-danse à l’art de la jonglerie de Marc Dehoux et aux acrobaties de Gaspard Herlbot. Plus tard, Meriam Jazouli lançait, dans Kelma… un cri à la mère, une incantation silencieuse où le bendir se faisait visage muet. Dans A la rigueur, le chorégraphe Saïd Aït El Moumen proposait une réflexion métaphysique sur la condition humaine, avec trois femmes au visage emprisonné dans des masques vénitiens cousu au bas d’un filet, tentant péniblement de se mettre debout. Dans C’est-à-dire, le Burkinabé Seydou Boro jouait à la fois de ses talents de danseur et de comédien, pour un résultat plein d’humour. Quant à Taoufiq Izeddiou, il a présentait une nouvelle étape de son spectacle Aataba, une réflexion dure et sans fioritures sur le thème de la frontière.

Nos deux coups de cœur?
D’abord la proposition du Burkinabé Oussini Sako, Sindi, Shut up . Un splendide et poignant hymne à la terre et à la soif, qui évoquait par moment les statues d’argile de Ousmane Sow, et a eu un triomphe.
Ensuite, la toute dernière création de Bouchra Ouizguen, Aïta , présentée comme une étape de son travail sur la rencontre entre la danse contemporaine et l’art de l’aïta. Un spectacle dépouillé, qui parvenait à suggérer la quintessence de la culture marocaine en montrant sur trois banquettes suggérant un salon quatre femmes, dont trois artistes d’aïta, au physique à l’opposé de celui de la danseuse, quatre femmes d’âges et d’expériences différentes, et faisant un pas les unes vers les autres.
Un pas en avant, et il en reste tant à faire…

Photos: Abdelghafour Benbadryef
Kenza Sefrioui
(20/03/2009)







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