Casa Negra, le mythe détourné | Fédoua Tounassi
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Fédoua Tounassi   
Epoustouflant, vivant, dur et même cruel parfois, le dernier film de Nourreddine Lakhmari ne laisse pas indifférent. Deux bad boys, deux loosers, la nuit, le spleen, la pauvreté, les rues noirs de Casablanca la blanche, le chômage...c’est ce que dépeint Lakhmari avec un réalisme que l’on a rarement vu dans le cinéma marocain.
Casa Negra, le mythe détourné | Fédoua Tounassi«Casa Negra» c’est le Mean Streets de ce réalisateur en hommage à Scorsese qui l’a tant influencé. Il n’a pas encore fait irruption dans les salles qu’il a déjà raflé quatre prix à Dubai et trois à Tanger.

Le film de Lakhmari est un pied de nez au mythe de Casablanca la blanche. Le ton est donné dès les premières scènes. Fini le conservatisme, le politiquement correct, le moralisant... qui ont pendant longtemps caractérisé le cinéma marocain qui fête cette année son 50ème anniversaire.

A la bonne heure diront les chantres du vrai cinéma celui qui raconte la vraie vie pas la marivaudages des réalisateurs de l’ancienne génération. Ici, ça court dans tous les sens, ça frise l’immoralité, et ça parle comme dans la rue au risque même de choquer certaines oreilles sensibles.

"Casa Negra" est un film noir qui se passe dans les bas-fonds du Casablanca, grande métropole économique du Maroc. Deux amis veulent s’en sortir et peu importe les moyens. Karim emploie des enfants vendeurs de cigarettes au détail, mais rêve de réussite et de respect. Adil a trouvé la solution miracle à tous ses problèmes: «acheter» un visa et un contrat de travail pour émigrer en Suède, dont il rêve à travers une carte postale.

Casa Negra, le mythe détourné | Fédoua Tounassi
Nourreddine Lakhmari

«Casa Negra» est ainsi le théâtre de leurs dilemmes et de leurs défis, avec, en arrière-plan, une belle histoire d’amitié. Deux rôles campés à la perfection par des acteurs inconnus «j'ai voulu des acteurs parfaitement inconnus du monde du cinéma. Ils n'ont jamais étudié l'art dramatique. Ils ont su dégager la force et la violence que j'attendais de mes personnages», a déclaré Lakhamari lors d’une conférence de presse à l’occasion du Festival de film de Tanger.

«Casa Negra», c'est le côté sale de la capitale économique, la ville pas si blanche que cela. C'est l'ancien Casa, celui qui vit de la débrouille mais aussi de la solidarité que la dèche rend obligatoire. «Casa Negra», c’est la moitié oubliée de Casablanca. Les choix esthétiques de Lakhmari ne laissent pas non plus indifférent. Il a tourné son film dans les vieux quartiers Art Déco de Casa, vestiges d’une époque révolue.

«Casa Negra», c’est aussi l’espoir. L’espoir suscité par les lumières de l’autre Casa ou vivent les notables et les bourgeois. Lakhmari traite de la dualité sociale du Maroc pris en otage entre le capitalisme à outrance, le modernisme, la pauvreté et le poids lourd des traditions. Pourtant le film ne cède pas au misérabilisme, il est aussi porteur d'espoir.

Génération rebelle
Noureddine Lakhmari fait partie de la nouvelle génération des auteurs-réalisateurs marocains. Formé en Norvège où il réalisa ses premiers courts-métrages, il est parti pour réaliser le rêve de sa mère de voir son fils devenir pharmacien, il est revenu en aillant concrétisé son rêve: devenir cinéaste. Et ça lui réussit plutôt bien. La critique qui n’a pas beaucoup apprécié «Le regard» son premier film, l’encense pour le dernier.

On a d’ailleurs pas fini de commenter «Casa negra» qui ne manquera pas de susciter une polémique au sein de la société marocaine à cause de son langage cru, de ses scènes un peu osées, de son réalisme. Les conservateurs crieront sûrement au scandale, à la débauche comme ils l’ont fait pour «Marock» en 2005, le film de Leila Marrakchi, une autre réalisatrice qui a osé transgresser le politiquement correct en décrivant une société marocaine avec tous ses tabous et toutes ses tares. Ce qui lui a valu aussi une volée de bois de la part des islamistes.

Casa Negra, le mythe détourné | Fédoua TounassiA Casablanca, «Marok» est passé au départ presque inaperçu. Il a fallu attendre sa projection au festival de Tanger, en 2006, pour qu’il soit la cible d’une vive critique. Que reproche-t-on au juste à ce film qui a été froidement accueilli par les cinéphiles lors des avants premières ?

«Marock» raconte l’histoire d’une bande de jeunes qui vivent leur dernière année de lycée. Mais ce qui a fait sauter au plafond islamistes, et autres conservateurs, c’est l’histoire d’amour entre l’héroïne de Laïla Marrakchi, une jeune bourgeoise casablancaise et son camarade de classe...juif.

Il n’en fallait pas plus pour que la réalisatrice soit cataloguée comme étant à la solde des sionistes. Une polémique qui n’a servi qu’à propulser «Marock» au top ten des films marocains pour 2006. C’est tout le mal qu’on souhaitera à «Casa Negra».

Fédoua Tounassi
(03/01/2009)



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