Les cinémas du Maroc sur l'Ecran de Saint-Denis | Jamal Belmahi
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Jamal Belmahi   
  Les cinémas du Maroc sur l'Ecran de Saint-Denis | Jamal Belmahi En avril 2006 se tenait la première édition du panorama des cinémas marocains à L’Ecran. Comment est né ce festival?
Ce projet est né d’un désir partagé par deux personnes. Le mien, tout d’abord puisque j’avais depuis longtemps l’ambition et l’envie de développer un rendez-vous cinématographique autour des cinémas du Maghreb sachant qu’il n’y a pas d’équivalent en Ile-de-France ou en France tout court. Puis il se trouve qu’un habitant de Saint-Denis est venu me voir, un réalisateur d’origine marocaine, cinéphile qui avait la même ambition. C’est parti de cette rencontre et j’ai répondu positivement à sa proposition qui rejoignait aussi un désir profond chez moi.
Le choix du Maroc s'est imposé parce que la cinématographie de ce pays est en meilleure forme que celle de ses voisins algérien ou tunisien. Depuis cinq petites années, les conditions de développements du cinéma marocain sont meilleures grâce notamment à la mise en place d’un certain nombre de structures par le Centre Cinématographique marocain. Mohamed VI en accédant au pouvoir s’est assez vite rendu compte que l’image de son pays à l’extérieur pouvait être exportée de manière intéressante et intelligente via le cinéma d’où les moyens mis en place pour développer le septième art. Si bien que depuis 5 ans une douzaine de films et une centaine de courts métrages sont produits par an.

Vous choisissiez déjà pour la première édition un parrain très médiatisé. Cette année un concert de Sapho est au programme, une tente caïdale a été dressée…Faut-il créer un évènement autour du film marocain pour attirer l’attention, trouver un public?
Ce n’est pas une condition sine qua none par contre c’est un vrai plus. La première édition avait déjà ce caractère «festival» en proposant d’autres expressions culturelles que le cinéma. Le public qui est venu en masse voir les films ne s’est pas nécessairement déplacé parce que des concerts étaient programmés en parallèle, mais parce qu'il y a actuellement une véritable richesse cinématographique au Maroc, mais aussi en Algérie et en Tunisie dans une moindre mesure. La deuxième raison, c'est que 30% des habitants d’Ile de France sont originaires du Maghreb. Ce n’est pas un public qu’on touche tout au long de l’année, qu’on n’arrive à fidéliser. Ce panorama vise donc à l’atteindre afin de contribuer à cette notion du vivre ensemble.

La sortie d’un film marocain dans les salles françaises reste assez rare. Pourquoi cette absence?
Ces films, qui sortent peu en France, ont pourtant un énorme potentiel pour toucher un public ici. En même temps, ce sont des films qui nécessitent un accompagnement étant donné qu’il n’y a pas d’habitude chez les communautés concernées par ces cinématographies. Le premier obstacle c’est que la plupart des distributeurs ne savent pas faire ce travail d’approche qui implique de faire du terrain en passant notamment par le tissu associatif. De plus, la majorité ne veut pas entreprendre cette démarche pas forcément rentable de leur point de vue d'où la nécessite d'inventer de nouvelles pratiques.
Maintenant, si on pose la question de l’universalité du cinéma marocain, je dirais que tous les films ne sont pas projetables en France. Ceux de Said Naciri, par exemple, qui font salle comble au Maroc n’ont aucune potentialité chez nous, tandis qu’il y a un public pour des films comme Le Regard de Nour-Eddine Lakhmari.

Comment s’est faite la sélection des films?
En tant que programmateur, j’ai des critères tout d’abord cinéphiliques. Ceci étant, j’ai retenu des films qui cinématographiquement ne sont pas aboutis mais qui traitent d'un thème qui impose de les inclure dans le panorama. C’est notamment le cas de Mémoire en détention de Jilali Ferhati. Je sais que ce film va faire le plein et que ça va être un grand moment. Une programmation se construit avec une cohérence d’ensemble. Le film d’ouverture est Wake up Morroco de Narjiss Nejjar que je ne défends pas de A à Z mais qui par ses prises de position a tout de même sa place.

Le film à ne pas manquer de ce panorama?
Les fibres de l’âme et Un nid dans la chaleur, deux oeuvres de Hakim Belabbes qui a une vraie approche sur comment faire parler les images aujourd’hui en mélangeant le documentaire et la fiction.
Il y a aussi Rome plutôt que vous de Tariq Teguia programmé dans le cadre de la fenêtre sur l’Algérie. Un cinéaste émergent dont le film n'a été montré nulle part à ce jour en France. C’est un vrai choc de cinéma et de musique. Jamal Belmahi
(30/04/2007)
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