La cinémathèque de Tanger est née | Fadwa Miadi
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Fadwa Miadi   
La cinémathèque de Tanger est née | Fadwa MiadiIl y a cinq ans le Cinéma Rif, qui surplombe la fameuse place du Grand Socco, était sur le point de connaître le même sort que tant d’autres salles marocaines: mettre définitivement la clé sous la porte ! A qui la faute? Sans doute à la concurrence déloyale des DVD piratés qui se vendent trois fois rien au coin des médinas. C’est alors que germe dans la tête de la photographe marocaine Yto Barrada, tangéroise par son père, l’idée de créer une cinémathèque à Tanger. Elle refuse de voir ce lieu disparaître et décide alors de le racheter, de le rénover et d’y lancer l’«ambitieux projet culturel» qui fait défaut à cette ville où la vie artistique, si l’on excepte les festivals ponctuels, est plutôt ronronnante.
A ce moment là, elle ignore qu’il lui faudra «27 fax au conseil régional, 9 à la mairie, 24 visites à la banque, 11 rendez-vous à la douane, 87 lettres aux partenaires financiers, trois mois de travaux prévus qui se sont transformés en seize» et cinq ans d’acharnement pour que son bébé voit le jour.
La Cinémathèque De Tanger qui a fini par ouvrir ses portes en décembre dernier a bénéficié notamment du soutien de l'Agence de Développement du Nord, du Ministère de la Communication et du Centre Cinématographique Marocain. Toutefois pour assurer sa viabilité et pour que l’équipe qui la dirige ne soit pas sans cesse absorbée par la quête de fonds (un budget annuel de 3 millions de dirhams est nécessaire), Yto Barrada, sa directrice artistique, ne cache pas qu’elle aimerait que la CDT bénéficie d’une «subvention permanente» de la part de la ville ou des autorités locales. La cinémathèque de Tanger est née | Fadwa Miadi Si l’inauguration officielle est prévue pour le 24 février, depuis décembre dernier, les deux salles de projection accueillent déjà le public qui peut choisir parmi des films récents et anciens de tous genres (court-métrage, documentaire, fiction et animation). La CDT propose également des ateliers de réalisation documentaire, un ciné-club pour enfants, une bibliothèque et un café. Sa directrice artistique qui entend offrir «autre chose que de consommer du cinéma passivement» mise parallèlement sur des tarifs attractifs pour remplir ses salles.
C’est Juanita de Tanger de la réalisatrice marocaine Farida Belyazid qui sera projeté le soir de l’inauguration officielle. Ce film symbolise à lui seul l’esprit de la cinémathèque: être à la fois proche du public et ouvert sur le reste du monde et en particulier le bassin méditerranéen. Proximité donc parce que la cinéaste est tangéroise mais aussi nombre de ceux qui figurent au casting de ce film tourné à Tanger et ouverture méditerranéenne puisque Juanita... est adapté d’un roman espagnol. La CDT prévoit également à son menu un film français et espagnol chaque mois et ce dans le cadre de la coopération avec la France et l’Espagne et consacrera sa première rétrospective au cinéma syrien. Les cinémas méditerranéens y seront donc à l’honneur. «Cette culture commune est évidemment importante pour nous: ce qui agite le Liban, fait pleurer la Syrie ou rire les Portugais, nous intéresse. Des questions partagées de développement urbain, d'histoire coloniale, de déplacements, de droit de la femme... Toutes ces aventures humaines ont en commun d'avoir été traitées au cinéma, en fiction, en animation ou en documentaire. C'est vraiment le dernier art populaire pour évoquer en groupe ces questions et en discuter», conclue Yto Barrada.
Souhaitons donc longue vie à la CDT.

Fadwa Miadi
(19/01/2007)

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