Portrait : LD Malca, lmaalam de l’electro | Lionel Malca, Ebticar, Larry Clark, Casablanca
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Nouhad Fathi   

//Crédit photo/ Ilyes GriyebCrédit photo/ Ilyes GriyebEn vrai, Lionel Malca – de son vrai nom – est à mi chemin entre un héros de Larry Clark qui prend sa douche et repasse ses T-shirts et un hipster parisien trop humble pour qu’on veuille le détester. Venu tout droit de Paris où il réside depuis plus de huit ans, il nous accueille au rooftop du Sofitel Tour Blanche à Casablanca, la casquette vissée à l’envers sur la tête et les lunettes vintage reposant nonchalamment sur le nez. Il ne sert pas la main, il passe directement à l’accolade et la bise. C’est qu’il a vraiment un « cœur de blédard de ouf », une expression bien à lui qu’il sortira trois fois au cours de l’interview, compteur à la main.

 

//Malca - She Gets Too HighMalca - She Gets Too High

 

Parisien de Casablanca

Ce fils de Casablancais est né à Paris, il y a 28 ans, un peu « par accident ». A l’âge de quatre ans, il retourne à la ville blanche et y apprend à faire de la musique. En bon nerd, il n’a aimé ni le collège ni le lycée. « J’étais un garçon très timide, peut être un peu loser », avoue-t-il. Un peu avant le bac, il monte un groupe de rock avec ses amis, Twenty Dumbos, et se produit au Boulv’art à l’âge de 17 ans. « C’était fou, il y avait des nanas qui nous envoyaient des culottes. J’en garde encore les photos », se souvient-il. Pour ses études supérieures, il prend un billet aller simple pour Paris et s’inscrit, dans un premier temps, dans une école de journalisme – c’est pour cela qu’il a proposé de faire lui même l’interview, nous expliquera-t-il plus tard, ndlr -, puis dans une école de musique. Il rencontre des personnes, saisit des opportunités et atterrit à l’Olympia pour deux concerts, dont le premier à tout juste 22 ans. « J’étais jeune et je sortais de nulle part, j’avais créé beaucoup de chansons et j’avais envie de faire plein de choses en même temps ». C’est là qu’il soupèse la possibilité de se mettre en tandem avec quelqu’un et rencontre Mohamed Sqalli, son actuel manager, qui fréquentait la même école primaire que lui mais sans jamais lui adresser la parole. Ensemble, ils décident d’imaginer un projet où ils pouvaient assumer vraiment ce qu’ils étaient, « des sortes de nerds casablancais avec un look de losers américains mais avec des cœurs de blédards de ouf », et composer la musique qui allait avec.

 

High on Aziz El Berkani

Son premier morceau sort en mars 2015. En bon tube d’été, She gets too high est une agréable mélodie electro funk, dont le clip synchronise à la perfection les paroles de Malca aux supplications de Aziz El Berkani face à des beautés beldi en jeans serrés. « On l’a pris comme avatar, on a pensé que c’était intéressant de le mettre en scène d’une autre manière », explique l’artiste qui cite, parmi ses influences en plus de l’electro, la musique afro-américaine, le chaâbi marocain et le raï algérien. En parlant des voisins, c’est Warda qui est à l’honneur dans son dernier clip en date. Sortie en mai de cette année et baptisée Ya layli, la chanson s’ouvre sur les sonorités ultra connues de Batwanass bik, qui accompagnent le tourbillonnement capillaire du musicien vêtu d’un haut de jogging estampillé Goldorak… Ou plutôt Grindayzar, pour rester dans l’esthétique street casablancaise. « On est parti dans une direction musicale plus assumée, on a eu envie de créer une fusion plus concrète entre la musique orientale, black américaine et electro. C’est une façon pour nous de raconter des choses qui sont intéressantes à nos sens sur le Maroc et Casablanca », déclare-t-il. Les palmiers, le raï, le foot et les filles en babouches et jogging un peu trop ajusté qu’on croise dans les snacks insomniaques de la corniche, tant d’éléments qui meublent le clip et trahissent la nostalgie de l’artiste.

//Malca - Ya Layli Malca - Ya Layli

 

Marocanité assumée

« Je suis très attachée à Casablanca même si c’est une ville de m*** pour beaucoup de gens. J’ai l’impression de voir toute la subtilité qu’il y a dans cette ville », admet-il. ‘’Assumer’’ est un verbe qui a été redondant durant toute l’interview, comme s’il y avait une quantité de hontes à surmonter, dont celle d’être marocain. « Quand tu arrives à Paris, tu n’as pas envie que les gens te disent que tu as un accent. J’ai de la chance, je n’ai pas un physique très marocain. Enfin, de la chance… tu as vu ? Plaisante-il avant d’ajouter, si j’avais l’opportunité de vivre cette vie là au Maroc, je l’aurais vécue sans aucun doute ». Cette vie-là est celle d’une « femme de footballeur »  il fait du sport et boit des verres avec des copains mais au lieu de faire une manucure, il joue à la Playstation. « J’essaie d’être le plus professionnel possible pour ma musique, j’ai beaucoup de chance de faire de la musique avec des gens qui me serrent dans leur bras et qui me disent que ce que je fais est bien », nuance-t-il. Que l’on ne se trompe pas, ce Marocain qui passe pour un Polonais est très fier de ses origines  sa musique est pour lui une façon d’assumer sa marocanité et, pour nous, un moyen de nous réconcilier avec Casablanca, cette ville qu’on aime tellement détester, mais qui nous manque dès qu’on en s’éloigne pendant trois jours.

 


 

Nouhad Fathi

 

 

Article publié dans le Desk et repris par Babelmed dans le cadre du programme Ebticar

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