Vie et création: une étreinte parfois mortelle | Stefanella Campana
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Stefanella Campana   
L'épouse assassinée
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Giuseppina Pasqualino di Marineo
Étonner, aller contre, dépasser les frontières de la normalité. Il semble que ce soit ça le fil qui unit les différentes œuvres d’art de nombreuses jeunes artistes italiennes.

La performance artistique de Giuseppina Pasqualino di Marineo, plus connue sous le nom de Pippa Bacca est insolite et courageuse. «Mariées en voyage» - c’est le nom de l’œuvre dans laquelle elle mettait en jeu, son corps, son image – devait se réaliser à travers un voyage.
Pippa est partie avec une amie, Silvia Moro, et elles portaient toutes les deux une robe de mariée. Le voyage a commencé à Milan le 8 mars, date symbolique pour les femmes. Elles devaient parcourir en auto-stop les pays touchés par des guerres récentes et porter un message de paix et de fraternité «pour un mariage qui a peut-être déjà eu lieu ou qui n’aura pas lieu ou qui est peut-être représenté par le voyage lui-même», écrivait-elle dans son journal intime. Pippa Bacca voulait arriver à Jérusalem et recueillir tout au long de son parcours des dessins et des broderies pour en faire une exposition. Mais son rêve s’est arrêté de manière brutale aux alentours d’Istanbul en ce maudit 31 mars : elle a été retrouvée morte, après avoir été violée et étranglée. Sur ses dernières photos, cette jeune artiste milanaise est toujours souriante, en robe de mariée «bouclier protecteur du mal». «Robe blanche/pour aller aux noces avec ta mort/et celle de nous tous…» C’est ainsi que commence le poème que lui a dédicacé la poétesse Alda Merini.

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Il ventre di mia madre (© 2008 Pippa Bacca)
La vie et l’art étaient devenus indissociables pour la jeune artiste assassinée. Mais, son projet artistique n’est pas mort avec elle, elle a laissé un signe qui ne sera pas oublié. C’est un art extrême né du rêve d’une jeune artiste qui croyait en un monde meilleur. En attendant, l’exposition qu’elle voulait, aura lieu. «Avec un geste simple et fragile, elle a démontré les nouvelles contradictions d’être femme et artiste. L’art doit être lu pour ces zones d’ombre», souligne la critique d’art Lisa Parola qui définit Pippa Bacca comme «une artiste politique». C’est ça la nouvelle tendance ? Oui, ils sont nombreux ceux qui affrontent les thématiques politiques. Mais, pas seulement. Aujourd’hui, en Italie, plus de la moitié des artistes sont des femmes entre 25 et 35 ans, éparpillées physiquement entre le nord et le sud du pays : c’est une génération loin des rêves de révolutionner le monde.» Selon Lisa Parola, «ils partent de l’existence telle qu’elle est, comme quelque chose dont on fait l’expérience de manière fragmentaire, difficilement de façon accommodante. Une fois dépassée la culture de la différence, la dernière génération d’artistes se déplace sur un terrain fragile et indéfini, où la recherche devient un procédé suggestif, mû par des expériences et des relations».

Un métier compliqué
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Patrizia Sandretto Re Rebaudengo
Patrizia Sandretto Re Rebaudengo, grande collectionneuse d’art contemporain, a donné vie à un des plus prestigieux musée du monde (la Fondation homonyme). Parmi les artistes sortants les plus intéressants, elle parle sans hésitation de la jeune artiste Marzia Migliora. Photographe de formation, son langage artistique s’est étendu à la vidéo (Stato elettrico 2001), à l’animation (Anomma 2006), aux performances, (Talk time, 2006), à la sculpture et au dessin. D’origine piémontaise, née à la campagne, entourée de nombreux animaux et de peu d’enfants avec lesquels jouer, elle s’est installée à Turin «une architecture faite des personnes que j’aime et qui me sont proches». Elle a beaucoup vécu et aimé, à Londres aussi. Elle décrit son travail comme «un recueil d’histoires qui utilisent les langages de la vidéo, de l’installation, du dessin… comme s’il s’agissait de mots pour écrire.» C’est une artiste éclectique dont la poésie est centrée «sur les polarités affectives et sur les multiples dimensions du manque, du besoin et de la relation.» Elle décrit son choix comme un «métier compliqué dans lequel il n’y a pas de règles écrites, mais où les codes et les modalités sont dictés par l’expérience et par ses propres erreurs. Je ne veux pas étonner, mon travail ne veut pas éblouir, il essaie d’effleurer ceux qui le regardent et a comme unique prétention Vie et création: une étreinte parfois mortelle | Stefanella Campanad’être écouté, peut-être d’être partagé. Ce métier est une pensée constante que tu portes, sur la manière dont ton regard se pose sur ce qui t’entoure, qui est capable de déformer, d’abstraire et de mystifier la réalité». Ses premiers travaux sont nés de l’attirance qu’elle avait pour les vieilles photos de famille contenues dans une boîte de sa grand-mère. Elle a souvent travaillé sur le corps, comme dans les œuvres exposées en 2007 à la fondation Merz, «Tanatosi» qui est une synthèse de ses nombreux parcours d’enquêtes de l’action physique à l’aveuglement, de la peur à la relation amoureuse. «J’ai toujours essayé de parler aux personnes des personnes.»

Stefanella Campana
(04/06/2008)

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