Tradition des ciné-clubs, en fête à Rome… | Mehmet Basutçu
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Mehmet Basutçu   
Tradition des ciné-clubs, en fête à Rome… | Mehmet BasutçuDans de nombreux pays, les ciné-clubs et les cinémathèques avaient en effet joué dans les années 1960 et 70, un rôle essentiel dans l’émergence d’un public cinéphile de mieux en mieux instruit sur l’art cinématographique. Cette belle tradition s’est hélas érodée, au point que parler des ciné-clubs fut synonyme de nostalgie ringarde, puisque l’on devait désormais ‘consommer’ les films autrement, de préférence de plus en plus rapidement. ‘Toujours plus !’ n’est-il pas le maître mot de notre époque?... Alors, il n’y a plus de temps pour échanger des idées dans une salle, après la projection, tandis que la publicité, elle, règne avant les projections… Il n’y a plus assez de temps pour se poser de questions? Lisez plutôt vos journaux et magazines où les articles de critique cinématographique se sont progressivement transformés en des ‘papiers’ d’information, voire de promotion de plus en plus succins pour ne pas trop ennuyer le lecteur/spectateur consommateur… Le roi divertissement voudrait bien avoir le pouvoir sans partage…

Heureusement, depuis quelques années, le balancier revient dans l’autre sens. Le besoin de dialoguer avec ceux qui ont créé un film et d’échanger des idées avec d’autres, se fait ressentir. La domination de la distribution par quelques grands groupes et l’hégémonie du cinéma américain, a abouti à une telle uniformisation que les festivals de cinéma et les ciné-clubs furent les seuls à ouvrir des brèches dans la forteresse du cinéma commercial…

La fête du cinéma de Rome comble également le déficit de bonnes pratiques cinématographiques qui afflige le reste de l’année la capitale italienne. Tradition des ciné-clubs, en fête à Rome… | Mehmet Basutçu En effet, les rétrospectives sporadiques, la petite dizaine de cinémas d’art et d’essai, le trop peu d’occasions de voir les films en version originale (Nanni Moretti est l’un des rares directeurs de salle à avoir imposé systématiquement la V.O dans son cinéma «Le Sacher») ne font pas vraiment de Rome la reine des cinématographies.

Ce serait une fois de plus réducteur, voire méprisant, de penser que seul « le red carpet » et ses vedettes attirent les foules. Sinon comment expliquer les salles combles lors de la projection de films en V.O, sous-titrés en anglais, comme par exemple « L’amour caché » d’Alessandro Capone, ou encore les leçons de cinéma où se pressait un vaste public qui n’était pas seulement composé de cinéphiles avertis ?
Quoi qu’on en pense, les masses ont vite fait de s’habituer à la qualité.

Tradition des ciné-clubs, en fête à Rome… | Mehmet BasutçuLa fête du cinéma de Rome retrouve toute son importance et sa raison d’être dans cette perspective. Alors que beaucoup de festivals, à commencer par les plus grands, sont très peu ouverts au public anonyme, à Rome, l’objectif est l’inverse : redonner au public romain le goût de la découverte cinématographique tout en assouvissant ses besoins de divertissement… La section officielle « Cinéma 2007 » en est l’exemple emblématique. Aux côtés des derniers films de Mimmo Calopresti, Sydney Lumet, Robert Redford ou Raoul Ruiz présentés hors compétition, 14 autres films d’auteur ont concouru pour les prix décernés par un jury populaire de 50 cinéphiles, justement tous anonymes…
Ainsi aurons-nous eu le plaisir de découvrir (et de discuter avec intérêt sur) les derniers films d’Hector Babenco (El pasado), de Laurent de Bartillat (Ce que mes yeux ont vu), d’Alessandro Capone (L’Amour caché), d’Alain Corneau (Le Deuxième souffle), d’Abolfazl Jalili (Hafez), de Carlo Mazzacurati (La giusta distanza) ou de Jason Reitman «Juno», le film primé à l’issue de cette grande fête populaire…

Mehmet Basutçu
(28/10/2007)

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