Glob-note  - Page : 20071022 Rome ville ouverte, sur le cinéma… | Mehmet Basutçu, Monica Bellucci, Daniel Auteuil, Jacques Dutronc, Michel Blanc, Walter Veltroni
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Mehmet Basutçu   
Glob-note  - Page : 20071022 Rome ville ouverte, sur le cinéma… | Mehmet Basutçu, Monica Bellucci, Daniel Auteuil, Jacques Dutronc, Michel Blanc, Walter VeltroniEn écrivant sur le cinéma et les festivals qui fleurissent de plus en plus à travers les continents, il est indispensable de chercher de nouveaux angles d’approche par des considérations croisées. Nos pouvons alors appréhender et analyser l’actualité des festivités cinématographiques à travers diverses lunettes : cinéma et politique, politique du cinéma, conséquences de la globalisation, instrumentalisation des manifestations cinématographiques à des fins promotionnels en vue d’occuper plus d’espace médiatique… Justement, la politique et le cinéma d’un côté, la politique du cinéma de l’autre, définissent un thème riche en ramification qui pourrait nourrir plusieurs travaux de recherche sur le sujet, d’autant plus intéressant que l’on peut y mettre en parallèle des pratiques observées dans différents pays aux mœurs politiques et culturelles parfois aux antipodes…

En venant couvrir la Fête du cinéma de Rome pour la deuxième année consécutive (il est essentiel de suivre dès ses débuts une nouvelle manifestation, et celle de Rome a su aussitôt redresser sur ses deux pieds, sans commencer par marcher à quatre pattes) juste avant de me rendre au Festival d’Antalya en Turquie, manifestation qui souffle en ce moment les trois bougies de sa nouvelle formule, il était tout naturel de s’attarder un peu sur les ambitions des maires de ces deux villes méditerranéennes. Le maire de Rome, tout comme celui d’Antalya, joue en effet un rôle de premier plan dans l’organisation de cette fête du cinéma...

J’ai commencé par faire une recherche sur Internet, pour savoir quand et comment le quotidien turc auquel je collabore, Radikal (qui n’est pas toujours en accord parfait avec son titre dans ses prises de positions quotidiennes!) avait cité le nom du maire de Rome dans ses éditions des derniers mois… Surprise : en un an et demi, Walter Veltroni y fut cité seulement trois fois, dont deux dans mes papiers concernant la première édition de la Fête du cinéma de Rome, puis pour parler brièvement de sa victoire lors de l’élection comme chef du nouvel Parti démocratique, il y a quinze jours …
La preuve est faite, du moins en ce qui concerne ce cas particulier de la presse turque, que pour un homme politique, les festivals de cinéma paient parfois plus pour son image international que leur action politique proprement dite…

Mêmes méthodes, mêmes résultats…
Quand la vraie cinéphilie entre également en jeu, le mariage de la politique et de la culture peut enfanter de belles réussites comme à Rome. Il y a en effet, grâce à la programmation faite par deux véritables cinéphiles comme Giorgio Gosetti et Teresa Cavina, un vrai contenu artistique aux côtés des films destinés au grand public. Le mariage devenu nécessaire du tapis rouge pour les vedettes et du tapis de velours pour les auteurs de cinéma, est tout simplement réussi à Rome. Il est en effet intéressant de constater que la philosophie et les méthodes politiques de Walter Veltroni se reflètent également dans les fondamentaux de l’organisation de la Fête du cinéma.
A l’image du rapprochement des chrétiens démocrates et de certains communistes italiens dans sa nouvelle formation politique, le cinéma populaire et l’art cinématographique cohabitent en effet dans cette fête du cinéma. L’industrie du cinéma, à travers l’intérêt suscité par le marché du film qui occupe via Veneto sous le titre de «Business Street», réunit producteurs et distributeurs qui s’investissent aussi bien dans des films à gros budget que dans des tout premiers films d’auteur grâce aux différents soutiens, notamment au niveau européen…
A l’image de sa propre élection comme chef du PD (bien au delà des militants du parti, plusieurs millions de sympathisants, électeurs de gauche anonymes, avaient pu voter pour le désigner chef du parti, conférant ainsi à Veltroni une plus large légitimité) les 14 films de la compétition «Cinéma 2007» seront jugés par 50 cinéphiles non professionnels, encadrés par le cinéaste bosniaque Danis Tanović. L’idée d’un jury populaire constitué à partir des milliers de candidatures libres, est en effet une nouveauté pas forcément démagogique, qui indique une cohérence par rapport à la philosophie fondatrice de cette fête romaine du cinéma. Pour cette deuxième édition, un nouveau pas est encore franchi avec la constitution d’un jury populaire international, limité pour le moment à l’Europe. Souvenons-nous, l’année dernière, le jury populaire italo-italien encadré par Ettore Scola, n’avait pas démérité par ses choix plus qu’honorables…

Une ouverture sous forme de synthèse

En attendant de continuer ce débat sur le cinéma et la politique depuis le Festival d’Antalya, parlons cinéma avec le film d’ouverture de cette deuxième fête romaine. «Le Deuxième souffle» d’Alain Corneau a été un excellent film d’ouverture pour ceux qui aiment les films populaires tout en respectant le cinéma d’auteur… Le réalisateur français, expert en matière de films noirs, réussit le pari romain dans ce «remake» (la première adaptation était signée Jean-Pierre Melville) basée sur le roman de José Giovanni, en compagnie de célèbres et talentueux comédiens comme Monica Bellucci, Daniel Auteuil, Jacques Dutronc et Michel Blanc. Ce film sur le code d’honneur qui régnait encore dans le milieu du grand banditisme des années 60 en France, est un exercice de style esthétisant qui pourra dérouter aussi bien les nombreux amateurs de sensations fortes des films d’action, du fait de son regard psychologique posé, que les cinéphiles purs et durs en quête de mise en scène forte, du fait de ses longueurs et autres partis pris… Quoi qu’il en soit «Le Deuxième Souffle» est un film à voir, pour tous.

Glob-note  - Page : 20071022 Rome ville ouverte, sur le cinéma… | Mehmet Basutçu, Monica Bellucci, Daniel Auteuil, Jacques Dutronc, Michel Blanc, Walter VeltroniLa fête du cinéma démarre en fanfare avec des films attendus comme «Youth Without Youth» œuvre déroutante qui marque le retour de Francis Ford Coppola après dix ans de silence, «Rendition» de Gavin Hood avec Jake Gyllenhaal sur les violations des droits de l’homme aux Etats-Unis au nom de la lutte contre le terrorisme, ou encore comme «Elisabeth : The Golden Age» de Shekhar Kapur avec Cate Blanchett, fresque historique fastidieuse… Tout cela en l’espace de ce premier week-end.
Nous avons également assisté à ces séances de débats publics très prisés et riches en contenu : les premiers à répondre aux questions des spécialistes et du public dans ce cadre, ont été Sophia Loren, Francis Ford Coppola et Bernardo Bertolucci, pour le bonheur de tous…

Mehmet Basutçu
(27/10/2007)