Le plaisir de voir et de se montrer...à  la première Fête du Cinéma de Rome | Mehmet Basutçu
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Mehmet Basutçu   
 
Le plaisir de voir et de se montrer...à  la première Fête du Cinéma de Rome | Mehmet Basutçu
Rome a voulu lever cette ambiguïté en plaçant la barre bien haute. Il serait plus exacte d'utiliser ici, le pluriel, puisqu'il en existe plusieurs, toutes hautes placées. Autant d'objectifs ambitieux que l'on souhaiterait atteindre d'un seul élan.

Pour le public, les cinéphiles et les professionnels, à la fois...
Il s'agit d'abord d'une fête du cinéma pour le public, a-t-on souligné à maintes reprises. En témoignent les grosses productions hollywoodiennes et les films populaires européens avec leur défilé de vedettes qui vont faire le voyage à Rome. La série, inaugurée par Sean Connery à qui la manifestation rend un hommage appuyé et Nicole Kidman lors de la cérémonie d'ouverture le 13 octobre, se poursuivra avec Martin Scorsese, Leonardo DiCaprio, Daniel Auteuil, Monica Bellucci, Richard Gere et Isabella Rosselini entre autres...

Rome se veut ensuite un grand festival international où l'art cinématographique trouverait toute sa place naturelle. Il y parvient avec une sélection officielle compétitive ”Cinéma 2006” où concourent 16 films, présentant une large palette géographique, allant du Japon jusqu’à l’Argentine, en passant par Hong-Kong, la Russie, la Géorgie, l'Iran, la Turquie, l'Italie, la France, la Belgique et le Danemark. Notons au passage qu’en ce qui concerne le cinéma du sud, Rome la méditerranéenne, ne descend pas plus au sud que son nez… La réponse à cette remarque est simple et irréfutable : un véritable festival international ne s’adonne pas aux jeux des équilibres, géographique ou politique, fussent-ils culturels… Dans cette section compétitive où les premiers et seconds films occupent une place sur quatre, les jeunes cinéastes ont également leur chance de décrocher un prix. Le dosage savant est donc bien réussi, du moins sur le papier...
De surcroît, le premier principe de la manifestation, être une fête populaire, rappelons le, n'est pas du tout abandonné dans la conception de cette compétition. Tout au contraire, Rome innove également dans ce domaine: les 16 réalisateurs seront “jugés” et départagés par un jury populaire de 50 membres, tous spectateurs assidus des salles romaines. 40 ont été dénichés par Ettore Scola, maître des délibérations finales, parmi quelques 3000 candidats; 5 ont étés choisis par la rédaction de la revue mensuelle Ciak ; 5 autres a travers le site Internet de MTV... Même si l'on doute, malgré l'encadrement paternel et avisé d'un Ettore Scola, de l'audace cinématographique d'un tel jury, il faut reconnaître la cohérence de l'ensemble. Le meilleur film de la compétition, ainsi désigné, recevra tout de même un chèque de 200.000 euros, autre nouveauté. Aider les réalisateurs à financer leur futur projet avec le premier prix gagné à un festival, c’est dans l’air du temps, certes, mais aussi fort utile. Les festivals qui refusent d’adjoindre un chèque directement à leurs prix, comme Cannes, Berlin ou Venise pour ne citer que la tête de liste, le font d’une autre manière, par l’intermédiaire de fondations crées sur mesure ou de diverses formes de soutien financier…

Puis viennent les sections parallèles consacrées aux films destinés, entre autres aux enfants et au public populaire aimant les soirées de Gala avec vedettes internationales… D’autres cinéphiles peuvent voir et revoir des films interprétés par Marcello Mastroianni ou Sean Connery, présent à Rome en chaire et en os. Le centenaire de la naissance de Luchino Visconti est également célébré, notamment grâce à une belle exposition... Quant aux mélomanes, ils peuvent écouter des musiques de film ou du jazz… Au total, 25 lieux de la capitale sont investis et 36 salles obscures affichent le sigle de la “Festa Internazionale di Roma”…

Enfin il y a aussi un marché de films à Rome. Elle investit la fameuse Via Veneto du 14 au 16 octobre, sous le titre de “The Business Street”! Globalisation oblige...

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Film d’ouverture médiocre…
Quant au film d'ouverture, mis à part le talent de Nicole Kidman mal dirigée, 'Fur' est un pur produit médiocre du cinéma américain. Quel gaspillage pour un sujet aussi riche et complexe que la vie et l'oeuvre de la photographe américaine Diane Arbus! Ses doutes, ses pulsions, sa générosité, sa curiosité dévorante, ses fantasmes, son voyeurisme et son exhibitionnisme, méritaient beaucoup mieux. On rêve à un David Lynch où à un Jean Cocteau qui se serait emparé d'un tel sujet... Dommage. Steven Sainberg, réalisateur américain peu connu, n'arrive pas à trouver ni la finesse ni l'esthétisme auxquels il prétend. Le film rode autour de ce personnage énigmatique et orageux sans jamais le pénétrer vraiment. Si l'on se laissait à une conclusion ‘furesque’, on dirait que le monde du cinéma aime se montrer et se regarder le nombril!

Une autre conclusion, moins convenante, serait de suggérer d'abandonner la tradition des films d'ouverture ! Après ‘Da Vinci Code’ à Cannes, ‘Black Dahlia’ à Venise et maintenant 'Fur' à Rome, cette décision révèlerait tout simplement du bon sens cinéphilique.

Thierry Frémaux, Délégué artistique du Festival de Cannes avec qui je converse quelques minutes lors de la soirée d’ouverture, en convient parfaitement. Avant, il m’avait félicité pour le prix Nobel attribué à Orhan Pamuk. Tous les amis que je croise ici, font d’ailleurs de même, en me serrant la main. Au-delà de la littérature turque, toute la vie artistique d’un pays se trouve ainsi mise en lumière, toute sa culture honorée…
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Gillo Pontecorvo
Avant la montée sur scène de la ravissante Nicole Kidman, nous applaudissons Ettore Scola qui rend hommage à un autre grand artiste, Gillo Pontecorvo qui vient de décéder, juste la veille du festival.
Le cinéma continue… Mehmet Basutçu
(14/10/2006)
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