'To See If I'm Smiling' de Tamar Yarom | Marie Medina
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Marie Medina   
'To See If I'm Smiling' de Tamar Yarom | Marie MedinaTal a fait son service militaire dans la Bande de Gaza durant la Seconde Intifada. Pour sa première opération, le jour de ses 20 ans, on lui a donné une matraque et demandé de disperser la foule qui lançait des pierres sur sa jeep. Dans la rue, elle entend un bébé qui pleure et, "d'instinct", elle veut le prendre dans ses bras pour le réconforter. La mère arrive alors et lui jette un regard plein de haine. "A ce moment-là, je réalise qui je suis et comment elle me voit".

C'est l'un des témoignages recueillis par Tamar Yarom pour son documentaire "To See If I'm Smiling" (Pour voir si je souris), présenté ces derniers mois dans divers festivals à travers le monde. La réalisatrice israélienne, qui a elle-même servi entre 1987 et 1989, lors de la Première Intifada, a discuté avec six jeunes femmes qui ont fait leur armée dans les Territoires occupés durant le second soulèvement palestinien.

Grâce à la confiance qu'elle a instaurée avec les ex-soldates, Tamar Yarom a saisi des confessions d'une force incroyable.

Tal se souvient qu'une Palestinienne a tenté de la poignarder lors d'un contrôle. Elle dit à quel point elle a eu envie de la tuer: "Je ne l'ai pas fait mais j'ai ressenti cette rage".

Libi raconte comment, après la mort d'une amie, elle a arrêté quelque 80 Arabes en une journée au checkpoint où elle était postée. Pour "les punir", elle les a laissés en plein soleil durant ses 12 heures de garde, leur ordonnant par moments de faire des pompes.

Elle explique encore qu'un autre jour, avec ses hommes, elle a capturé un Palestinien qui lui avait fait des gestes grossiers. "Et nous l'avons maltraité", conclut-elle.

"J'ai tué un enfant", déclare brusquement Rotem. En tant qu'observatrice, elle avait averti que des Palestiniens s'apprêtaient à utiliser des bombes incendiaires. Lorsqu'ils ont effectivement lancé des cocktails Molotov, les tireurs d'élite ont ouvert le feu. L'un des assaillants est mort. Ce n'était pas un homme, mais un garçon. "J'ai du sang sur les mains", confie la jeune femme, grave. "Le sang ne part pas et je continue d'essayer de le faire partir".

Autre histoire extrêmement poignante, celle de Meytal, qui était affectée aux secours à Hébron. Plusieurs fois, elle a dû nettoyer des cadavres de Palestiniens. Un jour, sans réfléchir, elle se fait photographier avec l'un d'eux. Aujourd'hui rongée de honte, elle souffle: "J'aimerais voir cette photo pour voir si j'ai l'air différente. Je veux voir si je souris".

Marie Medina
(16/07/2008)

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