Les images qui touchent | Emmanuel Vigier
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Emmanuel Vigier   
Les images qui touchent | Emmanuel Vigier
Joseph Cornell 1972, © Duane Michals
"Tout n'est pas photographie." C'est un vieux monsieur qui parle. Un vieux monsieur américain, de 70 ans, drôle et enjoué, qui sait s'amuser de lui-même et des autres. Les rencontres d'Arles ont débuté avec lui, avec la belle musique des mots de Duane Michals, qui résonnaient dans le petit théâtre d'Arles. Le photographe américain est un des artistes invités, dans le cadre du 40e anniversaire des Rencontres de la photographie, pour incarner les "ruptures", thème, fil conducteur de l'édition 2009. Duane Michals se moque du temps qui passe et des modes. Beaucoup de ses images, de ses histoires racontées en séquences sont exposées dans le palais désuet de l'Archevéché. Elles restent en mémoire, comme des rêves d'enfant. Duane Michals n'a pas de nostalgie. Même s'il est en colère: "Au début, la photo, c'était de la photo. Ce n'était pas de l'argent." Nan Goldin dit la même chose, mais avec gravité. Invitée spéciale des 40 ans d’Arles, elle a du mal à parler: "Je ne suis pas Nan Goldin", lance-t-elle comme une boutade. Son travail photographique a souvent été résumé dans la presse à un portrait de groupe de jeunes gens à la dérive dans les années 80, à New-York. Elle assume bien sûr sa démarche: "J'ai grandi avec la conviction que le privé était politique." Ses images sont montrées à Arles à travers deux diaporamas.

A toutes les femmes rebelles
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Barbara, Washington 1953 © Hyman Goldin
Le premier, "The ballad of sexual dependency" a fait le tour du monde. C'est certainement ce qui a fait connaître Nan Goldin. La vie de ses amis et la sienne y est montrée sans masque, sans effet. Le premier montage de ce travail, très proche du cinéma dans la forme, date de 1983. Beaucoup plus récent, "Soeurs, saintes et sybilles" mélange photographies et videos sur trois écrans. A Arles, il est projeté dans l'église des Frères Prêcheurs, ce qui ajoute à la solennité du rendez-vous donné par Nan Goldin. "Soeurs, saintes et Sybilles" est, écrit-elle, "un hommage à ma soeur et à toutes les femmes rebelles qui se battent pour survivre dans la société." Le destin de Barbara Goldin, qui s'est suicidée, forme un des trois récits de femmes victimes de la violence, qu'elle soit institutionnelle ou familiale. Le spectateur est inévitablement bouleversé.

A Arles, Nan Goldin ne montre pas d'images de ses travaux en cours, notamment sur l'Egypte. Elle a préféré exposer des photographies de sa collection privée. Des images de Diane Arbus, de Larry Clarke qui font écho à son propre travail. Son univers en somme. Des images de chair et de sang. La photographe, à l'occasion de cet anniversaire, a pu également choisir et exposer les oeuvres d'une dizaine d'artistes, invités à leur tour. Elle les a rassemblées dans un des bâtiments d'une immense friche industrielle, le Parc des Ateliers et a donné un nom à l'exposition: "ça me touche". Pour mieux dire encore son rapport à la photographie, sa matière première.

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Enfants tziganes, Montreuil 2008 © Raed Bawayah
"Pour me souvenir des autres."

On retrouve là le monde du marseillais Antoine d'Agata. Il n'y pas d'espace entre chacun de ses clichés comme s'il s'agissait d'un film, d'une pellicule. Des images de nuits défilent, entre 1988 et 2009. Pour présenter son travail, Antoine d'Agata offre des mots d'Antonin Artaud: "Jamais de sommeil et plus de veille, une épouvantable continuité." On ne s'étonne pas non plus de croiser Anders Petersen, qui poursuit, en noir et blanc, un saisissant travail sur la fragilité des êtres. Et puis, il y a Jean-Christian Bourcart et ses images des gens de Camden, une ville à la dérive dans le New Jersey. Malaise du photographe qui se demande ce qu'il fait là, malaise du spectateur devant la misère du monde. Entre ses photographies, l'auteur expose aussi ses doutes. Finalement, il écrit: "C'est pour ça que je suis là. Pour me souvenir des autres."
Cette générosité,qui guide Nan Goldin, on la retrouve chez de nombreux auteurs cette année à Arles. Dans la sélection "Découvertes", on retiendra les images et le nom de Raed Bawayah. On ne peut pas oublier les silhouettes des patients d'un hôpital psychiatrique de Bethléem, dans toute leur solitude. Ni les visages des familles de tziganes, dans la banlieue de Paris. Derrière des vitres. Prisonnières d'un voyage sans fin.

Jusqu'au 13 septembre

Programme complet:
www.rencontres-arles.com

Liens:
http://jcbourcart.com/
www.anderspetersen.se
www.documentsdartistes.org
www.myspace.com

Emmanuel Vigier
(13/07/2009)

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