La vie est un roman | Emmanuel Vigier
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Emmanuel Vigier   
La vie est un roman | Emmanuel VigierAvant la projection de son film "Salade Maison", Nadia Kamel, prévient son public: "Ne cherchez pas à savoir qui est la fille de qui, qui est la soeur de qui..." Et c'est vrai qu'on s'y perd dans la famille de Nadia. Pendant cinq ans, entre 2001 et 2006, la réalisatrice a filmé avec sa petite caméra vidéo la vie des siens entre l'Egypte, où elle est née, l'Italie, la Palestine et Israël. Tout commence avec Nabil, le petit dernier, l'enfant, l'héritier. Que sait-il de cette famille, marquée par l'exil, façonnée par l'Histoire? Comment lui raconter tous ces ailleurs, toutes ces langues? Et les trois religions qui traversent le destin de sa famille? Le personnage central du film, la mère de la réalisatrice, communiste, féministe, pro-palestienne, née en Egypte d'un père juif d'origine turque, espagnole et russe et d'une mère catholique italienne, répondra à toutes ces questions. Elle ira même jusqu'à braver un tabou dans la société égyptienne: reprendre contact avec des cousins juifs en Israël, qu'elle n'a pas vus depuis plus de cinquante ans et faire le voyage jusqu'à eux.

Le film devient le portrait en mouvement d'une famille qui regarde en face son passé, sa diversité. De la même façon que la réalisatrice filme sa mère en face, dans un miroir, évoquant ses origines. "J'ai voulu montré cette réalité de ma famille, dans toute sa totalité. Ce n'est pas un roman, ça fait partie de notre héritage. Bien sûr, je ne veux pas l'idéaliser. Mais il faut le raconter".

Quelle images filmer pour raconter l'épopée de sa propre famille? "Au départ, je voulais faire un film en costumes. Et puis trouver un producteur a été extrêmement difficile. Mais je n'ai pas renoncé à faire le film. La forme s'est imposée: j'ai abandonné le trépied et j'ai déclenché ma caméra." Nadia tourne d'abord avec sa mère. 72 heures de rushes, sur la maison. "On dit "Chez nous". C'est une maison dans laquelle on a vécu sans tension." L'histoire ainsi racontée, le film pouvait commencer. "C'était une sorte de film en devenir, qui se faisait au fil des jours..."

Liberté, indépendance
La vie est un roman | Emmanuel VigierElle filme seule, trouve la place nécessaire. A 47 ans, c'est son premier film. Elle a principalement travaillé comme assistante à la réalisation avec Youssef Chahine. Et avec une documentariste égyptienne, Atiyat El-Abnoudy. Sa liberté, son indépendance la nourrissent encore aujourd'hui.

Projeté dans des salles de cinéma en Egypte, il n'a pas été diffusé à la télévision. Il a reçu deux prix, dont une récompense équivalente aux Césars français. "Mon film a été défendu par tout un entourage d'intellectuels pro-palestiniens en Egypte. J'avais bien conscience qu'il pouvait être suspecté d'avoir des accents sionistes. On pouvait aussi m'accuser de vouloir me rendre célèbre!" Primé au festival des films arabes de San Francisco, prix du meilleur documentaire au festival international du documentaire de Bombay, le film fait son chemin, à travers les festivals d'ici et d'ailleurs.

A la fin de la projection à Marseille, la réalisatrice a expliqué que ce portrait de famille avait provoqué "une ouverture vers les gens les plus fermés de ma société." Le film de Nadia est comme une réponse aux discours nationalistes, aux intégrismes, aux murs qui se dressent.


Emmanuel Vigier.
(05/04/2009)
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